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Supachai Panitchpakdi à la tête d?une OMC à la crédibilité entamée
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Supachai Panitchpakdi à la tête d?une OMC à la crédibilité entamée
<B>L?INVITE</B> de marque du gouvernement pour les célébrations de la fête nationale vendredi prochain est un homme sur lequel pèse une très lourde responsabilité. Le Dr Supachai Panitchpakdi, directeur général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), doit en premier lieu veiller à ce que la globalisation ne crée pas des déséquilibres fondamentaux dans le système économique mondial.
Cet ancien vice-Premier ministre et ministre de l?Economie de la Thaïlande est aux commandes de cette institution des plus vitales au monde depuis septembre 2002. Le Dr Supachai Panitchpakdi a été un fervent supporter du libre commerce depuis sa tendre jeunesse. Il doit sa nomination à ce poste en grande partie au soutien des pays asiatiques. Plusieurs pays africains ainsi qu?une quinzaine de pays européens avaient aussi soutenu sa candidature. Les Etats-Unis avaient, eux, préféré apporter leur appui à l?autre candidat, le Néo-Zélandais, Mike Moore.
C?est donc à Supachai Panitchpakdi qu?incombe la très lourde tâche de présider aux destinées de cette institution dont la crédibilité a été largement entamée ? aux yeux des pays pauvres et en développement surtout ? depuis l?échec de Cancun.
Le revers de la dernière conférence ministérielle a relancé les discussions pour une refonte du mécanisme de prise de décisions dans l?institution multilatérale. Il y a consensus que le système actuel ne peut soutenir le poids des tâches qu?elle est appelée à traiter. Les pays développés et les pays en développement, de même que ceux en sous-développement veulent tous des réformes. Les motifs sont toutefois différents, voire contradictoires.
L?échec de Cancun a été interprété par plus d?un comme une victoire pour les pays en voie de développement, dont Maurice. Le bloc des pays industrialisés a eu fort à faire contre une alliance émergente entre les pays de l?Union africaine (UA), des ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifiques) et du groupe des pays moins avancés (PMA). ?Jusqu?ici les négociations ont été essentiellement bipolaires impliquant les Etats-Unis et l?Union européenne (EU). L?émergence du G-20 et du G-90 à Cancun a fait réaliser aux grandes puissances qu?elles n?auront plus la même facilité de man?uvre que dans le passé?, observe Assad Buglah, directeur de la Trade Policy Unit (TPU) au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.
L?agriculture fut la principale cause de déraillement des pourparlers à Cancun. Les pays avancés n?ont jamais pu démontrer une réelle volonté à ouvrir davantage leurs marchés aux produits agricoles du Sud. La réforme agricole en Europe était loin d?être conforme au mandat de Doha sur l?agriculture. Pour corser le tout, les Etats-Unis et l?UE avaient décidé à quelques jours de la conférence ministérielle de former une coalition dont l?objectif était d?accentuer le protectionnisme. Leur principale préoccupation était en fait de protéger leurs communautés d?agriculteurs des nécessaires réformes.
La levée de boucliers de pays tels que l?Inde, le Brésil et la Chine contre un tel postulat a fait capoter les discussions. Les pays développés estiment que le principe actuel de prise de décisions par consensus à l?OMC est injuste car il retarde l?avancement des dossiers. Ce principe implique qu?un pays membre peut à lui seul bloquer une décision. (Au lendemain de Cancun, d?ailleurs, le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy avait qualifié l?OMC d?institution ?médiévale? pour exprimer son exaspération). Les pays développés sont donc en faveur d?un système à deux niveaux, selon lequel un groupe restreint de pays pourra représenter un grand nombre d?Etats.
Pour les pays en voie de développement, il n?est pas question de toucher à la méthode de prise de décisions par consensus. Très souvent, c?est pour eux la seule voie pour se faire entendre lors des discussions et surtout au moment du vote. Ils souhaitent au contraire que le mécanisme soit davantage démocratisé. Plus question de se retrouver devant le fait accompli décidé par les grands. ?Les pays en développement veulent plus de transparence et plus de participation lors des consultations. On ne peut plus limiter les négociations aux green-room discussions uniquement?, explique Assad Buglah.
Il y a également de grandes divergences sur les échéances des pourparlers. Les Etats-Unis, en particulier, veulent que les négociations en cours à l?OMC soient bouclées vers la fin de 2004. Les nations en voie de développement souhaitent, elles, plus de temps pour mieux saisir les implications des négociations et aussi pour pouvoir s?ajuster à la concurrence de l?extérieur.
Les pays en développement sont aujourd?hui plus à même de mettre en avant leur propre agenda. Ils ont une plus grande latitude pour identifier et analyser des questions qui conviennent mieux à leurs aspirations. Par exemple, ils veulent que la question du traitement spécial et différencié soit considérée d?avance car l?adaptabilité des économies vulnérables aux changements commerciaux en dépend énormément.
L?agriculture reste un sujet épineux à l?OMC. Le cycle de Doha peut être ressuscité si les discussions sur l?agriculture reprennent. Pendant longtemps, les pays industrialisés ont voulu pousser les Singapore Issues (la facilitation au commerce; la transparence dans les marchés publics; la politique de la concurrence et l?investissement) à l?avant-plan des négociations. A la suite des résistances exprimées par les pays en développement qui n?y voyaient pas une préoccupation majeure, les pays avancés ont dû réviser leur position. Ils sont disposés à accepter de démarrer les discussions sur la facilitation du commerce seulement.
Les discussions prochaines seront ainsi axées sur l?agriculture, l?accès aux produits non agricoles sur les marchés des pays riches et le coton.
Le G-20 et le G-90 devront plus que jamais rester sur leurs gardes. Sa plus grande bataille sera pour le maintien du système de négociations multilatérales. L?appétit des Américains et des Européens pour nouer des alliances bilatérales (outrepassant l?OMC) est trop grand pour être ignoré. Les différentes réunions informelles de l?OMC post-Cancun ont abordé cette problématique. ?Il nous faut à tout prix maintenir le système de commerce multilatéral. En l?absence d?un système international de commerce multilatéral, les pays en développement risquent fort de se voir laissés sur la touche?, fait ressortir Assad Buglah.
Mais l?OMC fait également l?objet d?attaques idéologiques. Cible de prédilection des anti-altermondialistes, au même titre que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, l?institution n?a jamais pu se défendre convenablement des accusations qu?elle favoriserait le monde riche au détriment des nations pauvres.
Lalit, mouvement de gauche, un des principaux critiques de l?OMC à Maurice, clarifie sa position souvent mal comprise sur l?institution. ?Nous ne sommes pas contre le fait qu?il y ait un système de commerce multilatéral. Nous contestons toutefois les accords et les règles de l?OMC qui ne sont pas décidés de manière démocratique?, explique Ashok Subron, un responsable de Lalit.
Le parti de gauche s?oppose d?ailleurs, tout comme plusieurs formations syndicales, à la visite du Dr Supachai Panitchpakdi chez nous. Il a fait état de son désaccord dans une lettre au Premier ministre récemment.
L?échec de Cancun a été interprété par plus d?un comme une victoire pour les pays en voie de développement, dont Maurice. Le bloc des pays industrialisés a eu fort à faire contre une alliance émergente entre les pays moins riches.
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