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Faut-il transformer Agaléga en destination touristique ?

20 mars 2004, 20:00

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OUI Daniel Giorno directeur du projet Agaléga, chez Ireland Blyth Ltd

> En quoi consiste ce projet ?

Il s?agit de construire, dans un premier temps, une quinzaine de chalets de style créole, intégrés à l?environnement d?Agaléga. Et puis un développement centré sur la pêche au gros, la pêche touristique. L?excédent des prises sera traité sur place avant d?être exporté vers Maurice. Nous ciblons une clientèle internationale amateur de pêche au gros et férue de nature. Le complexe disposera de 400 mètres sur les 25 kilomètres de plage, situés au sud-ouest de l?ïle du Nord. Agaléga a une superficie totale de 6 200 arpents et le projet ne concernera que 25 arpents. Environ 87 autres arpents seront aménagés en jardins et en promenades, accessibles à tous.

> Comment les Agaléens vont-ils bénéficier de ce projet ?

Ils vont d?abord bénéficier d?un ravitaillement beaucoup plus régulier, parce que l?on a le projet de mettre en service un avion d?une quinzaine de places, pour emmener les touristes là-bas. Le principal navire ravitailleur, le Mauritius Pride, ne s?y rend que deux fois par an. Les Agaléens bénéficieront en plus de notre excédent en eau, en électricité, en stockage de froid et en télécommunication. Sans compter que notre projet entraînera la création d?emplois.

> Les opposants à votre projet craignent une dégradation de l?environnement naturel de l?île?

Dans notre demande pour un permis EIA, nous sommes obligés de divulguer toutes les installations que nous allons mettre en place. De par la loi, nous sommes tenus de préserver l?environnement. C?est d?ailleurs notre intérêt.

> Combien de touristes comptez-vous faire venir à Agaléga ?

Entre 30 et 40 à la fois au maximum. L?attrait de ce projet, c?est qu?il reste « intimiste ».

> Quelles sont les infrastructures que vous allez créer à Agaléga ?

Il n?y a rien dans la partie de l?île qui nous a été allouée par le gouvernement. Il faudra donc tout installer. Des groupes électrogènes, une station de dessalement de l?eau, en passant par une station d?épuration et un incinérateur. Nous prévoyons de rapatrier certains déchets solides vers Maurice. Tout sera fait en conformité avec les normes.

> Que répondez-vous à ceux qui disent que les Agaléens ne vont pas vraiment bénéficier de votre projet, à cause de leur bas niveau d?éducation ?

C?est inexact, car nous pouvons les former très facilement. Ce projet ne pourra pas se faire sans les gens d?Agaléga. Je n?ai pas de doute qu?on les trouvera à tous les échelons de l?établissement. Nous les formerons non seulement aux métiers de l?hôtellerie, mais aussi à la pêche au gros, qui est la principale attraction de notre projet. Ils pourront aussi s?adonner à la culture vivrière, à l?élevage et à l?artisanat.

> Quels sont les aspects dans votre projet qui pourraient nuire à l?environnement de l?île ?

Je n?en vois pas de très importants qui ne soient pas compatibles avec l?environnement. Pour permettre aux touristes d?utiliser des bateaux, il faudra construire deux petites marinas, une sur la côte ouest et l?autre sur la côte est. Il y a des passes à élargir. Le développement d?un endroit demande parfois la construction d?une infrastructure qui ne fait pas l?unanimité. Sans le dragage de la rade de Port-Louis ou la construction d?un chenal à Port-Mathurin à Rodrigues, les grands bateaux n?auraient pas pu accoster. Élargir des passes pour faciliter la navigation des pêcheurs est une activité courante autour de Maurice.

> Comment les Agaléens accueillent-ils votre projet ?

Avec intérêt. Même si certains aspects restent à préciser. En revanche, ils disent qu?ils sont trop occupés avec la fabrication de l?huile de coco pour s?occuper d?autre chose. C?est cela d?ailleurs notre grande appréhension. Car nous accordons une très grande importance à l?intégration sociale des Agaléens à notre projet.

> Comment réagissez-vous à la critique selon laquelle le gouvernement privilégie IBL ?

Nous ne détenons pas le monopole du développement. Encore faut-il avoir une vision, ainsi que la volonté et les moyens pour la réaliser. Notre projet a le mérite d?exister. L?ébauche a été présentée il y a trois ans et nous nous approchons de la phase de réalisation.

