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Colloque au MGI : la culture, refuge des esclaves

18 février 2004, 20:00

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ESCLAVAGE, résistance, abolition, mémoire. Ce thème était avant-hier au centre du 3e colloque international au Mahatma Gandhi Institute (MGI) à Moka. Il a réuni plusieurs historiens de la région, dont Jean-Yves Violette, Claude Wanquet et Sudel Fuma. Ils ont exposé leurs vues sur l?esclavage ainsi que l?influence de la révolution haïtienne dans les Mascareignes.

Le ministre des Arts et de la Culture, Motee Ramdass et Katérina Sténou, directrice des politiques culturelles et du dialogue interculturel à l?Unesco, ont procédé à l?ouverture de ce colloque qui s?inscrit dans le cadre de l?Année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition.

En ouverture, Katérina Sténou a souligné qu?il faut ?décloisonner? la question de l?esclavage à travers le dialogue, la chute des tabous et l?acceptation du pluralisme. Le dialogue n?est pas un acte simple, a-t-elle expliqué, c?est un acte dramatique étant donné que cette confrontation de pensées met en péril nos opinions ou celles des autres. Selon elle, ce dialogue doit mener à l?affirmation de la culture, forme de résistance à l?esclavage par excellence. ?La culture était un refuge pour ces esclaves condamnés à vivre dans un monde invivable.?

Pour le président du Centre Nelson Mandela, Jean-Yves Violette, ?de telles initiatives peuvent aider à donner forme et corps à notre devoir de mémoire?. Ce devoir de mémoire, a-t-il souligné, aidera au façonnement futur de notre paysage culturel.

Abordant la perspective indocéanique, Claude Wanquet a expliqué l?influence de la révolution de St-Domingue sur les colonies des Mascareignes. Dans la nuit du 21 au 22 août 1791, l?insurrection menée par Toussaint L?Ouverture éclate à Haïti. Malgré l?abolition universelle de l?esclavage qui s?ensuivra, un climat de terreur s?installe à l?Isle de France et à Bourbon. Des rumeurs de colons sciés entre deux planches ou de cannibalisme se répandent alors, augurant le durcissement du régime esclavagiste.

État de meuble

Claude Wanquet a même retrouvé des documents appartenant à Adrien D?Epinay qui révèlent que certains colons mauriciens voyaient dans l?expédition d?Egypte menée par Napoléon entre 1798-1801 une tentative de libérer les esclaves dans les Mascareignes.

Sudel Fuma a, quant à lui, abordé le ?négativisme colonial?. Selon lui, les colons ?chosifiaient? l?esclave, pour reprendre le terme d?Aimé Césaire.

Les vecteurs de ce négativisme dans les Mascareignes ont été le mutisme de la religion catholique, le droit (le Code noir qui légalise l?état de meuble auquel est réduit l?esclave) et le rationalisme des Lumières. Ce rationalisme, qui voit le jour au 18e siècle, hiérarchise, entre autres, les groupes humains sous le concept de civilisation et place l?impératif économique au premier plan.

Même après l?abolition, Sudel Fuma note que le négativisme perdure jusqu?au 20e siècle à l?Isle de France. Il signale néanmoins la résistance culturelle de l?esclave par la floraison de musiques créoles dans l?océan Indien (maloya réunionnais, séga mauricien, moutia seychellois), de danses (le moring) et de sorcellerie, allant du ?longanisme? à la communication avec les esprits. Autant de signes que la liberté humaine est, d?une manière ou d?une autre, inaliénable?

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