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Partage d?émotions africaines

6 mars 2004, 20:00

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Le Centre culturel Charles Baudelaire présente, du 4 au 20 mars, une exposition de photographies d?histoire naturelle du continent africain. Il suffit de savoir que ce collectif de photographes naturalistes français comprend Yann Arthus-Bertrand pour prendre conscience de l?aubaine offerte aux Mauriciens de pouvoir contempler quelques spécimens de l??uvre de ce spécialiste des photos aériennes, dont la célébrité s?est amplifiée depuis la publication de son best-seller La Terre vue du ciel. Ses collègues sont tout autant intéressants et aussi instructifs que lui, même si nous les connaissons moins.

Yann Arthus-Bertrand commence sa fructueuse carrière comme directeur d?une réserve animalière en France. Il s?en va vivre au Kenya et observer les lions de la réserve de Masaï Mara. À bord d?une montgolfière, il découvre graduellement les merveilles naturelles du continent africain. Il se spécialise ensuite dans les reportages d?aventure, de sport et de nature. Il fait le portrait de Diane Fossey, couvre dix Paris-Dakar et réalise chaque année le Livre de Roland-Garros. Entre-temps, il devient le spécialiste mondial de la photographie aérienne. Il fonde en 1991 l?agence de presse Altitude. Depuis 1995, il constitue une banque d?images, sous le titre La Terre vue du ciel, une iconographie des écosystèmes constituant un état de la Terre au seuil du troisième millénaire.

L?obession de son mari

Michel et Christine Denis-Huot ont publié plusieurs livres sur la faune est-africaine. Ils collectionnent les honneurs du World Press et les prix « Nature », grâce notamment à la photo d?un dauphin sautant devant l?étrave d?un pétrolier géant. Christine vient à la photo naturaliste en 1985 seulement, après avoir épousé Michel pour qui l?observation de la nature est une passion d?enfance. Christine épouse aussi l?obsession de son mari pour tout ce qui touche la faune et la flore de notre planète à un tel point qu?ils sont incapables de revendiquer la paternité ou la maternité de leurs enfants (leurs photographies communes).

Avec Alain R. Devez, la photographie et le film redeviennent des vecteurs d?investigation scientifique et de synthèse. Associé au CNRS et au Professeur Pierre Paul Grassé, il alimente continuellement et fructueusement la photothèque de cette savantissime institution de recherches scientifiques mondialement connue. Auteur d?une soixantaine de films, collectionneur de médailles d?or et de premiers prix, il est connu pour pouvoir filmer au rayon X la locomotion animale à 500 images par seconde.

La spécialité d?Alain Dragesco-Joffé est de relever les défis de l?impossible. Très tôt, il délaisse droit et sciences politiques pour la photographie et les expéditions lointaines. Son principal objectif est de photographier les espèces animales les plus farouches et les plus difficiles à approcher. Ses rencontres avec la faune saharienne l?incitent à entreprendre pendant dix ans une monographie sur ce sujet, dix années d?efforts et de patience récompensées par le Kodak Award for Nature Photography et par un double prix de la Wildlife Photographer of the Year competition. Son livre La vie sauvage au Sahara obtient le prix Nature 1993. Ses prochaines cibles seront la faune himalayenne du Pakistan et des hauts plateaux tibétains.

Geneviève Renson compte à son actif 17 expéditions en Afrique dont de longues semaines dans des conditions d?isolement extrême, sans matériel de communications, ni moyens logistiques, de longues attentes dans l?ombre humide des forêts ou l?atmosphère étouffante des marais. Elle se déplace le plus souvent à pied ou en pirogue et partage de préférence la vie quotidienne des communautés qui l?accueillent. Elle est devenue une référence mondiale du mandrill (grand singe cynocéphale), du bongos et du bec-en-sabot (un oiseau hors du commun).

Jean-Marc Durou a fait des rapports de l?homme à la nature, désertique de préférence, sa spécialité. Ancien guide saharien - trente ans d?explorations en Afrique - collaborateur de Théodore Monod, auteur de Sahara désert magique, qui lui vaut le premier prix Hippolyte Bayard du Musée français de la photographie, fondateur des éditions Vent de Sable, dont le premier titre est Théodore Monod, une vie de Saharien de Sylvain Estibal et Hervé Derain, il demeure un spécialiste mondialement connu des déserts tropicaux.

