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?Armes en art?ou l?esthétique de la paix

15 février 2004, 20:00

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<B>A VOIR</B> les images des journaux télévisés qui inondent la planète, chars et bombardiers, terrains minés, engins de mort conçus selon l?esthétique de la guerre, images de victimes écartelées, déchiquetées, peuples-fantômes défigurés, le spectateur ordinaire est saisi par un sentiment d?impuissance, de révolte, doublé d?une panique de voir La Bleue par excellence, s?anéantir sans s?être donné le temps du rachat. Par quelle ironie, cette couleur évoque-t-elle la poésie, une certaine spiritualité ! Et l?on se met à imaginer ce que doit vivre le peuple mozambicain plongé dans une guerre longue de trois décennies, dont seize années de guerre civile !

Les armes de cette guerre civile, justement, ont servi aux artistes de Nùcleo de Arte pour la création de sculptures. Leurs ?uvres, sous l?intitulé Armes en Art, seront exposées à partir de vendredi, et ce, jusqu?au 29 février, de 13 à 17 heures à la salle polyvalente du Centre Charles Baudelaire, à Rose-Hill, en présence de l?un des artistes, Humberto Delgado.

Il y aurait 7 millions d?armes cachées dans ce pays. ?A la signature du cessez-le-feu en 1992, apprend-on, les soldats démobilisés? ont gardé leurs armes ?pour les revendre aux syndicats du crime mozambicains ou sud-africains? ou pour voler afin de se nourrir. Le Conseil Chrétien du Mozambique a ainsi donné visage au projet Transformaçao de Armas em Enxadas (TAE). En clair, transformer les armes en charrues. Une charrue, une bicyclette, des fournitures scolaires? étaient offertes pour chaque arme remis. Ce qui a permis la destruction d?un nombre conséquent de ces engins de la mort. Certains, coupés en pièces, étaient remis à des sculpteurs. Qui les transforment en ?uvres d?Art, ou en objets du quotidien.

La démarche des sculpteurs Humberto Delgado, Fiel Dos Santos, et Gonçalo Mabunda, s?inscrit en plein c?ur de l?Art contemporain. Où l?on touche du doigt le vécu d?hommes aux plaies ouvertes, vécu d?un peuple, avec ses motivations et ses espoirs. Les matériaux choisis répondent tout autant à la démarche contemporaine. Il s?agit ici de détourner les engins de mort de leur objectif déterminé. Pour les transformer en objets d?art. Ces assemblages s?élaborent comme une façon de désamorcer la charge explosive des armes, de brûler leur potentiel de destruction, pour celles qui n?auraient pas encore servi. Une tentative d?annihiler les ondes négatives, pour faire surgir un pouvoir positif, inhérent au nouvel objet.

Sans doute ne doit-on pas regarder ces nouveaux objets avec un a priori. Ils ne sont plus des armes de guerre. Car, ils ont été lavés de leur infamie, absous de leurs gestes innommables. Ils sont empreints de vie nouvelle. L?a priori ne pourra que fausser la vision des artistes. Et n?en fera voir que les parties de l??uvre, comme un objet fragmenté. Fabriqué de parties que l?on tentera d?identifier les unes après les autres, fusils, balles, grenades, lance-roquettes? Les idées s?enchaînant, le regardeur n?y verra que du feu. C?est le cas de le dire. Ce qui le ramènera, inévitablement, en un atome, au champ de bataille, les canons dans les oreilles, avec en bandoulière une terre-cimetière.

L?objet d?art abouti, il vit dans sa totalité la plénitude de sa métamorphose. Il est impérieux de l?appréhender dans son entité propre. Et de se laisser apprivoiser. Il est ici, une mobylette, là un instrument de musique, ou encore un oiseau de paix. Avec tout l?espoir sous-jacent d?un nouvel envol, à partir même du désespoir-tremplin. C?est la mise en ?uvre d?une esthétique de la Paix.

Les ?uvres exposées au CCB transcrivent dans le cristal la vision de Humberto Delgado. ?Créer à partir de ces matériaux, c?était comme ouvrir une fleur?, confie-t-il poétiquement. ?Je transformais ces armes ? en sachant à quoi elles avaient servi ? en quelque chose de différent, de positif.? Pour Gonçalo Mabunda, qui a perdu dans cette guerre, famille, oncles, frères, amis, chaque pièce utilisée est une offrande. Qui prend valeur incommensurable.

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