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Science et femme ne font pas deux
LYNNE WONG SAK HOI, CHIMISTE A LA RETRAITE
Plus on remonte le temps, plus cela a été dur pour les femmes de se faire accepter en tant que professionnelles. Cela a été le cas pour Lynne Wong Sak Hoi, chimiste. Elle a dirigé les départements de Sugar Technology et de Sugar Engineering au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) pendant 12 ans. Mais ses difficultés à faire accepter ses vues remontent à l?adolescence. Dans les années 60, peu de filles vont étudier à l?étranger. Le premier obstacle sur sa route est son tuteur qui doit la financer. Lynne n?obtient victoire qu?après promesse de payer les études d?un parent une fois ses études complétées. Elle obtient un BSc en chimie en Grande- Bretagne et travaille comme chargée de recherches scientifiques aux Imperial Chemical Industries, avant d?embrayer avec un MSc en chimie analytique. A son retour dans les années 70, elle entre au MSIRI comme officier technique avant d?être promue officier scientifique puis responsable par intérim de la Sugar Technology Division. Elle est finalement nommée chef de département. Choix que l?institut n?a pas eu à regretter puisque Lynne a à son actif 53 publications et une cinquantaine de rapports techniques. Elle anime maintes présentations lors de congrès, d?ateliers de travail, de conférences à Maurice et à l?étranger puisqu?elle est la première femme Factory Commissioner de l?International Society of sugar technologists. Sa retraite devrait lui permettre de préparer la conférence de cette société, de même que son doctorat. Même si Lynne ne veut pas s?étendre sur les difficultés du passé, elle avoue qu?elle a dû travailler deux fois plus qu?un homme pour être reconnue à sa juste valeur. « Heureusement », dit-elle, « que les temps ont changé.»
MEERA MANRAJ, MEDECIN, CHERCHEUSE
Quand elle évoque sa spécia-lité - la recherche médicale - Meera Manraj, 42 ans, respon-sable par intérim du SSR Centre for Medical Studies and Research, a les yeux qui pétillent comme ceux d?un enfant devant un gâteau au chocolat. Si bien qu?on a du mal à croire que cette passion vient d?une déviation de trajectoire. Initialement, quand elle entame des études de médecine à l?université de Marseille en France, Meera entend se spécialiser. C?est sans compter avec le destin qui la fait rencontrer puis épouser le médecin Ashok Manraj. «Il fallait choisir entre le mariage et la spécialisation.» Les perspectives étant limitées dans le secteur public, elle postule auprès du SSR Centre for Medical Studies and Research qui a besoin d?un assistant chargé de recherche. Recrutée, elle s?investit à fond dans le travail. Au bout de dix ans, elle est nommée chargée de recherche. En 1992, Meera démarre une étude sur les gènes majeurs entrant dans le diabète et la thrombose cardiaque précoce qui constitue aussi son sujet de thèse de doctorat. Les résultats de ses travaux sont publiés dans des magazines internationaux dont Diabetologia et
Human Molecular Genetics et cités comme référence par des chercheurs étrangers. Désormais, sa priorité est de poursuivre la recherche commencée. De toute sa carrière, elle n?a croisé qu?un sexiste ? un médecin n?acceptant pas qu?une femme traite avec lui d?égal à égal. L?impertinent a été mis au pas. Pour Meera, c?est sans nul doute le cumul des rôles de la femme qui l?empêche de se diriger vers des domaines pointus nécessitant une spécialisation. «A l?âge où la femme doit se spécialiser professionnellement, c?est aussi l?âge où généralement elle doit se marier et avoir des enfants. Le choix est difficile mais c?est souvent l?émotionnel qui l?emporte. L?homme n?a pas ce choix à faire lui et c?est ce qui fait toute la différence.»
ASHA SAUMTALLY, CHERCHEUSE EN PHYTOPATHOLOGIE
Le parcours d?Asha Saumtally est linéaire puisqu?une fois son Bsc en biochimie et microbiologie terminé à l?université de Newcastle, en Grande- Bretagne, elle est engagée par le MSIRI dans le département de phytopathologie. Entre-temps, elle fait son Msc en microbiologie avec l?université de Reading et devient chef du département de biotechnologie en 1993. Asha n?a jamais rencontré la discrimination sexuelle. « Chez tous les supérieurs que j?ai côtoyés, c?est toujours la compétence qui a primé.» Sa nomination, quoique bienvenue, l?oblige à mettre un bémol à ses recherches pour se consacrer surtout à la gestion de son département. «Au début, autant d?administration m?agaçait car j?aimais le travail de laboratoire. Ensuite, j?ai réalisé que je peux tout aussi bien guider mes assistants et, qu?au final, le résultat est celui de tout le département. »
Asha ne croit pas que, de nos jours, la professionnelle doit abattre le double du travail accompli par son homologue masculin pour se faire respecter et reconnaître. « C?était peut-être vrai autrefois mais moi je n?ai pas connu cela. De nos jours, il suffit de montrer ses compétences. » Asha est persuadée que c?est le manque de débouchés dans les filières scientifiques qui incite les filles à se tourner vers d?autres filières telles que l?informatique et la finance. «Les débouchés scientifiques sont limités à Maurice. Et puis, il faut être passionnée pour travailler de longues heures avant d?obtenir un résultat.» Pour renverser la tendance, estime-t-elle, il faut sensibiliser les jeunes dès le primaire par le biais de causeries.
