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Des OGM dans nos assiettes : qui mange quoi ?

6 mars 2004, 20:00

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Alors que les tensions provoquées par la « guerre des langues » déclenchent les passions, que les dégâts causés à l?environnement appellent de sérieuses inquiétudes et que de nombreuses accusations de brutalité policière se succèdent, ce sont curieusement les OGM qui semblent retenir l?attention de nombreux Mauriciens. En tout cas, depuis qu?en décembre, le Genetically Modified Organisms Bill est passé en première lecture au Parlement, beaucoup de voix se sont fait entendre tant pour soutenir ? timidement il est vrai ? le projet, que pour émettre des doutes sur les risques potentiels pour les humains et l?environnement. Les premiers parlent de la possibilité de trouver une solution à la faim dans le monde et des recherches dans le domaine de la pharmaceutique, alors que les seconds réclament le droit de l?individu de choisir de consommer ou non des organismes génétiquement modifiés? ou plutôt « manipulés » comme ils se plaisent à le dire. Mais une chose est sûre : tous souhaitent que les démarches entreprises pour faire passer la loi soient accompagnées d?une campagne neutre d?information et de sensibilisation pour permettre aux consommateurs d?en savoir davantage sur les OGM et de tirer leurs propres conclusions.

Mais quelle est l?urgence pour Maurice ? « Je ne pense pas qu?il y ait vraiment une urgence en tant que telle, mais comme Maurice est signataire de la Convention (N.D.L.R. : le traité de Carthagène) sur la biosécurité et la diversité biologique, nous sommes tenus de respecter les clauses du traité, notamment celle concernant la date butoir pour l?entrée en vigueur de la loi », tente d?expliquer Sudesh Puchooa, chargé de cours en biotechnologie à la faculté d?agriculture de l?université de Maurice.

« Les gens doivent savoir ce qu?ils consomment »

En attendant que la recherche, la production ou l?importation d?OGM puisse se faire légalement à Maurice, plusieurs questions se posent. En effet, les promoteurs auront beau présenter le produit sous ses dehors les plus séducteurs, la notion de « risque zéro » n?existe pas, d?où la prudence affichée par les associations de consommateurs. À Maurice, l?ICP est en première ligne pour essayer d?amener la population à prendre conscience des risques inhérents à la consommation d?OGM.

« Vu que c?est un concept plutôt nouveau à Maurice, il serait intéressant de connaître tous les tenants et les aboutissants avant de prendre la décision de produire et d?importer des OGM. On a beau dire que les effets sur les humains et l?environnement n?ont pas été prouvés à ce jour, mais à l?ICP, nous voulons avoir des garanties sur le long terme. Et si les symptômes devaient apparaître dans dix ou quinze ans ? Quoi qu?il en soit, il est difficile dans l?immédiat d?avoir une quelconque certitude », souligne Mosadeq Sahebdin de l?Institute of Consumer Protection (ICP) dont l?autre cheval de bataille est de dénoncer la mainmise des multinationales étrangères telles que Monsanto et Novartis en Suisse, sur le marché des OGM.

Pour Mosadeq Sahebdin, il se pourrait que toute cette histoire ne se résume qu?à une simple question de gros sous, surtout quand on sait que ces mêmes entreprises qui produisent des semences génétiquement modifiées, commercialisent également les insecticides auxquels ces organismes sont résistants. « On connaît les effets dont les abeilles et les papillons sont victimes à cause des manipulations génétiques, sans parler des modifications de l?écosystème provoquées par cette pratique », affirme le représentant de l?ICP. Ce dernier a lancé depuis l?année dernière une campagne d?information sur les OGM et il s?attaque surtout au problème de l?étiquetage qui, selon lui, doit bénéficier d?une attention particulière de la part du gouvernement. « Les gens doivent savoir ce qu?ils consomment ! », dit-il avec fermeté.

