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« Il ne saurait être question d?imposer le créole à l?école »
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« Il ne saurait être question d?imposer le créole à l?école »
Pourquoi trouvez-vous injustifié que l?évêque de Port-Louis parle de trahison de la part de l?État ?
Je ne souhaite pas entrer dans une controverse. Des accusations ont été formulées, le gouvernement a présenté les faits. Désormais, mon souhait le plus cher est de trouver, à la lumière du jugement du Privy Council, une formule d?admission qui soit acceptable pour les autorités catholiques et respectueuse de la Constitution du pays. Je souhaite faire fructifier le partenariat État-Église pour le plus grand bien de tous les enfants mauriciens.
Pour le plus grand bien des enfants mauriciens, dites-vous. Mais n?y a-t-il pas un souci électoraliste derrière votre démarche ?
Il y a un souci politique et non électoraliste. Qu?est-ce que la politique sinon la gestion de la société ? Et dans une société complexe comme la nôtre, aucun gouvernement ne souhaite entrer en opposition avec une autorité religieuse. Il y a huit ans, un mécanisme administratif a été mis en place. Aujourd?hui, il est jugé anticonstitutionnel. Il y a un sentiment de déception, d?injustice, mais c?est le devoir du gouvernement d?affirmer la nécessité pour tous de se conformer à la Constitution.
Pouvez-vous définir clairement le critère social que l?État demande aux autorités catholiques d?utiliser pour admettre des élèves dans leurs collèges ?
Voyons les faits. En 2002, la Cour suprême déclare anticonstitutionnel le recours au critère religieux pour l?admission dans les collèges catholiques. Au cours d?une rencontre avec les autorités catholiques, l?État formule la proposition suivante : que la moitié des admissions soit faite par l?intermédiaire du Mauritius Examinations Syndicate sur la base des résultats du Certificate of Primary Education (CPE) ; pour l?autre moitié, c?est-à-dire les fameux 50 %, l?État suggère que l?on préserve tous les critères qui ne sont pas invalidés par la cour, à savoir, priorité aux enfants du personnel ayant obtenu un CPE aggregate de 20-25, et les hardship cases. L?État propose aussi que toutes les autres places soient allouées aux meilleurs élèves, en provenance des Low Performing Schools.
<B> Qu?appelle-t-on les Low Performing Schools ?
On peut adopter une approche restrictive et se limiter aux écoles des Zones d?éducation prioritaires (ZEP), mais elles ne sont que trente avec un nombre limité d?élèves. Nous proposons donc aux autorités catholiques de considérer comme Low Performing Schools, les écoles qui, durant les cinq dernières années, ont eu en moyenne de moins de 50 % de réussite. Ce qui représente 46 écoles et environ 4 600 élèves aux examens du CPE. Pour brasser plus large, nous avons proposé de considérer des écoles avec moins de 55 % de réussite. Ce qui ferait 71 écoles et 6 500 élèves au CPE. Ces écoles sont, dans leur grande majorité, implantées dans les régions les moins développées de Maurice, selon le Relative Development Index défini par le Bureau central des statistiques.
Ces propositions ne lient-elles pas les mains des autorités catholiques ?
Les autorités catholiques sont libres de déterminer comment les admissions seront faites dans leurs écoles en conformité avec la Constitution. C?est en réponse à un appel de leur part pour que l?État les aide à identifier une autre méthode de recrutement possible que nous avons en toute bonne foi suggéré cette formule.
<B> Dans l?express-dimanche, la semaine dernière, le vicaire général fait des suggestions en réponse à l?utilisation du critère social proposé par l?État. Qu?en pensez-vous ?
La proposition faite en 2002 avait été jugée non recevable, parce que l?Église avait décidé de faire appel sur une question de principe. Je note avec intérêt la déclaration du vicaire général qui estime que la proposition est désormais envisageable.
La construction des écoles secondaires par l?État pourrait-elle à terme conduire à la marginalisation des collèges confessionnels ?
