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Le monde arabe craint son pire cauchemar

8 avril 2004, 20:00

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<B>LES VOISINS</B> arabes de l?Irak redoutent que le soulèvement chiite de ces derniers jours dans le sud du pays ne débouche sur leur pire cauchemar : une guerre civile qui déborderait des frontières irakiennes.

Dans les mois qui ont précédé l?intervention militaire américaine contre le régime de Saddam Hussein, en mars 2003, les dirigeants arabes avaient dit et répété que cette guerre risquait d?ouvrir la boîte de Pandore du radicalisme au Moyen-Orient.

Avec l?insurrection des miliciens de l?imam chiite Moktada Sadr dans plusieurs villes du Sud irakien, ils ont aujourd?hui le sentiment que leur prédiction est en train de se réaliser.

Le Qatar, allié solide des Etats-Unis, a dit craindre qu?une guerre civile n?éclate en Irak et que le pays devienne ?un terreau fertile pour des terroristes?.

Les chiites, qui représentent 60 % de la population irakienne, considéraient les Etats-Unis comme un allié objectif dans le renversement de Saddam Hussein, qui les avait durement opprimés et écartés des structures du pouvoir.

Depuis la chute du régime de l?ancien président irakien, les Etats-Unis et les forces de la coalition étaient confrontés aux attaques d?insurgés sunnites, proches ou non des islamistes d?Al Qaïda, et des partisans de Saddam Hussein.

Le soulèvement des miliciens de Moktada Sadr, qui a débuté dimanche après l?arrestation d?un adjoint de l?imam chiite, fait craindre une tout autre tournure de la situation en Irak.

Spécialiste du dossier au Royal United Services Institute, à Londres, Moustafa Alani estime que ?les graines de la guerre civile? sont présentes en Irak. ?Les ingrédients sont là - le détonateur et les explosifs - et cela nous rapproche d?une guerre civile à trois niveaux: Arabes contre Kurdes, chiites contre sunnites et tout le monde contre les Etats-Unis?, explique-t-il.

?Dans le cas d?une guerre entre chiites et sunnites, d?autres pays, notamment l?Iran, décideront à un moment ou un autre de mettre leur poids dans la balance et cela incitera d?autres pays à les imiter, comment cela s?est passé au Liban?, poursuit-il.

Ce scénario est également esquissé par Soli Ozel, chercheur au Royal Institute for Foreign Affairs, pour qui ?le mauvais génie est sorti de la bouteille?. ?Si l?Irak se désagrège, d?autres Etats se mettront à soutenir leurs propres groupes et tout le monde sera aspiré?, dit-il.

Selon des diplomates occidentaux, l?Arabie saoudite, qui fait figure de puissance régionale, s?inquiète elle de l?absence de toute courroie de transmission entre elle et l?Irak et redoute là encore les répercussions d?une crise chez son voisin du nord sur les milieux islamistes sunnites, dont les activistes vont et viennent déjà le long de la frontière irako-saoudienne.

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