Publicité
Des ?ufs à prix d?or ?
?VRAIMENT, je ne comprends pas?, lâche Martine, visiblement perdue dans ses calculs. Cette consommatrice de Curepipe, rencontrée dans une grande surface de la ville, tient entre ses mains un plateau d??ufs Primeur: ?Ce plateau de 12, je l?avais payé Rs 44 la dernière fois et aujourd?hui (NdlR : jeudi dernier) il est à Rs 51,05?.
Nous avons voulu comprendre les raisons de ces variations de prix. Tout d?abord, il faut savoir que les opérateurs du secteur sont le groupe Ceres, producteur des marques Oeud?Or, Matines, Selection, Jumbo et Primeur, et une cinquantaine d?aviculteurs individuels, dispersés à travers l?île ? dont une majorité se sont regroupés, depuis deux ans, au sein de l?Association des petits aviculteurs (APA). Ceres, qui gère une population d?environ 125 000 têtes, place ses produits principalement dans les grandes surfaces ou dans les boutiques d?alimentation. Les petits aviculteurs, eux, revendiquent environ 200 000 têtes et fournissent des ?ufs aux maraîchers des centres urbains et ruraux. Sans compter ceux qui placent leurs produits à domicile.
?C?est vrai que les prix ont augmenté?, concède sans difficulté Bruno Florens, directeur marketing de Ceres, qui s?empresse d?ajouter, ?Mais, il est également vrai qu?ils avaient baissé vers la fin de l?année dernière?. Même argument de la part de Nazir Uteem, président de l?APA.
Les prix des diverses marques de Ceres variaient entre Rs 4,14 et Rs 4,60 l?unité dans les grandes surfaces, la semaine dernière. ?Le marché des oeufs est très complexe, affirme Bruno Florens. Ce n?est pas comme des boîtes de conserves ou des pétards. On ne peut faire des projections à long terme, c?est un marché imprévisible, pour ne pas dire capricieux?.
Plusieurs facteurs influent sur l?offre et la demande, et partant, sur le cours des prix : un cyclone qui dévaste les plantations, les prix des légumes qui flambent ? et on se rabat sur les ?ufs ?; la consommation qui baisse le temps de certains carêmes religieux; une épizootie qui vient décimer tout un poulailler. Sans parler d?une canicule ou du froid hivernal qui affectent drastiquement la ponte; le prix de la nourriture qui augmente à chaque appréciation du dollar ou à chaque augmentation du fret... autant de facteurs qui sont hors du contrôle de l?aviculteur. ?Et bien sûr, vous ne pouvez pas programmer la ponte. Les pondeuses pondent à leur rythme naturel. Vous ne pouvez pas intervenir pour accélérer ou ralentir selon les mouvements du marché?, déclare le directeur marketing de Ceres.
Pénuries
Bruno Florens évoque également les coûts d?emballage des oeufs de la gamme Ceres. ?Nous misons beaucoup sur la qualité, et quand nous parlons qualité il s?agit, bien sûr, de toutes les opérations. Il faut que le produit exposé sur le rayon attire. Pour le client qui cherche la qualité, cela compte?.
Ce sont là des coûts que les petits aviculteurs n?ont pas, reconnaît Nazir Uteem. ?Nous livrons les plateaux en vrac, nous limitons nos frais de production au minimum. Ce qui nous permet de vendre à meilleur marché.?
Meilleur marché ? En effet, au marché de Curepipe, on pouvait trouver des ?ufs à Rs 3,40 et Rs 3,60 (calculé à l?unité), la semaine dernière. Le président de l?APA dit militer pour que les petits aviculteurs puissent continuer à opérer, face au monopole que représente le groupe privé. ?Sans les petits aviculteurs, on aurait eu à subir la loi de ce groupe. Les petits aviculteurs qui occupent environ 65 à 70 % du marché contribuent à stabiliser le cours des prix, et ce, dans l?intérêt des consommateurs.?
Cependant, plaide Nazir Uteem, les conditions dans lesquelles opèrent les petits aviculteurs ne leur sont pas favorables. Il parle d?énormes difficultés auxquelles les membres de son association doivent faire face en cas d?épidémie ou de dommages causés suite au passage de cyclones. ?Nous réclamons la mise en place, par la Banque de Développement de plans spéciaux à l?intention des petits aviculteurs, comme c?est le cas pour d?autres secteurs d?activités?.
L?APA dénonce également l?obligation de passer par des distributeurs intermédiaires pour les commandes de nourriture. ?Cela nous fait un supplément de 15 % à débourser pour une simple opération administrative?. Les dirigeants de l?association sont en négociation avec les fournisseurs pour des transactions directes. Il nous revient également que d?autres aviculteurs, non-membres de l?APA, envisagent la mise en place d?une coopérative d?importation dans le but d?obtenir de la nourriture à de meilleurs prix.
Mais il n?y a aucune garantie que de tels bénéfices se répercutent sur les prix de vente au consommateur.
N?a-t-on pas vu, la semaine dernière même, à la foire de Flacq, un maraîcher afficher sans complexes Rs 5,00 l?unité ? Par ailleurs, il n?est pas rare que d?autres marchands livrant à domicile tablent sur l?ignorance des acheteurs en ce qui concerne les prix du marché, et imposent les leurs.
Il n?est pas non plus vrai de dire que les petits aviculteurs contribuent nécessairement à stabiliser le marché. Pour de nombreux petits aviculteurs, la production et la commercialisation d??ufs ne constituent qu?un passe-temps. Il suffit, par exemple, de la moindre rumeur de pénurie de poulet sur le marché, pour qu?ils sacrifient leurs pondeuses, ce qui donne automatiquement lieu à un manque d??ufs sur les étals des marchés... De son côté, en situation de pénurie, Ceres donne priorité à ses gros clients que sont les hôtels et les pâtisseries. Le petit consommateur est pour sa part sacrifié.
Il n?y a donc pas que le marché qui soit capricieux. Les producteurs ont aussi leur responsabilité? Sans oublier que les revendeurs ? grandes ou petites surfaces ? n?appliquent jamais la même marge de profits. Avec pour résultat que la libéralisation joue à fond !
Publicité
Publicité
Les plus récents