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Des mauriciens jugent leur pays

13 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le Bon Choix, Rama Poonoosamy de l?agence Immedia, Dinesh Gajeelee, de Neocom Ltd et Manoj Ramdin de la filiale locale du groupe Galana nous livrent leurs impressions, leurs rêves, leurs appréhensions ainsi que leurs espoirs.

Dans l?immédiat, ils se disent tous concernés par l?éducation qui doit bénéficier d?une attention particulière de la part des autorités, avec le développement de l?informatique, le combat contre la pauvreté et surtout la lutte pour faire reculer le communalisme. Entre la famille, la société, la politique et le travail, la priorité va à la famille, parce qu?ils la considèrent comme un pilier sans lequel toute personne perd ses repères. Tous ont placé la politique en dernier : bien qu?importante, elle est considérée comme un élément diviseur. Enfin, s?il y a une chose que personne ne souhaite revivre, ce sont à l?unanimité les émeutes qui ont suivi la mort de Kaya en 1999. Et tous plaident pour le mauricianisme au quotidien.

« Il faut davantage de maturité dans les propos des opinion leaders »

Rama Poonoosamy, directeur de l?agence Immedia

Devant l?effervescence des débats, Rama Poonoo-samy a choisi de garder la tête froide et de rester optimiste : « Ce qui me préoccupe le plus ce sont surtout la pauvreté et l?environnement. En ce qui concerne les crises identitaires, le racisme ou le communalisme, il faut davantage de hauteur et de maturité dans les propos des opinion leaders. Vivre ensemble à Maurice ou ailleurs dans un sentiment de justice est une condition essentielle à la survie et au progrès de l'humanité. Généralement, à la direction de tout pays comme de toute organisation, une vision progressiste, doublée d?un sens des priorités et de l?effort dans la discipline, devrait rapprocher les résultats des objectifs fixés dans chaque domaine. » Parmi les événements nationaux qui ont le plus marqués ce passionné de la chose culturelle, on relève l?indépendance, les bagarres raciales de 1968, les émeutes de 1999 et les Jeux des îles de 1985 et de 2003.

Rama Poonoosamy croit fermement dans la nation mauricienne qui, dit-il, est constamment en construction. « Le pays progresse comme le montrent les indices de la qualité de la vie. Mais toutes les classes sociales ne progressent pas au même rythme, surtout les plus démunis et les plus défavorisés. D'autre part, la croissance de certains secteurs de l'économie est positive. Par exemple, pour le tourisme, la construction et les services financiers, c'est encourageant. L'éducation et la formation professionnelle, surtout dans le secteur des technologies informatiques, devraient retenir toute l'attention du gouvernement », insiste-t-il.

Le directeur d?Immedia rêve d?une île Maurice où la pauvreté et les inégalités auront reculé au profit du mauricianisme, où les préjugés et les blocages sexistes tomberont pour permettre à la femme d?avancer, où le chômage serait inexistant et dans laquelle les citoyens puissent évoluer dans un environnement sain.

« La femme a un rôle capital à jouer »

Manoj Ramdin, directeur de la filiale locale du groupe Galana

Manoj Ramdin estime qu?il y a trop de faux débats sur des sujets d?importance tels que l?éducation, la corruption et l?avenir de l?industrie textile alors que, selon lui, c?est l?intérêt supérieur du pays qui devrait primer. Lui, en tout cas, se dit très concerné par la situation économique difficile et la menace de la paix sociale. Ce qui l?amène à croire que tout aurait pu être pour le mieux dans le meilleur des mondes si chacun arrivait à penser et à agir en Mauricien. « Je pense que ce sentiment pourrait éviter bien des catastrophes comme les émeutes suivant la mort de Kaya. Et je pense que le communalisme ne disparaîtra que quand les politiciens le décideront, pas avant ! Ce n?est qu?à ce moment-là que nous pourrons enfin voir une île Maurice où toutes communautés vivent en parfaite harmonie avec une égalité des chances pour tous. La phrase Enn sel lepep enne sel nasyon devrait dépasser le stade de slogan et devenir réalité. C?est mon rêve ! », affirme t-il en ajoutant que les émeutes de 99 ont été l?un des moments les plus sombres de l?histoire de Maurice.