Le parcours et les nombreuses réalisations de ces photographes talentueux et compétents sont éloquents. L?occasion nous est offerte de partager, le temps d?une visite de l?exposition préparée pour nous par le personnel du CCB, leur commune passion pour le patrimoine culturel africain. Nous devons le faire, surtout si la photographie de la faune et de la flore de notre planète n?est pas notre tasse de thé, ne serait-ce que pour nous prouver que notre curiosité intellectuelle est intacte et peut toujours nous inciter à de nouveaux dépassements. Nous devons être capables de communier avec la centaine de photographies exposées, en comprenant que chacune d?entre elles a été laborieusement choisie parmi des milliers d?autres, parce qu?elles témoignent le mieux de l?émotion ressentie dans un moment privilégié au bout de plusieurs heures, jours, semaines d?attente, de patience et de persévérance. L?exposition « Eclats de vie » nous offre, en effet, des éclairs fugaces de patrimoines fragiles. À déguster en douceur, en prenant tout son temps. À savourer avec immodération.

Il est difficile d?entrer en détail dans les multiples découvertes, les unes plus instructives que les autres, de cette sélection des meilleures photos naturalistes du continent africain. Contentons-nous d?énumérer quelques-unes nous paraissant encore plus exceptionnelles ou encore plus révélatrices :

<B>Yann Arthus-Bertrand</B>

  • Un baobab couché et incinéré devenant une gigantesque mèche d?amadou.

  • Le Mali où le droit à l?eau a davantage de valeur qu?une concession foncière et où le puits est avant tout point de rencontre humaine et animale.

  • Les jeux d?eau de la vallée du Rift est-africain où évaporation et cristallisation engendrent des ondées diaprées.

  • L?Arbre de vie, séquelle d?un désastre écologique. Une prolifération d?éléphants devient la cause de la destruction d?une forêt d?acacias parasols.

<B>Jean-Marc Durou</B>

  • Les dunes si belles à contempler mais qui ne constituent que deux dixième des étendues désertiques équatoriales, oeuvre d?alizés persistants.

  • Les déserts éventés constamment renouvelés mais toujours semblables, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

  • Les montagnes de sable chantant.

  • Le Hoggar ou le désert lieu de ressourcement et de purification intérieure.

  • Le c?ur pétrifié du Sahara, sculpté à coups de gel et de sel.

  • Les déserts mauritaniens : le prochain robinet est à mille kilomètres. Mais attention ! Il peut être à sec.

<B>Alain R. Devez</B>

  • Une liane spiralée géante longue d?un demi-kilomètre.

  • La sécheresse des marigots forestiers, les frondaisons des arbres conservant les deux-tiers des eaux pluviales.

  • La chauve-souris épomophore au museau pouvant prendre la forme d?un aspirateur pour mieux goûter les fruits.

<B>Michel et Christine Denis-Huot</B>

  • Le décor fantasmagorique de fougères arborescentes. Un « Nuit et Brouillard » où le végétal l?emporte sur l?animal et le minéral.

  • Le serval, mi-guépard, mi-chat, préfèrant bondir que courir.

  • Les zèbres de Grant aux rayures noires sur blanc.

  • Les nuées de flamands nains, partageant la préférence des crustacés du lac Bogoria, au Kenya, pour des algues microscopiques.

  • Le lion envoie ses lionnes à la chasse mais se réserve, bien sûr, sa part de gazelles.

<B>Alain Dragesco-Joffé</B>

  • L?Oryx algazelle tunisien, ses 200 kg et ses cornes d?un mètre de longueur.

  • Le mouflon de l?Aïr nigérien et ses touffes de poils sur la gorge, la poitrine et les pattes antérieures.

  • Le chacal doré du Ténéré, célèbre pour son opportunisme, son éclectisme, sa préférence pour les moutons faisant de lui le symbole de tout politicard.

<B>Genevièvre Renson</B>

  • L?élan Derby du Centrafrique qui peut parcourir 100 km par jour et retour rien que pour pouvoir brouter ses plantes préférées.

Bref, une exposition qui nous apprendra combien belles mais fragiles sont notre planète Terre et notre Mère Afrique.

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