La construction des collèges d?État n?a pas pour but de fermer d?autres institutions. Le gouvernement investit pour résoudre un problème social. Le chômage augmente et ce ne sont pas les universitaires ou les personnes qualifiées qui sont sans emploi. La scolarité gratuite est un mythe, dans la mesure où si en 1999, tous les élèves avaient réussi les examens du CPE et avaient réclamé une place dans un collège, beaucoup n?en auraient pas trouvé. Le manque de places exigeait de faire échouer 22 % d?élèves au CPE.
Comment se définit votre projet éducatif dans ces conditions ?
Notre projet est d?étendre la scolarité obligatoire jusqu?à l?âge de seize ans, et que tout jeune Mauricien bénéficie d?une scolarité gratuite, obligatoire et universelle d?une durée de onze ans. Je suis très attaché à la pluralité de notre système d?éducation. Je crois dans le libre choix des parents. D?abord entre école payante et non payante, entre différentes écoles gratuites, entre différents styles de management ou entre différents programmes d?études.
La prise en compte des langues orientales au CPE pourrait-elle être remise en question ?
L?introduction des langues orientales au CPE faisait partie du manifeste électoral de l?alliance MSM-MMM. Elle fait partie du mandat du gouvernement. Avec ou sans l?affaire Tengur, cela allait arriver au cours de cette législature. Nous avons choisi 2004 pour mettre en pratique la décision afin de donner le préavis le plus long. Le jugement du Privy Council n?a rien à voir avec la prise en compte des langues orientales pour les résultats du CPE. Faire l?amalgame est dangereux. Il n?est pas question de revenir sur cette décision.
<B> Et comment réagissez-vous aux demandes d?introduction de la langue créole dans le programme scolaire ?
Si on arrive à oublier cet amalgame douteux et malsain qui consiste à lier le créole avec les langues orientales et les 50 % de places réservées dans les collèges catholiques, je serai ravi qu?on parle de la question. Je suis un enfant de mai 1975, cela fait plus d?un quart de siècle que je suis un défenseur du créole mauricien en tant que ciment de l?unité nationale et moyen essentiel de démocratisation sociale, mais surtout comme outil pédagogique permettant au plus grand nombre d?enfants de réussir la phase des apprentissages fondamentaux.
Je suis agréablement surpris par l?évolution des mentalités et la conversion de beaucoup à cette cause. Et c?est tant mieux.
<B> Mais concrètement, que faites-vous pour faire avancer le créole comme outil pédagogique ?
Je suis convaincu qu?ignorer les langues maternelles, c?est condamner à l?échec un grand nombre de nos enfants. Ainsi, depuis septembre 2000, j??uvre pour une reconnaissance de l?importance de la langue de l?environnement de l?enfant dans le processus éducatif. Comme cette question a été si controversée autrefois, nous avons choisi d?avancer prudemment. C?est ainsi qu?il y a un an déjà, nous avions discuté avec l?Unesco, d?un projet pilote permettant l?utilisation de la langue maternelle comme médium d?enseignement durant les premières années de scolarité.
<B> C?est toujours un projet?
La réforme du préscolaire encourageait déjà les écoles maternelles à faire usage des langues maternelles, qu?il s?agisse du créole ou du bhoj-puri, à côté du français et de l?anglais.
Comment résoudre cette querelle de linguistes qui retarde une standardisation du créole ?
Depuis quelque temps, nous considérons les voies qui s?offrent à nous pour parvenir à un créole écrit standardisé. Notre approche de la question des langues à l?école n?a aucun a priori idéologique et encore moins ethnique. Notre démarche est essentiellement pédagogique. La langue maternelle n?est pas, dans cette perspective, un contrepoids aux langues orientales. Elle est essentiellement un moyen de faire reculer l?échec scolaire.
Mais il y a toujours des réticences pour accepter la langue créole à l?école?
Le recours à la langue maternelle comme médium d?instruction doit d?être voulu et accepté des parents. Il requiert l?adhésion des enseignants pour être viable. Il ne saurait être question d?imposer le créole à l?école. Il nous faut d?abord éclairer et convaincre.
« La langue maternelle n?est pas un contrepoids aux langues orientales. Elle est essentiellement un moyen de faire reculer l?échec scolaire. »
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
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