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La revanche de Lemerre

16 février 2004, 20:00

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La nuit a été longue et festive, samedi, à Tunis. Pour la première fois de son histoire, la Tunisie a inscrit son nom au palmarès de la Coupe d?Afrique des Nations. Une victoire chèrement acquise aux dépens du rival héréditaire, le Maroc, 2-1, et qui a plongé tout un pays dans une liesse indescriptible.

Ils étaient ainsi soixante mille dans l?immense stade de Radès et des millions devant le petit écran à attendre que le sort soit enfin favorable aux Aigles de Carthage, précédemment déboutés deux fois en finale, d?abord en 1965 et puis en 1996.

C?est qu?il fallait exorciser les vieux démons, histoire de permettre à la Tunisie, géant sans trophée, géant aux pieds d?argile, de se faire enfin une place au soleil du football africain.

Il n?est pas rancunier

Sous les yeux de son premier supporter, le président Ben Ali, et de ceux du grand patron du football, Sepp Blatter, la sélection tunisienne est allé chercher avec le coeur et les tripes la prestigieuse couronne continentale. Fraîchement naturalisé tunisien, le Brésilien Santos avait mis son équipe sur orbite dès la quatrième minute avant que l?excellent Jaziri, au retour des vestiaires, ne vienne asseoir la victoire des Rouges.

Mokhtari, d?une belle tête plongeante, avait précédemment égalisé pour le Maroc sept minutes avant la pause. Un but qui avait fait douter la Tunisie entière. Le stade de Radès s?était d?ailleurs alors transformé en un immense cimetière. Pas un mot, pas une mouche. Silence total.

Pendant que les joueurs et l?ensemble de son staff technique savouraient leur bonheur et communiaient avec le peuple, Roger Lemerre, fidèle à son habitude, a préféré se retirer, rester le plus discret possible. C?est qu?il est comme ça Lemerre. Sobre, effacé, à la limite ennuyeux.

Son succès, cet homme de 62 ans l?a d?abord partagé dans l?intimité avec son épouse, sa confidente, sa complice, la seule qui était présente à ses côtés au lendemain de l?immense fiasco coréen, quand il entraînait encore l?équipe de France. Ceuillie à froid par le Sénégal 1-0, tenue en échec par l?Uruguay 0-0, humiliée par le Danemark 2-0, la France avait, contre toute attente, abandonné sa couronne avant même d?avoir eu la possibilité de la défendre. Au banc des accusés, un seul homme, Roger Lemerre, crucifié à la fois par la presse, par ses joueurs et par l?opinion publique.

Blessé, aigri, l?homme s?en alla chercher fortune en Tunisie. Vingt mois plus tard, il s?offre la plus cinglante des revanches en devenant le troisième entraîneur français, après les ?Camerounais? Claude Leroy et Pierre Lechantre, à gagner la CAN, le premier dans l?histoire du football à réussir le doublé Europe-Afrique.

Car, on l?a oublié, c?est quand même Roger Lemerre, héritant du fauteuil laissé vacant par le désormais légendaire Aimé Jacquet, qui avait conduit le onze tricolore au titre européen en 2000, au terme d?une finale mémorable contre l?Italie.

Mais Lemerre n?est pas revanchard. Il aurait pu profiter de son succès à la tête de la Tunisie pour narguer une presse française qui n?avait pas été tendre envers lui au retour de Corée. D?autres à sa place l?auraient fait. Mais pas lui. Il a choisi, à la place, de féliciter ses joueurs, son adjoint Nabil Maaloul. ?Je tiens à les remercier. Ce sont eux qui, au quotidien, ont fait le travail. Ils ont marqué l?histoire. C?est une joie pour toute la nation tunisienne. C?est historique?, a confié Roger Lemerre en guise de seule déclaration au coup de sifflet de l?arbitre.

Sa seule allusion à son pays natal, il l?avait faite, en réalité, bien avant que ne débute la finale. ?Le Tunisien est plus français que le Français?, avait-il confié lors d?un point de presse. Une déclaration lourde de sens.

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