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Table ronde
La réforme électorale semble devoir capoter. Les positions des uns et des autres se figent. Pour empêcher le freinage du processus, il n?y a qu?un moyen, organiser la concertation. Le leader de l?opposition ne dit pas le contraire car il parle également de consensus. Or, le meilleur moyen d?y parvenir est de réunir tous les partis autour d?une table ronde et de dégager des propositions communes en faveur d?un nouveau système électoral. Seulement, cette volonté existe-t-elle?
Déjà si l?opposant Navin Ramgoolam accepte de participer à une table ronde, la bataille sera à moitié gagnée. Car, la difficulté n?est pas tant d?amener les partis à se mettre d?accord entre eux, mais de les assembler. Sur le fond, ils n?ont pas de désaccord significatif. Tous invoquent le respect de l?équité en politique et admettent que seule une dose de proportionnelle peut le garantir. Mais, le moment venu, l?opposition pourra trouver un prétexte pour ne pas s?asseoir à la même table que les dirigeants du pays.
Ce sera, au demeurant, un juste retour de balancier après le refus de l?opposition d?alors de participer à la table ronde que l?ancien régime se proposait d?organiser sur le même sujet. Les opposants savent qu?il y a plus à gagner en adoptant une posture de protestataire. Ils refusent en général d?être partie prenante d?une action de l?Etat.
Sans la caution de l?opposition travailliste, le scrutin proportionnel a peu de chances d?être adopté. La majorité actuelle, affaiblie par la défaite traumatisante subie au no7, ne prendra pas le risque de braver la capacité de ?nuisance? des travaillistes. Elle ne voudra pas proposer une réforme si fondamentale si elle n?est pas assurée de pouvoir associer le PTr aux discussions et d?avoir leur accord pour le projet final.
Il est vrai qu?au début de son mandat le régime osait entreprendre des réformes audacieuses. L?abolition du classement au CPE, par exemple, a abouti, en dépit de la virulente campagne des élitistes. Les résultats du scrutin du 21 décembre ont fragilisé le pouvoir depuis.
Dans un contexte d?ethnicisation systématique des débats, c?est le MSM qui doit craindre le plus une campagne du PTr contre la proportionnelle. Conscient de ce danger, le parti de Pravind Jugnauth ne cache pas ses intentions. Il se donne une image d?opposant à la réforme. En proposant que le nombre de députés élus à la proportionnelle soit réduit à dix, il cherche à tuer le projet. Certes, ce chiffre répond au critère de la stabilité politique mais il ne corrige pas l?injustice du système de ?First Past The Post?.
Le MMM n?est pas disposé, pour sa part, à imposer sa volonté à son allié. Pour lui, non plus, ce n?est pas sur le terrain de la morale politique que se jouera le sort de la proportionnelle mais sur celui des combines électorales. Comme d?autres dossiers épineux, celui-là sera balayé sous le tapis pour maintenir un unanimisme de façade.
Devant tant de calculs électoralistes, on peut se demander s?il est encore possible de garder espoir. Touchera-t-on jamais au mode de scrutin ? Oui, seulement si la question rassemble un large front.
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