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Aristide : «Je suis victime d?un complot»

5 mars 2004, 20:00

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Aristide accuse la France de «complicité» avec les Etats-Unis. Depuis Bangui (Centrafrique) où il se trouve depuis le 29 février, l'ex-président haïtien a affirmé jeudi qu'il voulait «rentrer» chez lui car «il n'y a pas eu démission formelle selon les normes», dans un entretien téléphonique enregistré avec un proche et écrivain français spécialiste d'Haïti, Claude Ribbe, dont l'AFP a obtenu une copie.

Pour Aristide, cet «enlèvement politique était le prix à payer pour éviter un bain de sang». «S'il faut faire une escale en Afrique du Sud, je la ferai, avant de rentrer chez moi», a-t-il ajouté. Il a également accusé la France de «complicité dans son enlèvement politique» avec les Etats-Unis, en affirmant que Paris avait agi en rétorsion à sa demande de restitution de la «dette de l'indépendance». «C'est plus que clair, j'avais demandé au nom de la nation la restitution de cette dette, à laquelle on avait droit», a-t-il poursuivi. «De leur côté, ils (les Français) ont répondu par la méchanceté, par la persécution, par la désinformation systématique, par leur complicité dans cet enlèvement politique», a-t-il souligné.

Première réunion du comité tripartite auprès de la présidence haïtienne. Le comité tripartite ? opposition, parti Lavalas, communauté internationale ?, dont la création était prévue par un plan international de règlement de la crise en Haïti, a tenu sa première réunion. Formé de l'ex-sénateur Paul Denis pour la Plate-forme démocratique de la société civile et des partis de l'opposition, du ministre chargé des Haïtiens de l'étranger, Leslie Voltaire, pour le parti Lavalas, et d'Adama Guindo, coordonnateur pour Haïti du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour la communauté internationale, le comité est placé auprès du président par intérim, Boniface Alexandre. Il est chargé de désigner un conseil de «sages» d'une dizaines de personnes, représentant la diversité de la société haïtienne.

Un gouvernement provisoire, avec un nouveau premier ministre, sera ensuite formé, avant l'organisation à beaucoup plus long terme d'élections législatives, peut-être simultanément avec un scrutin présidentiel.

Les soldats de la force internationale ont commencé jeudi à s'aventurer en dehors de Port-au-Prince tout en réalisant des patrouilles régulières dans la capitale, que les insurgés haïtiens s'apprêtent à quitter après avoir promis de déposer les armes.

Un mois après le début du soulèvement ayant conduit au départ précipité du président Jean-Bertrand Aristide, les banques ont rouvert leurs portes dans la capitale haïtienne, théâtre de fusillades et de pillages avant le déploiement de la force internationale.

Des militaires français à bord de jeeps équipées de mitrailleuses ont patrouillé dans le centre de Port-au-Prince, dont certaines rues sont envahies par les détritus et les eaux usées.

AMERICAN AIRLINES REPORTE SES VOLS

Des véhicules légers de l'armée américaine ont assuré la protection du Palais national, l'ancien symbole du pouvoir d'Aristide. Pour la deuxième journée consécutive, des militaires américains ont patrouillé à bord de Humvees équipés de mitrailleuses et de bazookas, sous le regard de centaines d'Haïtiens espérant voir affluer argent et emplois avec les Américains. La force internationale compte à ce stade plus de 1.700 soldats en Haïti, dont des Français, des Canadiens, des Américains et des Chiliens.

Pour la première fois, des soldats de cette force se sont déployés en dehors de la capitale pour y évaluer les conditions de sécurité et rencontrer des responsables de l'insurrection, notamment aux Gonaïves et à Cap Haïtien, les deux villes du nord du pays où a débuté l'insurrection du 5 février.

La compagnie aérienne American Airlines a de son côté reporté au 9 mars la date de la reprise de ses vols vers Haïti, lesquels avaient été suspendus le 26 février. Elle avait intialement tablé sur une reprise de ses liaisons le 5 mars. Elle a justifié ce report par des préoccupations liées à la sécurité autour de l'aéroport Toussaint L'Ouverture de Port-au-Prince et à la réhabilitation du terminal haïtien.

De nombreux quartiers populaires de Port-au-Prince, fiefs des «chimères» fidèles au président déchu et dotées d'armes automatiques et de machettes, demeurent difficilement pénétrables pour la force internationale. Les partisans d'Aristide craignent des représailles et des habitants ont fait état de lynchages.

Des fusillades ont éclaté mercredi lorsque la police et des rebelles ont pourchassé des fidèles d'Aristide dans le bidonville La Saline. D'après une radio, ces affrontements ont fait trois morts. Le Premier ministre Yvon Neptune a décrété l'état d'urgence, ce qui autorise le gouvernement à suspendre certains droits garantis en temps normal par la constitution, comme la liberté de la presse ou de manifester.

«NOUS AVONS SAUVÉ ARISTIDE»

Soucieux de restaurer une autorité sur le pays après un mois d'insurrection au cours duquel une centaine de personnes ont péri, le président par intérim, Boniface Alexan-dre, a pour sa part nommé un nouveau chef de la police, Léonce Charles, ancien chef respecté des garde-côtes haïtiens formé aux Etats-Unis.

Les 4 000 policiers collaboreront avec la force internationale, qui compte désormais plus de 1 700 militaires américains, français et canadiens. Sous la pression des Etats-Unis, le chef militaire rebelle Guy Philippe a annoncé mercredi le désarmement de ses combattants. Il a affirmé qu'il retournerait jeudi ou vendredi à Cap-Haïtien, deuxième ville du pays et bastion rebelle.

«Nous aurions pu prendre le pouvoir. Nous en avions les effectifs et la force. Nous ne l'avons pas fait», a-t-il dit. Jeudi, l'Afrique du Sud a fait savoir qu'elle soutenait la Communauté des Caraïbes (Caricom), qui demande l'ouverture d'une enquête internationale indépendante sur les conditions du départ d'Aristide en exil. Celui-ci a affirmé que les Etats-Unis lui avaient forcé la main et a comparé son départ à un simple enlèvement commandité par Washington. Les Etats-Unis ont rejeté cette demande.

«Nous ne pensons pas qu'une enquête soit nécessaire», a déclaré Richard Boucher, porte-parole du département d'Etat. «En fin de compte, nous avons sauvé Aristide en lui permettant de quitter le pays alors que se rapprochaient des éléments violents.»

Boucher a également cherché à répondre à ceux qui craignent que cet épisode n'augure une nouvelle phase d'interventionnisme américain et que les Etats-Unis ne soient tentés de renverser par la force des chefs d'Etat qui leur déplairaient, au premier rang desquels le vénézuélien Hugo Chavez. «Nous ne pouvons passer notre temps à courir partout dans le monde (...) pour sauver des responsables qui se sont compromis à leurs fonctions», a-t-il dit. «Le gouvernement américain et les Américains ne le souhaitent pas. Et ce n'est pas bon pour la démocratie dans l'hémisphère».

par Jim LONEY et Alistair SCRUTTON

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