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Pantani, de la gloire à l?enfer
Il avait tout sauf un physique de star. Gringalet avec son mètre 72 et ses 56 kilos, surnommé affectueusement l?Elefantino à cause de ses grandes oreilles, légèrement décollées, Marco Pantani n?allait pourtant pas tarder à s?imposer comme un authentique champion.
Il se révèle en 1992, à tout juste 22 ans, en remportant le Tour d?Italie amateur, grâce à ses prouesses dans la montagne. Sa marque de fabrique. On pressent alors que l?Italien a tout pour devenir l?égal des Bahamontès et autres Van Impe.
Ses débuts chez les pros sont tout aussi prometteurs. Les années 1994-1995, chez Carrera sont celles de sa montée en puissance, dans l?ombre de Claudio Chiapucci. Deuxième du Giro 1994, il n?est battu que par l?éphémère Evgueni Berzin, avant de monter sur le podium du Tour de France, sur la troisième marche.
Il est alors fauché en pleine ascension. Lors de Milan-Turin, Pantani est percuté par une voiture. Bilan : double fracture de la jambe gauche et cinq mois sur des béquilles. Mais Pantani reviendra, encore plus fort, démontrant déjà son orgueil de champion.
<B>L?âge d?or</B>
Après ce brutal coup d?arrêt, Marco Pantani connaît deux années difficiles. Une nouvelle chute sur le Giro 1997 le contraint à l?abandon, mais il retrouve le sourire deux mois plus tard en terminant troisième du Tour de France, avec deux succès à la clé, à l?Alpe d?Huez et à Morzine. Sa deuxième carrière, désormais sous le maillot de la Mercatone Uno, est en route.
Pantani écrase de toute son inclassable classe le cyclisme mondial. Il conquiert d?abord le Giro, la course de ses rêves d?enfant, en résistant à ses rivaux dans le dernier chrono. On comprend alors que le Tour de France lui est accessible.
Face au tenant du titre Jan Ullrich, il est d?abord balayé dans le chrono puis maîtrisé dans les Pyrénées. Mais une étape, une seule, lui offre le maillot jaune si convoité, si désiré. Sur les pentes du Galibier et des Deux-Alpes, il vole sous la pluie, s?impose seul au sommet et fait exploser Ullrich. C?est son jour, son Tour, son année. La gloire est là. L?Elefantino devient le Pirate. Pantani devient un héros, l?égal vivant d?un Bartali ou d?un Coppi. L?événement est considérable, car aucun Italien n?avait remporté le Tour depuis Gimondi, 33 ans plus tôt.
<B>La descente aux enfers</B>
On ignore si Marco Pantani croyait au destin. Le sien présente pourtant d?étranges coïncidences, qui tiennent en un seul mot : dopage. L?ombre de ce fléau du sport moderne entoure d?abord son plus grand moment de gloire. Car le Tour 1998 reste, comment l?oublier, celui de l?affaire Festina.
Moins d?un an plus tard, le Pirate est touché beaucoup plus directement. Mai 1999: maillot rose sur les épaules, il n?est plus qu?à deux jours d?une seconde victoire dans le Giro. Mais des résultats anormaux lors d?un contrôle sanguin inopiné conduisent à son exclusion. Le début d?une longue descente aux enfers de plus de quatre ans.
Le Giro avait contribué à sa gloire, il va désormais précipiter sa chute. L?édition 2000 est celle du blitz de San Remo. Les Carabinieri trouvent des seringues dans sa chambre d?hôtel. Il soutient que la seringue avait été placée dans sa chambre et qu?il n?y avait pas dormi cette nuit-là. L?UCI n?est pas convaincue : six mois de suspension. Pantani, le dieu vivant devient Pantani le paria.
La presse lui tombe dessus, même si le public continue, pour une bonne partie, de le chérir. Mais le fil est définitivement brisé. Entre ces tristes faits divers, il parvient tout de même à signer quelques coups d?éclat, comme sur le Tour de France 2000, où il s?impose à Courchevel et au Ventoux.
Cette victoire, la dernière sur la Grande Boucle, mérite qu?on s?y attarde. Ce jour-là, le patron se nomme déjà Lance Armstrong. L?Américain, après un sublime mano a mano, croit subtil de ne pas disputer le sprint, laissant la victoire à Pantani. Un affront que ne supporte pas l?Italien.
Traité comme un vulgaire gregario, il ne pardonnera jamais à Armstrong son attitude. Tout Pantani est résumé dans cette montée du Ventoux. Talent, courage, orgueil, le triptyque du grand champion qu?était Marco Pantani.
<B>Réactions
Jalabert : ?Pantani était un génie?</B>
?Indubitablement, il a été très touché par son éviction du Giro en 1999. Il a sans doute fait des choses qu?il n?aurait pas dû faire mais il n?a pas eu la chance de pouvoir démarrer une nouvelle carrière. Pantani était un génie. Il ne serait pas juste de résumer sa vie à ses problèmes de dopage et de dépression.?
<B>Armstrong : ?Terrible nouvelle?</B>
?C?est une nouvelle terrible et choquante. En dehors de nos batailles sur le vélo ou après la course, j?avais un profond respect pour lui. Le cyclisme a perdu un grand champion et une grande personnalité.?
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