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Colette sans Marie Trintignant
Quelle a été la genèse du téléfilm Colette ?
Nadine Trintignant, la réalisatrice, est venue nous voir avec le projet de faire quelque chose sur Colette. Elle pensait à un quatre fois 90 minutes. Au départ, elle avait une démarche très biographique. Ce n?était pas très intéressant.
En revanche, si nous nous servions de sa vie pour parler d?amour, cela pouvait devenir extrêmement intéressant, surtout si Nadine et Marie Trintignant, qui écrivaient ensemble, se mettaient à parler un peu d?elles-mêmes. Je les ai donc poussées à s?extraire de la biographie, quitte à la trahir, justement pour s?approcher le plus près possible du personnage. On dit souvent que, pour adapter un livre, il faut commencer par le trahir.
Petit à petit, Marie et Nadine suivaient Colette, qui a inventé sa vie en l?écrivant, l?écriture ayant à son tour des répercussions sur le déroulé de son existence. Ce sont ces allers et retours permanents entre sa vie et la fiction qui sont passionnants. Nous avons donc accompagné Nadine et Marie dans cette vision du film. C?était en fait la même construction qu?avait pu faire Colette avec sa propre vie. En cela, Colette et Marie sont devenues indissociables.
Comment avez-vous travaillé ?
Il y a eu énormément de versions avant le tournage, beaucoup plus que de coutume. D?une part parce qu?il était complexe de se sortir de la biographie. D?autre part parce que Nadine et Marie avaient une manière de travailler particulière et assez déroutante pour un producteur. Elles écrivaient instinctivement et après, elles réfléchissaient et reformulaient les textes. Il y a, par exemple, beaucoup de dialogues dans la dernière version qui existaient déjà dans la première, mais dans une structure parfaitement différente.
Pourquoi avoir tourné cette fiction en Lituanie ?
Pour obtenir tous les décors naturels dont nous avions besoin, il aurait fallu effectuer une tournée fastidieuse et coûteuse en France. En Lituanie, il y avait la mer et la campagne à la fois.
Comment avez-vous terminé le film après la mort de Marie Trintignant ?
Dans chaque catastrophe, il y a des petits miracles. Deux jours avant le drame, l?ingénieur du son avait enregistré toutes les voix «off» de Marie, ce qui se fait souvent après le tournage. Pour la postsynchronisation, Marie n?était plus là, mais les prises de son étaient excellentes.
Pour ce qui est de l?image, il restait quatre jours de tournage : trois en Lituanie, un à Paris. Nous avons fait des plans sans Marie et quelques scènes ont été reconsidérées, pour ne pas dire réécrites.
Avez-vous envisagé d?arrêter la production ?
Nous avons essayé de faire en sorte que Nadine Trintignant puisse s?appuyer sur nous le plus possible. Elle a très vite décidé de terminer le film et nous avons eu le soutien immédiat de France 2, qui nous a dit que, quel que soit l?état du film, il serait diffusé en hommage à Marie. Dans ces conditions particulières, notre rôle a consisté à aider Nadine à achever le film. Mais nous avions, bien sûr, envisagé de tout arrêter et de ne pas achever cette production.
Propos recueillis par Armelle Cressard et Bénédicte
Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate
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