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Un vent de changement souffle sur La Havane

14 février 2004, 20:00

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L?opposition à Fidel Castro relève la tête, après la répression de mars-avril 2003 qui a envoyé en prison 75 dissidents, condamnés à de lourdes peines. Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine des droits de l?homme et de la réconciliation nationale, et Vladimiro Roca, coordinateur de Todos Unidos (Tous unis), deux mouvements non reconnus par les autorités, devaient rendre public un programme en 36 points « pour sortir Cuba de la crise ».

Alors que le pouvoir ne cesse de dépeindre l?opposition et l?exil, en bloc, comme des « contre-révolutionnaires » disposés à rétablir l?ancien régime, le programme de Todos Unidos est plutôt ancré à gauche. Dans l?entretien accordé au Monde par les deux opposants, Elizardo Sanchez prône « des réformes modernisatrices, sans recul social ». Ainsi, « les logements resteront avec leurs propriétaires actuels », ce qui écarterait les réclamations des détenteurs d?anciens titres de propriété partis en exil. Face à l?existence d?un double marché, en monnaie cubaine et en dollars, le programme propose la réduction des prix des produits alimentaires, des médicaments et des articles de première nécessité.

Anciens prisonniers politiques, Elizardo Sanchez et Vladimiro Roca poussent leur légalisme jusqu?à s?appuyer sur la constitution socialiste, comme l?avait fait le chrétien Oswaldo Paya avec le projet Varela, qui demande un référendum sur les réformes proposées.

Paradoxe, Vladimiro Roca est le fils du dirigeant historique du communisme cubain, Blas Roca, chargé jadis de la rédaction de la Constitution. Comme Elizardo Sanchez, ancien professeur de marxisme-léninisme à l?université de La Havane, Vladimiro Roca symbolise de par son histoire familiale l?évolution des mentalités. Le témoignage d?une ancienne journaliste vedette de la télévision, Lissette Bustamante, le corrobore. Le procès et l?exécution du général Arnaldo Ochoa et d?autres officiers respectés par leurs pairs, comme Tony de la Guardia, a traumatisé les militaires, qui contrôlent désormais les principaux leviers économiques du pays.

Un programme pour assurer la transition

Malgré son caractère fragmentaire et minutieux, les 36 points de Todos Unidos ? qui seront diffusés dans leur intégralité par l?association Sin Visa (Sans visa) et le Comité pour la démocratie à Cuba (Paris) ? constituent un programme destiné à amorcer une transition à Cuba et à préparer l?après-Castro. La démocratisation revient à l?opposition intérieure, sans exclure pour autant la collaboration de l?exil cubain. Aucune transition, en Amérique latine ou en Europe, n?a compté une communauté d?exilés aussi nombreuse (20 % de la population) et puissante, par sa réussite dans les affaires.

Les opposants cubains reprennent l?initiative politique. Pourtant, « la situation des condamnés se dégrade, assure Elizardo Sanchez. Après des sentences qui s?élèvent en moyenne à 19 ou 20 ans de prison, les autorités ont poussé la cruauté jusqu?à les emprisonner dans des endroits très éloignés, parfois à 1 000 km de leur résidence. Dans un pays où le transport s?est effondré, la visite autorisée une fois tous les trois mois devient une agonie pour les familles. L?île compte plus de 300 prisonniers politiques, ajoute M. Sanchez, dont 87 prisonniers de conscience adoptés par Amnesty International, ce qui place Cuba au premier rang mondial du nombre de prisonniers d?opinion par rapport à la population. »

La Foire internationale du livre se tient à La Havane jusqu?au 15 février, dans un climat de guerre froide contre l?Union européenne (UE). L?Allemagne, a respecté les directives de l?UE, qui préconisent de ne pas participer aux manifestations officielles, à la suite de la répression de 2003. Les éditeurs et les écrivains présents à La Havane le sont à titre privé.

Les autorités cubaines accusent l?Europe d?avoir adopté un « blocus culturel », analogue à l?embargo américain. En réalité, les États-Unis sont d?ores et déjà un des principaux fournisseurs de l?île. À la Foire du livre, les autorités vendent deux ouvrages concoctés par les services de sécurité pour discréditer les dissidents, dont Elizardo Sanchez. La Foire a pour cadre la forteresse de La Cabaña, monument colonial utilisé après 1959 pour fusiller les opposants au régime de Fidel Castro, après des jugements sommaires.

q 2 003 Le Monde ? Paulo A. Paranagua

Distribué par The New York Times Syndicate

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