NON Jagdish Seebaruth ancient « Resident Manager » d?Agaléga

> Que pensez-vous du projet d?IBL à Agaléga ?

En tant qu?ami et ancien Resident Manager d?Agaléga, je ne suis pas contre le développement de l?île. Mais je crains que l?on ne tienne pas compte de sa spécificité et de ses habitants.

> En quoi l?île est-elle unique ?

C?est un véritable bijou exempt de toute pollution. À bien des égards, sa faune et sa flore sont uniques. Sa population est affable, accueillante et simple. Cependant, son écologie est très fragile.

> Pourquoi le projet d?IBL vous fait-il peur ?

Je crains que l?on soit en train de rejouer le drame des Chagossiens. C?est moins voyant, mais aussi tragique. Les Agaléens vivent encore dans des conditions de semi-esclavage. Ils ne sont toujours pas propriétaires de leurs terrains. J?ai donc peur que ce projet ne se fasse à leur détriment.

> Expliquez-vous ?

En novembre 2000, IBL a envoyé une équipe de consultants pour étudier la viabilité de son projet. Selon moi, ces consultants ont voulu voir que ce qu?ils voulaient voir. Il n?y a pas à proprement parler de terre à Agaléga. Le sol est sablonneux et poreux. Des experts de l?Organisation des États-Unis pour l?alimentation et l?agriculture ont prévenu, dans un rapport officiel transmis à l?Outer Island Development Corporation, que toute percolation de produits chimiques ou d?effluents dans le sol va contaminer la nappe d?eau souterraine. Quand on pense que les habitants doivent récolter l?eau de pluie pour leur consommation et qu?ils dépendent aussi de l?eau de la nappe phréatique, on peut s?inquiéter. D?autant qu?IBL, dans son projet, ne fait qu?évoquer brièvement ce problème.

> Mais IBL a prévu une station d?épuration et un incinérateur pour les déchets?

Toutes ces installations ne feront qu?augmenter les risques de pollution de l?île, qui jusqu?ici a été totalement épargnée. Qui ne connaît pas les risques de pollution associés à la mise en service d?un incinérateur, par exemple ? IBL viendra implanter son hôtel à Farfar, la plus belle région d?Agaléga. Tout ce fragile écosystème en sera bouleversé à jamais.

> Mais tout développement n?implique-t-il pas des sacrifices ?

Pas à ce prix ! L?île contient une faune et une flore uniques au monde. Il y a un type unique de lézards. De même, il existe un type de coco qu?on ne trouve que là-bas, la « Gueule rose ». N?oublions pas qu?IBL se propose d?élargir deux passes pour pouvoir abriter ses bateaux. Or, nous connaissons les effets du dynamitage sur l?écosystème marin. Il existe à Agaléga une pêche artisanale de subsistance. Avec cette destruction et avec la promotion de la pêche au gros, cette activité va s?en trouver affectée. Sans compter que je ne souviens pas avoir lu une quelconque proposition d?IBL pour préserver le patrimoine historique de l?île.

> Quels sont ces vestiges ?

Il y en a beaucoup. D?abord le dépôt construit par l?administrateur Auguste Leduc en 1810. Agaléga est parsemée de vestiges rappelant la période de l?esclavage. Il y a les cachots où étaient emprisonnés les esclaves rebelles, l?abri des esclaves, sorte de caverne où l?on les mettait par temps cyclonique. Il y a encore la chapelle de l?île du Sud, construite en 1805, et celle de l?île du Nord, érigée elle en 1810. Toutes deux sont en piteux état. Mentionnons également le cimetière des blancs ? où l?on dit qu?une princesse malgache est enterrée ? et le cimetière des noirs. Comment peut-on ne pas parler du moulin à l?huile, de la machine à fabriquer le savon ou encore des carreaux de séchage. Tous ces vestiges ne font-ils pas partie de notre patrimoine ?

> Quelle sorte de développement préconisez-vous donc pour Agaléga ?

Avec ses 250 habitants, on ne peut pas envisager un développement industriel ou touristique sans perturber l?écosystème ou les habitudes des habitants. C?est pour cela que je pense qu?une exploitation à petite échelle de l?aquaculture est écologiquement viable. Je pense ici aux concombres de mer ou barbaras, très prisés dans les régions asiatiques, ou à la culture des algues (agar-agar). Il s?agit de développer l?île sans la blesser.

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