S?il était au pouvoir, Dinesh Ramdin s?attaquerait d?abord à résoudre les problèmes économiques, à éliminer la corruption et le communalisme et à créer le feel good factor, tant sur le plan économique que social. Optimiste malgré tout, il fonde ses espoirs sur les investisseurs étrangers comme Infinity et Accenture et la bonne santé de certaines entreprises locales, à l?instar de CMT et de Star Knitwear.

Tout comme d?autres interlocuteurs, il rêve d?une plus grande participation des femmes dans les affaires du pays. « La femme a un rôle capital à jouer dans toutes les sphères de la société. Elle a, par exemple, des qualités que nous, les hommes, ne possédons pas. » Complémentaires, dit-il, hommes et femmes devraient travailler ensemble en tant que partenaires plutôt que comme adversaires.

« Les Mauriciens peuvent vivre en harmonie ! »

Clément Lam, Senior Retail Manager à la Barclays Bank

De tous les événements qui ont marqué le pays récemment, ce sont surtout les débats portant sur le système éducatif et la réforme électorale qui ont interpellé Clément Lam. La fraude et la corruption sont également les sujets qui le préoccupent le plus. Optimiste, il pense qu?avec la volonté de chacun, tout espoir n?est pas perdu et que dans dix ans, le pays respirera mieux sur le plan économique. Si son plus beau souvenir reste les Jeux des îles où il a constaté un grand élan d?unité nationale dans le c?ur de chaque Mauricien, il se dit toutefois inquiet de la montée du communalisme. « Mais je reste certain que nous pouvons vivre dans l?harmonie et unis dans la diversité pour peu que chacun apporte un peu de soi-même, en étant tolérants, compréhensifs dans le respect des autres. »

Les secteurs éducatifs, industriels et financiers sont parmi ceux qui méritent une attention particulière du gouvernement, lequel devrait également s?intéresser à l?unité nationale. Le Senior Retail Manager de la Barclays émet deux souhaits : décentraliser les services publics afin de décongestionner la circulation dans Port-Louis et intensifier la campagne d?investissements à Maurice.

« C?est à l?étranger qu?on rencontre de vrais Mauriciens »

Alan Payen, directeur du restaurant Le Bon Choix

Directeur d?une petite entreprise familiale, Alan Payen se décrit comme un Mauricien à 100 % et déplore l?hypocrisie et la jalousie qui règnent à Maurice. Selon lui, il y a trop d?ingérence politique dans les sphères de la société et surtout trop de lobbies pour faire avancer des projets qui ne profitent pas à toute la communauté. « Trop de sujets d?intérêt national comme l?éducation sont délaissés au profit de nombreuses inutilités. Ce qui ajoute à la frustration générale et contribue à la montée du communalisme ! C?est vraiment dommage, ce n?est qu?à l?étranger que l?on rencontre les Mauriciens ! Dès qu?ils posent les pieds sur leur terre natale, ils ne le sont plus », affirme-t-il.

Le jour où Maurice a obtenu son indépendance demeure le moment qui l?a le plus marqué. Il n?avait que neuf ans, mais plus il grandissait plus il en comprenait le sens. Mais aujourd?hui, ce Mauricien fier de l?être craint pour son pays. « Il faut désamorcer la bombe. Il incombe à ceux qui se trouvent à la tête du pays de le faire en travaillant pour inculquer le sens du mauricianisme à tous et en faisant taire les groupuscules qui nuisent à l?harmonie. Je m?appelle Alan et les plus beaux moments de ma vie, c?est quand j?ai Ahmed, Ashvin et Ah Fat autour de ma table », lance-t-il d?un ton ferme. Ses v?ux les plus chers : que les vrais mauriciens mettent la main à la pâte pour trouver un système éducatif qui convienne à tout le monde, une bonne organisation de la santé publique et un meilleur projet de société.

