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Chauffeur de bus, piéton et pugilat

13 mars 2004, 20:00

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De plus en plus d?automobilistes mauriciens sont victimes de road rage. Lorsqu?il est confronté à une situation frustrante, le conducteur laisse libre cours à son agressivité. Souvent il ne s?agit que de violence verbale. Mais parfois, il arrive que les circonstances poussent le chauffeur à être violent physiquement.

C?est ce qui s?est produit lundi dernier près de la gare de Curepipe. Evans Gopal, un infirmier, et sa fiancée Francesca Ruggoo, étudiante à l?université de Maurice, étaient loin d?imaginer qu?ils seraient victimes d?un de ces conducteurs stressés. Vers 15 heures, ils traversent tranquillement sur un passage clouté situé entre le cinéma Novelty et une pâtisserie, lorsqu?un autobus de la compagnie United Bus Service, fonce littéralement sur eux. « Nous étions presque au milieu du passage clouté. Si Evans ne m?avait pas tirée jusqu?au trottoir, je crois que le bus nous aurait écrasés », raconte Francesca d?une voix encore empreinte d?émotion.

Une vitrine en mille morceaux

Exaspéré par le geste du chauffeur, Evans s?approche de l?autobus immobilisé quelques mètres plus loin et vocifère : « Ène manière pou to roulé sa ? » Le chauffeur lui répond que « c?est pas ène façon pou marcher sa, ena ène tas circulation ! » Des injures fusent des deux côtés pendant quelques secondes. « Mo ti mari en colère par manière li fine faire? », explique Evans.

Mais la dispute tourne très vite en pugilat. Le conducteur descend alors du bus et commence à donner des coups de poing. Evans ne cède pas pour autant. Malgré sa petite taille, le jeune homme excédé lui rend la monnaie de sa pièce avec autant de vigueur.

Mais le cogneur a d?autres desseins. Selon le couple, il aurait bousculé Evans et aurait pris une barre de fer qui se trouvait dans la cabine du bus. Le receveur, qui jusqu?à présent assistait à la scène sans ciller, se met, lui aussi, à agresser Evans. « C?était insensé. Au lieu de les séparer, il est venu prêter main forte à son collègue », se lamente Francesca. Paniquée par la tournure que prennent les événements, elle tente d?intervenir. Mais elle se ravise lorsqu?elle reçoit un coup sur la main gauche. Finalement, Evans atterrit dans la vitrine de la pharmacie Pather, qui se brise en mille morceaux.

Fait étonnant, le conducteur hargneux aide Evans, blessé aux bras, à se relever. « Je crois qu?il a été choqué par les blessures d?Evans. » Entre-temps, des badauds se sont massés près de la pharmacie. Voyant qu?Evans perd beaucoup de sang, un chauffeur de taxi lui fait un garrot avec un mouchoir.

Et une voiture de l?Emergency Response Service, qui patrouillait dans le secteur, transporte le jeune homme à l?hôpital Candos. Résultat : 33 points de suture? « Je souffre beaucoup. Je ne peux presque rien faire. Pour manger, m?habiller, me laver, c?est la galère », se plaint-il. Il a porté plainte contre le chauffeur? qui en a fait de même.

Barre de fer ou « boutte aluminium ? »

À l?United Bus Service (UBS), on prend cette affaire très au sérieux. Une enquête indépendante de celle de la police est en effet menée par la compagnie. « Si l?enquête révèle que le chauffeur est coupable, nous prendrons les sanctions qui s?imposent. À l?UBS, nous sommes très stricts sur la discipline et le customer care. Nous ne pouvons pas laisser ternir notre réputation », assure Alim Bundhoo, le directeur. Il ajoute cependant que le travail de chauffeur d?autobus comporte bien des dangers, parce que les employés ont souvent affaire à de drôles d?énergumènes.

Selon la version rapportée par le chauffeur à la direction, c?est Evans Gopal qui l?aurait provoqué. « Bougre-là ine monte dans bus, lerla mo fine rode fer li comprend. Mo finne bisin défanne moi, parski line commence batte moi coute parasol », aurait-il donné comme explication. En ce qui concerne l?utilisation d?une barre de fer, le chauffeur indique qu?il ne s?agissait que d?un « boutte aluminium ».

Evans, lui, souhaite que la compagnie prenne les sanctions nécessaires contre le chauffeur. « Il ne faut pas qu?une chose pareille se reproduise. » Chauffeurs et piétons ne devraient pas laisser la moutarde leur monter au nez aussi vite.

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