ANOUSHKA VIRAHSAWMY-COY, PROFESSEUR EN ARTS GRAPHIQUES
« Il n?y a plus de différence entre les hommes et les femmes chez les graphistes. C?est le monde de la pub qui reste dominé par les hommes », constate Anoushka Virahsawmy-Coy, professeur en arts graphiques dans le secteur privé. Formée en Grande-Bretagne, où elle obtient un Higher National Diplôma (HND) en typographie et arts graphiques, Anoushka devient ensuite directrice graphique pour une société basée en Grande-Bretagne, puis conceptrice graphique en freelance. Tentée par le travail social, elle prodigue en parallèle des cours aux adultes en difficulté et aux autistes. A son retour à Maurice, elle entre à l?IVTB où elle enseigne à l?école de design. Elle se rend compte que le marché reste assez ouvert. « Il n?y avait pas encore beaucoup de graphistes à l?époque. » Si la situation a évolué, la majorité de ses collègues reste des femmes. A ses débuts à Maurice, elle a pourtant connu quelques réflexions de « machos » qu?elle n?avait jamais côtoyés en Europe. Des réactions qui ont disparu aujourd?hui.
FRANÇOISE DRIVER, PROFESSEUR ASSOCIÉ A L?UNIVERSITÉ
« L?université devrait être un lieu avant-gardiste. Pourtant les femmes sont toujours minoritaires aux postes de responsabilité et ce n?est pas normal », estime Françoise Driver, professeur associé à la faculté d?Agriculture à l?université de Maurice (UoM). C?est à l?UoM qu?elle fait ses études et se retrouve seule femme dans son cours. Etudes qu?elle termine avec brio à l?étranger. Mère de trois enfants, elle arrive à concilier sa vie professionnelle et familiale car tout est une question de dosage, dit-elle. En 1999, elle postule pour être nommée professeur associé car elle sent qu?elle possède les compétences requises. Refusée sans raison, elle décide de saisir la justice, mais avant que le jugement ne soit rendu, le poste lui est offert... L?absence de femmes dans le monde scientifique agace Françoise car elle considère qu?elles pourraient y jouer un grand rôle. Pour que cette situation évolue, il serait, selon elle, nécessaire, que le gouvernement fasse de la discrimination positive. « Pour une nomination par exemple, il faudrait que, face à deux candidats de sexe opposé mais ayant les mêmes compétences, la femme soit favorisée. »
SHYAMA RATACHAREN, CHERCHEUSE, MINISTÈRE DE LA PÊCHE
Passionnée et déterminée. Deux mots qui résument parfaitement Shyama Ratacharen, Divisional Scientific Officer au ministère de la Pêche. Issue d?un milieu modeste, Shyama voulait à tout prix réussir dans la vie. Très tôt, le monde marin l?attire car elle réalise que la zone exclusive économique de Maurice est mille fois plus grande que la surface de l?île et qu?elle ne demande qu?à être exploitée. De retour au pays après des études tertiaires en Russie, Shyama intègre le ministère de la Pêche comme Technical Officer et gravit tout doucement les échelons pour être responsable aujourd?hui du centre d?aquaculture d?Albion.
Après 26 ans de recherches dans le monde marin et maintes publications, Shyama veut aller plus loin. Son rêve : « Etre nommée académicienne ». Ses regrets : « Ne pas avoir étudié la médecine ». Cela s?explique par le fait que Shyama a parfois l?impression qu?il y a plus de prestige à faire de la recherche médicale qu?à être ingénieur en biologie marine alors que la nature des recher-ches entreprises par les deux ont des similitudes.
Née sous le signe du poisson, Shyama est une optimiste de nature qui n?a jamais eu à subir de discrimination de la part de ses collègues et supérieurs hommes. « Cela peut paraître étonnant mais je m?entends même mieux avec eux qu?avec les femmes ! »
par Marie-Annick SAVRIPÈNE, Deepa BHOOKHUN et Laetitia SOOPRAMANIEN
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