« Le jour où chacun réagira en Mauricien sera à marquer d?une pierre blanche »

Dinesh Gajeelee, directeur de Neocom Ltd

« Le jour où chacun réagira en tant que Mauricien sera à marquer d?une pierre blanche. » Tout en se réjouissant des efforts entrepris pour l?unité nationale, Dinesh Gajeelee est attristé par le fait que la fibre patriotique ne vibre pas plus. Selon lui, les autorités devraient miser davantage sur l?éducation, ce qui permettrait de responsabiliser chaque Mauricien sur son appartenance à la nation. Pour ce faire, il ne faut pas entrer dans le jeu des politiciens. « On note une montée du communalisme qui est soutenue par certains politiciens qui ne mesurent pas la portée de leurs propos », dit-il en se référant aux émeutes de 1999.

Dinesh Gajeelee estime par ailleurs qu?une bonne formation professionnelle pourrait aider à résoudre de nombreux problèmes : chômage, manque de personnel qualifié, notamment pour la cybercité. Il craint que Maurice ne se retrouve avec une cybercité fonctionnant avec une main-d??uvre à majorité étrangère. Ce n?était pas l?objectif au départ. Bien qu?il souhaite que plus de ressources locales soient utilisées, Dinesh Gajeelee estime que le gouvernement devrait intensifier sa campagne d?information pour attirer les investisseurs étrangers.

Parmi ses autres préoccupations, l?environnement : « Trop de béton, pas assez d?espaces verts ! » et la pauvreté, même s?il se réjouit des actions pour la combattre telles que Anou Dibout Ensam et d?autres organisations comme le Rotary dont il fait partie. Enfin, le directeur de Neocom Ltd souhaite qu?il y ait plus de femmes dans tous les secteurs d?activités.

« Il faut se tourner vers d?autres créneaux ! »

Soraya Currimjee, directrice de Haseena Modelling Agency

« Il faut absolument faire quelque chose et vite ! », s?inquiète Soraya Currimjee quand elle jette un regard sur ce qui se passe autour d?elle. Les accusations de brutalité policière, le chômage et l?éducation préoccupent la directrice de l?agence Haseena. Sur le plan économique, elle appelle à plus de réalisme de la part des autorités. « Il est évident que les secteurs sucrier et textile répondent de moins en moins aux attentes du pays. La bonne réaction serait de se tourner vers d?autres créneaux. Rechercher l?expertise étrangère dans d?autres secteurs économiques », conseille-t-elle. « Il faut libérer l?espace aérien pour pouvoir dynamiser le secteur du tourisme qui est un des secteurs-clés pour le développement de Maurice. »

Sur le plan social, Soraya Currimjee attribue la dégradation de la situation à la disparition des valeurs culturelles et traditionnelles, associée à un manque de responsabilité civique qui touche en particulier les jeunes. L?irresponsabilité de certaines personnes contribuerait également à entretenir ce sentiment malsain qui prévaut actuellement. « On ne se sent plus en sécurité. Ce qui m?attriste, c?est qu?au lieu d?utiliser la religion pour bâtir la paix, c?est plutôt le contraire qui se produit et c?est dommage. Nous n?avons pas besoin d?autres émeutes comme celles que nous avons vécues en 1999. »

Elle insiste sur l?importance de l?éducation, en demandant aux autorités publiques et privées d??uvrer dans ce sens. « Il faut donner à nos enfants, les moyens, par l?éducation, de devenir des citoyens dignes de notre pays. Ailleurs on parle de Maurice comme un bijou dans l?océan Indien, mais il faut surtout qu?il le soit aussi pour les Mauriciens. »

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