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Questions à?Me Sanjay Bhuckory,
Vous venez d?être élu président du Bar Council. Quel regard jetez-vous sur votre profession ?
La profession d?avocat est honorable et il faut maintenir sa dignité.
L?avocat défend la cause du client ou le client lui-même ?
L?avocat défend son client. A ce titre, il doit exercer suffisamment de recul vis-à-vis de celui-ci et de sa cause. C?est lorsqu?il se démarque le moindrement de cette ligne de conduite qu?il faut se poser des questions.
En 20 ans de carrière, vous êtes-vous laissé gagner par la cause de votre client ?
Oui, mais je me ressaisis toujours même si c?est parfois après le procès. Ce n?est pas toujours évident de garder la distance car notre bonne foi peut être trompée. Le client nous utilise. Nous sommes là pour ça.
Quand l?avocat peut-il être considéré comme complice ?
L?avocat se fait relater les faits par son client avant de le conseiller. Son rôle s?arrête là. S?il lui fait des suggestions, il sort de ses limites. C?est une question d?éthique.
Comment faire respecter l?éthique dans la profession ?
L?Ordre des avocats est limité car la loi ne permet pas de punir les infractions. Nous pouvons réprimander mais pas radier. Nous sommes tenus de référer l?affaire à la Cour suprême en cas de violation grave.
N?est-il pas temps que l?organisation soit dotée de pouvoirs plus effectifs ?
J?ai déjà pris rendez-vous avec le ministre de la Justice et j?ai la ferme intention de faire des représentations à l?Attorney General. Il nous faut plus de pouvoirs sinon nous ne sommes qu?un vieux club d?avocats.
On pense que les avocats, c?est une confrérie où chacun se protège.
J?espère corriger cette perception par la manière dont j?exercerai ma nouvelle fonction. En général, je n?ai rien à reprocher à mes confrères mais il y a des brebis galeuses qui ternissent la réputation de la profession.
Y a-t-il trop d?avocats ?
Je ne crois pas. Il y a tant de créneaux à exploiter. La spécialisation est le maître mot et chaque ministère et entreprise parapublique devrait avoir son avocat.
Le public se plaint de retard dans l?administration de la justice.
Les affaires traînent parce qu?elles sont concentrées entre quelques avocats. Il suffit que deux avocats soient pris et l?affaire est bloquée. Ailleurs, la cour fixe la date de l?audience et un avocat qui n?est pas disponible se fait représenter par un autre de son cabinet.
Les relations avocats-juges ne sont pas toujours cordiales...
Nous avons des relations saines et les conflits n?entravent pas l?administration de la justice. Il faut respecter la fonction du juge indépendant de sa personne et ce respect doit être mutuel. Il ne faut pas que le juge abuse de ses prérogatives.
Certains évoquent la prévalence d?influences mafieuses.
Je mets ces propos sur le compte de la jalousie professionnelle de certains contre leurs pairs, mieux organisés et bosseurs. Connivence entre juge et avocat ? Dans le passé peut-être mais pas maintenant.
Que pensez-vous de la proposition du gouvernement d?amender les pouvoirs du Directeur des poursuites publiques (DPP) ?
Nous prendrons la question au niveau d?un comité élargi mais déjà j?aimerai bien comprendre pourquoi le gouvernement a attendu d?avoir rencontré Cehl Meeah pour critiquer le DPP et évoquer une révision de ses pouvoirs. Je voudrais être convaincu de la bonne foi du Premier ministre.
Le pouvoir absolu peut être corrupteur?
Je ne pense pas qu?il faut toucher aux pouvoirs du DPP. Modifier son pouvoir discrétionnaire perturberait la sérénité dans laquelle il doit exercer. En revanche, il faudrait donner plus de chance au citoyen d?intenter des procès privés et le DPP ne devrait pas intervenir pour bloquer ce recours.
Que vouliez-vous dire quand vous parliez de ?relations incestueuses? entre le judiciaire et l?exécutif.
Je parlais du ?crisscrossing? entre le parquet, qui est au service de l?exécutif, et la magistrature, qui fait partie du judiciaire. Il serait plus sain qu?il y ait deux filières professionnelles distinctes : la première où on débuterait en tant que magistrat pour finir juge et la seconde où on finirait Principal State Counsel. J?ai fait des représentations à ce sujet au comité Mackay qui a travaillé sur la réforme du judiciaire.
Propos recueillis par Shyama SOONDUR
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