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La désunion

5 mars 2004, 20:00

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La prédominance des instincts sectaires sur la culture finira par donner naissance à un néo-sectarisme qui ne s?embarrasse pas des idéologies politiques ou des idéaux sociaux. Cela sera inévitable si l?exercice d?autocritique ne va pas au bout de sa logique. En jouant avec les symboles ethniques depuis l?indépendance, on a fini par se retrouver avec une île Maurice pluriethnique sans aspiration d?intégration. D?où le slogan «l?unité dans la diversité» qui ouvre grande la porte à toutes les formes de populisme. Personne n?est dupe que, ces jours-ci, tout est ramené à la dimension ethnique. L?idée des communautés qui vivent pacifiquement les unes à côté des autres ne s?est pas effacée. Ce qui a changé, c?est la surcharge de sens rattaché aux symboles.

C?est en ce sens qu?une nouvelle race est en train de naître. Elle est composée d?individus pour qui l?être social n?a pas de signification. La stratification sociale change parallèlement de nature. Le manichéisme fonctionne à plein régime. Pour cette nouvelle race, il y a, d?un côté, tous ceux qui, à cause de leur appartenance ethnique, subiraient les pires stigmates. De l?autre, il y a tous les possédants. Lorsque ces possédants se retrouvent, pour une large majorité, au sein d?une petite minorité ethnique, il devient encore plus facile de réveiller le démon communal parmi un certain nombre de citoyens mauriciens. Il suffit de rappeler que l?exigence égalitaire n?est qu?une illusion pour faire remonter à la surface ce démon. C?est ce qui se passe ces jours-ci. Il est aussi un fait que l?aristocratie bourgeoise n?a pas su jusqu?ici se remettre en question, laissant ainsi la voie libre aux obscurantistes sectaires.

La question à se poser désormais est de savoir si la présente situation est seulement ponctuelle ? Si tel est le cas, il suffirait de revenir à l?ancienne formule de partage entre pouvoir politique et pouvoir économique. Or, il y a tout lieu de croire que les choses ne sont pas aussi simples. Les mentalités changent lorsque l?imaginaire d?un pays connaît lui-même des mutations. L?importation de nouveaux modes de vie, les évolutions économiques, le recadrage institutionnel, les transmutations culturelles? sont autant de facteurs qui influent sur les mentalités. Or, à Maurice, que s?est-il passé ces dernières années ? On a enregistré un certain développement économique, les modes de vie ont changé, les institutions subissent des métamorphoses, on a même noté l?émergence de nouveaux modes d?expression culturelle et artistique. Mais, au plan identitaire, tout reste figé. Ou bien toutes ces évolutions ne sont que des chimères ou bien l?idée de nation est profondément erronée chez un certain nombre de Mauriciens. Dans ce contexte, il est vain de parler d?unité nationale. C?est parce que, dans son acception même, le concept d?unité nationale ne véhicule pas suffisamment une énergie d?intégration qu?il n?arrive pas à matérialiser dans les faits. Dans quelques jours, nous allons célébrer la Fête nationale, ce serait peut-être une bonne occasion pour les politiques d?avouer l?échec de ce concept. Ne vaudrait-il pas mieux aujourd?hui se fixer un objectif d?intégration ? D?autant que les groupes ethniques vivent chacun comme un étranger par rapport à l?autre. Il suffit d?admettre à quel point les perceptions, les stéréotypes et les préjugés ont la vie dure pour prendre la mesure du cloisonnement et de la désunion dans lesquels on vit.

Dans un pays où dire qu?on a des amis d?autres communautés sert à démontrer son ouverture d?esprit, cela donne une idée du chemin qu?il reste à parcourir. De la désunion à l?union, le chemin est très long?

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