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Condoleezza Rice témoignera en public et sous serment

31 mars 2004, 20:00

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CONDOLEEZZA Rice, la conseillère de George W. Bush pour la sécurité nationale, accepte de témoigner en public et sous serment devant la commission indépendante d?enquête sur les attentats du 11 septembre 2001. Cette décision représente une volte-face pour la présidence américaine qui s?opposait jusqu?alors à un tel témoignage public sous serment de Mme Rice au nom de la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif.

Condoleezza Rice est chargé de la coordination du Conseil national de sécurité (NSC), crée en 1947 pour assister le président des Etats-Unis en matière de politique étrangère et de sécurité nationale. Colin Powell, le secrétaire d?Etat, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense et George Tenet, le chef des services de renseignement, qui ont témoigné devant la commission d?enquête, font partie du NSC. Ils sont aussi membres du cabinet (gouvernement) du président, et leur nomination doit être acceptée par le Congrès, qui peut les entendre à tout moment. Ce n?est pas le cas du conseiller pour la sécurité nationale, qui ne répond qu?au président.

?Cas unique et extraordinaire?

Cette séparation entre les pouvoirs a constamment été invoquée par Condoleezza Rice pour refuser de témoigner publiquement et sous serment. ?Ce serait beaucoup mieux de pouvoir le faire. Mais j?ai une responsabilité de maintenir la séparation inscrite dans la Constitution entre les pouvoirs exécutif et législatif?, avait-t-elle affirmé récemment.

Dans une lettre adressée au président et au vice-président de la commission d?enquête, Alberto Gonzales, le chef des services juridiques de la Maison Blanche, a indiqué que le président Bush était ?prêt (...) à la requête de la commission sur les attentats commis aux Etats-Unis, à accepter que la conseillère du président pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, témoigne en public et sous serment?. La date pour ce témoignage n?a cependant pas encore été fixée.

Alberto Gonzales précise également dans cette lettre rendue publique que George W. Bush et le vice-président, Richard Cheney, sont désormais disposés à rencontrer l?ensemble des dix membres de la commission en privé pour répondre à leurs questions. Jusqu?à présent, Alberto Bush et Cheney n?avaient accepté que de recevoir le président de la commission, Thomas Kean, et son vice-président, Lee Hamilton. ?Nous continuons de penser (...) que les principes qui sous-tendent la séparation constitutionnelle des pouvoirs s?opposent fortement à un tel témoignage public et que la déposition de Mme Rice ne peut avoir lieu qu?en raison du cas unique et extraordinaire que représentent les événements du 11 septembre?, ajoute Alberto Gonzales dans sa lettre.

?Le témoignage public de Mme Rice sur les événements extraordinaires du 11 septembre 2001 ne représente, ni ne saurait être considéré comme un précédent pour des futures demandes de témoignages du conseiller pour la sécurité nationale ou tout autre responsable de la Maison Blanche?, a tenu à préciser dans sa lettre Alberto Gonzales.

Ces conditions devront faire l?objet d?un accord par écrit des responsables de la commission, qui doivent remettre leur rapport en juillet. Celle-ci devra aussi s?engager de la même façon à ne pas demander d?autres témoignages de Condoleezza Rice ou à d?autres responsables de la Maison Blanche, à l?exception des rencontres prévues avec le président Bush et le vice-président Cheney au cours desquelles les membres de le commission seront autorisés à prendre des notes.

Un refus dénoncé par les démocrates

Les dirigeants de la commission avaient renouvelé dimanche leur souhait de voir Mme Rice témoigner publiquement et l?administration Bush avait continué d?opposer son veto. Lors de deux interviews, l?une sur CBS et l?autre à ABC, Colin Powell, lui-même conseiller pour la sécurité nationale sous la présidence de Ronald Reagan (1981-1989), avait justifié dimanche le fait que les conseillers personnels du président américain puissent refuser d?être interrogés publiquement et sous serment par le Congrès, en invoquant ?une règle en vigueur depuis longtemps?.

Alors que d?autres conseillers pour la sécurité nationale ont déjà témoigné publiquement et sous serment dans le passé, comme Zbigniew Brzezinski, qui occupait cette fonction sous Jimmy Carter (1977-1981) et Sandy Berger, sous Bill Clinton (1993-2001), le refus de Condoleezza Rice était dénoncé par les démocrates.

John Kerry, le sénateur démocrate du Massachusetts, qui va affronter George W. Bush lors de la présidentielle de novembre, avait demandé que Condoleezza Rice vienne témoigner publiquement et sous serment devant la commission, comme les autres membres de l?administration présidentielle.

Les révélations de l?ancien subordonné de Condoleezza Rice, Richard Clarke, accusant l?administration Bush d?avoir négligé la lutte contre le terrorisme avant les attentats du 11 septembre 2001, ont fait rebondir la polémique. Alberto Clarke a lui-même déposé publiquement sous serment devant la commission mercredi dernier. L?opposition démocrate avait dénoncé le fait que Mme Rice multipliait les interviews télévisées pour rejeter les accusations de Richard Clarke mais refusait toujours de déposer publiquement sous serment.

Dimanche, sur la chaîne de télévision Fox, le président de la commission, le républicain Thomas Kean avait déclaré : ?Nous pensons unanimement en tant que commission qu?elle devrait témoigner publiquement. Nous pensons qu?il est important qu?elle présente ses arguments. Nous reconnaissons qu?il peut y avoir des problèmes liés à la séparation des pouvoirs mais nous estimons que face à une tragédie de cette ampleur ils sont probablement dépassés?.

© Le Monde News Service

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