Pas de feu sans fumée

Sudesh Puchooa se veut quant à lui plus rassurant, tout en insistant sur le fait qu?il n?est ni pour ni contre l?introduction des OGM à Maurice. Il estime toutefois que la population doit être bien informée sur cette question. « Rien ne prouve que les OGM seraient à ce jour à l?origine d?un quelconque problème de santé, mais des doutes existent cependant quant aux réactions allergiques et autres problèmes qui peuvent toucher l?environnement. C?est pourquoi j?insiste pour qu?il y ait une campagne d?information bien orchestrée et je souhaite qu?il y ait une transparence permanente sur la question », affirme Sudesh Puchooa. Mais cette question de transparence ne semble en tout cas pas être au centre des préoccupations de tout le monde car l?article xvii du Genetically Modified Organisms Bill concernant la confidentialité stipule que « no person shall disclose any information acquired by him through the exercise of his powers or the performance of his duties under this Act other than (a) the description of any genetically modified organism, the name and address of any applicant, the purpose of the contained use or release and the place of une ; (b) the method and plan for the monitoring of genetically organisms in case of accident ; (c) the evaluation of any forseeable disruptive impacts on human or animal health or on the environment ; or (d) any other information as may be approved by the Permanent secretary? » Ce qui nous pousse à nous poser la question suivante : S?il n?y a vraiment pas de feu, d?où peut donc provenir toute cette fumée à propos des risques potentiels ?

Qu?est-ce que le traité de Carthagène ?

Adopté en janvier 2000 à Montréal par les pays membres de la Convention sur la diversité biologique, le protocole de Carthagène est considéré comme le premier instrument légal qui vise à assurer le transfert, la manipulation et l?utilisation sans danger d?organismes génétiquement modifiés. Le but du traité de Carthagène est également de promouvoir la sécurité biologique et stipule que « toute semence transgénique devra, à la première arrivée dans un pays importateur, obtenir un accord préalable de ce dernier. Le pays peut s?opposer à l?importation en se référant au principe de précaution ainsi qu?à des considérations socio-économiques.

Il prévoit aussi l?étiquetage des cargaisons d?OGM ». Le cinquantième pays à ratifier, le 13 juin dernier, le protocole sur la biosécurité pour obtenir le quota permettant l?entrée en vigueur du traité de Carthagène est l?État insulaire de Palau. Ainsi le traité pourra être appliqué dans son intégralité d?ici le mois de septembre.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les OGM?

La biotechnologie est un ensemble de méthodes qui se servent de la technologie pour réaliser des transformations génétiques sur les animaux, les végétaux et les bactéries pour les besoins de l?industrie agroalimentaire et pharmaceutique. Le génie génétique consiste donc à isoler des fragments des cellules ADN d?une espèce avant de les transférer à une autre. « La modification génétique vise d?abord à renforcer la résistance des végétaux et des animaux aux insectes et aux maladies, tout en augmentant leur qualité. Avec les plantes transgéniques qui deviennent ainsi plus vigoureuses et résistantes, l?utilisation d?insecticides dans les champs est considérablement réduite. Mais jusqu?ici, toute l?expérimentation se limite aux laboratoires comme c?est le cas pour la canne à sucre dont le MSIRI s?occupe surtout », explique le Dr Asha Saumtall, qui est responsable du département de biotechnologie au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI).

À ce stade, le Dr Saumtally se veut rassurante en précisant qu?aucun transfert de gène entre un animal et une plante n?a été effectué à ce jour. Parmi les OGM qui sont commercialisés dans le monde, on retrouve entre autres le maïs, le soja et le coton.

Il reste la question de l?avancée fulgurante de la biotechnologie qui se fait souvent aux dépens de la biodiversité. Notre interlocutrice dissipe nos craintes en nous apprenant que des recherches ont démontré que le transfert des gènes s?effectue déjà de manière naturelle par la pollinisation (transfert de pollen) mais que le génie génétique permet de réduire le temps nécessaire à la production des meilleures variétés.

Les OGM sont aujourd?hui utilisés par 18 pays qui exploitent environ 700 000 hectares de terre. Interrogée sur les moyens de contrôle, Le Dr Asha Saumtally estime que Maurice dispose de moyens suffisants pour effectuer un contrôle strict sur la production, la recherche et l?importation des OGM. « Je ne suis ni pour ni contre les OGM. S?il s?avère qu?ils ne représentent aucun risque pour l?homme, les animaux et l?environnement, je veux bien qu?on les utilise, d?autant qu?ils comportent de nombreux certains avantages. Mais s?il y a le moindre danger, je serai la première à les montrer du doigt ! », soutient-elle.

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