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L?émerveillement à la sauce indienne

1 mai 2004, 20:00

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L?Inde s?exporte. L?Inde impressionne, passionne, étonne. Bollywood n?est plus confiné à la Grande Péninsule malgré sa réputation de productions commerciales à l?esthétique kitch. Lagaan, d?Ashutosh Gowariker avec Aamir Khan et Gracy Singh a été nominé dans la catégorie du meilleur film étranger aux Oscars en 2002.

Lagaan est une véritable invitation au spectacle. Il a été fait dans un seul but : émerveiller les spectateurs. Gowariker, a fait un film d?auteur qui a cartonné à travers le monde. La trame est émouvante, les acteurs si vrais. Gowariker a su faire vibrer la fibre patriotique de ses compatriotes et a éveillé l?émotion des Occidentaux.

  1. L?Inde est encore une colonie de la couronne britannique. Dans un petit village, les habitants s?inquiètent. La pluie ne vient pas. La récolte risque encore une fois d?être maigre. Or cette récolte est vitale pour les villageois, non seulement pour se nourrir mais aussi pour payer le lagaan, la taxe imposée par les Britanniques. La situation s?aggrave. Il faut payer un double impôt, car l?année précédente, une déduction a été faite en raison des conditions défavorables.

Dès l?apparition du moindre nuage, les espérances les plus folles sont ravivées et les villageois offrent des chants aux dieux pour qu?il pleuve enfin. Mais il ne pleut pas. Ils sont forcés à implorer la clémence du gouverneur. Mais en cruel seigneur des lieux, il propose un marché : jouer l?impôt au cricket. S?ils gagnent ils seront exemptés de la taxe pendant trois ans. Le jeu en vaut la chandelle ! Se trouvant au pied du mur, les villageois acceptent. Le seul hic, ils ne savent pas jouer au cricket et doivent apprendre les règles de ce sport en vitesse. Comment vont-ils faire. Qui va leur enseigner les règles de ce jeu ?

Heureusement pour eux, la s?ur du gouverneur est amoureuse de Bhuvan, le leader et meneur de jeu des villageois. Elle se propose de les venir en aide. Des novices de cricket pourront-ils rivaliser avec joueurs chevronnés ?

Pourquoi Lagaan plaît-il autant ? Le film comporte de nombreux points forts. Le tout est bien, même si on remarque quelques failles ici et là. Lagaan aborde en gros deux thèmes : la tolérance et la trahison. La tolérance a été dépeint d?une si émouvante manière que la critique n?a pu que saluer cette aspect du film. La tolérance se traduit par l?intégration d?un intouchable dans l?équipe. Les intouchables venant d?une caste inférieure ne pouvaient côtoyer les castes supérieures. Le moindre contacte avec eux leur était interdit. Bhuvan, (Aamir Khan) est allé au-delà de ses différences et a accueilli un intouchable, un handicapé, dans l?équipe. Lagaan aborde de grandes idées de façon intelligente sans jamais tomber dans la facilité.

L?autre aspect central du film est la trahison. Les Anglais ne reculeront devant aucune bassesse pour gagner et sauver leur honneur. Ils font pression sur les villageois pour qu?ils trahissent leur cause et fassent exprès de perdre. Ashutosh Gowariker à l?aide de sa caméra a capté les émotions ? la haine, le colère ? qui découlent de la trahison. Sa caméra a su sonder l?âme des villageois. Cependant on pourrait lui reprocher d?être allé beaucoup trop loin. Le thème de la trahison touche au principal défaut du film. Les Anglais sont dépeints d?une manière vile et sans pitié. C?est vrai qu?en tant qu?oppresseurs, ils ne pouvaient être représentés en personnages sympathiques. Mais Gowariker est allé beaucoup trop loin. Il a eu une vision exagérée voire caricaturale de la colonisation.

L?ensemble du film est de grande qualité. Les acteurs de seconds rôles sont éblouissants. Gauri (Gracy Singh) s?en sort avec les honneurs pour son premier film. Et que dire des autres acteurs, les villageois. Certains d?entre eux n?ont jamais tourné, cependant ils livrent une prestation si réelle qu?on a peine à croire qu?ils n?ont jamais mis les pieds sur un plateau.

Lagaan, en bon film indien, ne pouvait se passer des chansons, sept au total mais les unes plus belles que les autres. Les deux plus belles sont sans doute O Rey Chhori et Mitwa chantées par Udit Narayan et Alka Yagnik. Le directeur musical de Lagaan est nul autre que A.R. Rahman, compositeur de génie.

Lagaan est à la fois un film historique, sportif, militant et musical. Lagaan est la preuve vivante que le cinéma mondial existe encore et qu?il peut produire des films capables de rivaliser avec de grosses productions américaines et européennes. Que le merveilleux peut surgir de n?importe où. Ne tiquer pas sur la longueur du film, Lagaan est un conte de fées comme l?indique son titre complet, Lagaan : il était une fois en Inde.

Un phénomène nommé Bollywood

Les super-productions indiennes inspirées des studios d?Hollywood commencent à connaître un franc succès en Occident, surtout depuis la sortie de Lagaan dans les grandes salles européennes et américaines. Déjà bien distribué en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, Bollywood va désormais à la conquête de l?Occident. Cet industrie cinématographique a vu naissance dans les années 20 quand les premiers studios, calqués sur le modèle hollywoodien, vurent le jour à Bombay. Mais Bollywood se développa réellement à partir des années 50, après l?indépendance de l?Inde.

C?est sans doute l?Angleterre, où vit une importante communauté indienne, qui a le plus contribué à la reconnaissance de Bollywood. Les films indiens sont projettés régulièrement dans les salles et le public pas forcément averti, a l?occasion de connaître un cinéma d?un genre nouveau. Les Etats-Unis n?y échappent pas. En 1999, Taal a été projetté en Amérique. Le succès fut immédiat. Subhash Ghai a été acclamé pour sa comédie musicale. Une porte sur l?Occident était grande ouverte et l?Inde s?en était bien rendue compte. Les films indiens sont rentables et sont appréciés. Devdas a été présenté hors compétition à Cannes et Lagaan a obtenu le prix du public au Festival de Locarno. L?intérêt pour l?Inde a soudainement été suscité. En début d?année une exposition sur Bollywood s?est tenue pendant deux semaines au Centre Pompidou en France. Lagaan est le premier film indien à sortir en France. Mais le distribuer relevait du défi. Certains distributeurs ont osé. Rezo Films a choisi de prendre ce risque et de distribuer Lagaan en France. Le choix a été judicieux et Jean-Michel Rey directeur de Rezo Films pense même collaborer avec Ashutosh Gowariker pour distribuer en France ses prochains films. «De mon point de vue Lagaan est un film d?auteur. Certes c?est Bollywood mais c?est ce qui se fait le mieux dans le genre.»

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