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?La banque a une responsabilité très grave vis-à-vis des déposants?
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?La banque a une responsabilité très grave vis-à-vis des déposants?
Il y a une perception selon laquelle les banques ne prêtent plus aussi facilement qu?auparavant?
Il y a un principe fondamental que l?on doit comprendre : l?argent que prêtent les banques commerciales n?appartient pas à la banque. Il appartient à d?autres clients qui y ont déposé leur argent. La banque a donc une responsabilité très grave vis-à-vis des déposants.
Cet aspect-là n?est pas toujours très clair dans l?esprit du public. La banque ne peut prêter sans avoir étudié sérieusement la demande pour un prêt. Il nous faut nous assurer que l?emprunteur pourra rembourser. Dans le cas d?un particulier, c?est souvent son salaire mensuel qui nous sert d?indication de sa capacité de rembourser. Il y a des proportions à garder. Il nous faut déterminer raisonnablement le niveau de revenus qui lui restera après avoir payé ses mensualités à la banque, afin qu?il puisse subvenir à ses besoins.
Dans le cas des clients corporate, la banque doit s?assurer que l?investissement de l?entreprise va générer suffisamment de revenus pour rembourser le prêt. On ne prête pas à quelqu?un parce qu?on le connaît, ou parce qu?il est sympathique. On est obligé de poser beaucoup de questions aux gens. Une société qui projette de construire une usine devrait déjà avoir fait un business plan au préalable.
Les modes de financement ont aussi causé des problèmes. Les banquiers s?intéressent-ils de plus près à cette question ?
Il faut que le prêt soit adapté. Le financement doit correspondre aux besoins du projet. Si une entreprise emprunte pour construire une usine, le prêt peut s?étaler sur une période de quinze ans par exemple. La banque vit ainsi avec l?évolution du projet.
On a déjà vu des entreprises financer une usine avec des overdrafts. Ce qui est très dangereux. D?un point de vue légal, la banque peut stopper les overdrafts à n?importe quel moment. La banque a pour discipline de proposer aux clients des crédits qui correspondent le mieux à leurs projets.
Les banques commerciales ont souvent été blâmées pour avoir prêté à des canards boiteux. N?est-ce pas là un moyen d?aggraver les difficultés de l?entreprise ?
Il y a des cas où les banques n?auraient pas dû prêter, car il s?agissait d?entreprises qui ont fait faillite. En Europe et aux Etats-Unis, il existe une faute légale qui s?appelle le ?soutien abusif?. Une institution bancaire est fautive selon la loi si elle continue à soutenir abusivement une entreprise alors que celle-ci aurait dû fermer ses portes. Dans certains cas, on n?a fait que retarder la fermeture d?une société.
Il y a aussi le problème de la proportion des prêts par rapport au capital que l?entrepreneur apporte à son entreprise.
Des compagnies ont des dettes très élevées par rapport aux fonds propres de l?entreprise.
En période de croissance forte, les entreprises peuvent absorber les charges financières assez confortablement. Quand les affaires ralentissent, les difficultés font surface.
Il y a d?abord une question de principe. La banque n?a aucune raison de contribuer davantage que l?entrepreneur lui-même. Je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre plus de risques que l?entrepreneur qui, lui, est le propriétaire de l?entreprise.
Deuxièmement, si une entreprise emprunte une grosse somme d?argent, elle doit générer une marge suffisante pour pouvoir payer les charges financières. D?autre part, elle ne pourra plus emprunter en cas d?un nouveau besoin de capitaux, car elle aura déjà épuisé toutes ses facilités bancaires.
Il faut qu?une compagnie puisse maintenir une certaine marge de man?uvre afin de pouvoir réagir aux éventuels accidents du marché. Il est souhaitable qu?une entreprise emprunte une somme initiale relativement inférieure et préserve ses chances pour des emprunts additionnels.
N?y a-t-il pas le risque que les banques soient perçues comme faisant preuve de conservatisme en adoptant des attitudes restrictives ?
Il y a effectivement une perception qu?on adopte des pratiques conservatrices. Mais il faut comprendre que quelquefois on rend un grand service à l?entreprise en lui refusant un prêt. Il y a des cas où les banques ont adopté des rapports trop souples avec les clients. On n?a pas le droit de prêter à une entreprise qui n?a aucun avenir. Et là, je reviens à ce principe de base auquel j?ai fait référence au début. L?argent qu?on prête n?appartient pas à la banque, mais aux déposants.
Comment réagissez-vous donc à l?appel du gouvernement pour que les banques contribuent à sortir la zone franche de ses difficultés financières actuelles ?
Une telle demande avait été formulée il y a deux ou trois ans. Elle est toutefois restée à un niveau théorique. Grâce au projet du TEST (Textile Emergency Support Team), il y a aujourd?hui une meilleure approche. Les responsables du projet ont fait une évaluation honnête de la situation financière des entreprises. Cette analyse va nous permettre de nous intéresser à celles qui ont un avenir.
Nous, à la Barclays, nous sommes tout à fait d?accord pour participer à ce projet, d?autant plus que nous avons déjà une équipe de redressement d?entreprise. Il faut cependant qu?une société ait une valeur et un avenir.
Les clients se plaignent des procédures contraignantes auxquelles elles sont désormais soumises par leurs banques. Comment remédier à cette situation ?
Les pratiques de bonne gouvernance nous obligent à poser beaucoup plus de questions à nos clients qu?auparavant. Il y a un aspect policier qui est imposé par les institutions financières internationales et par la Banque centrale. Les clients ont du mal à comprendre cela.
Les circuits de décision sont devenus plus rigoureux. Toutes les demandes de prêts doivent passer par des comités avant d?être sanctionnées. Ces comités comprennent des gens qui ne connaissent pas le client afin d?éviter qu?ils soient influencés. Il n?est plus possible d?avancer un prêt à une personne simplement parce qu?on la connaît.
Les demandes sont étudiées par des spécialistes du crédit avant de passer à l?étape du loans committee. Tout cela aide à éviter un jugement faussé sur un projet.
Cela ne contribue-t-il pas à davantage de lourdeur administrative ?
Il faut mettre en place ces dispositions. Mais en même temps, nous avons mis en place des systèmes de communication très rapides qui réduisent les risques de voir les dossiers traîner.
La venue de la Caisse d?Epargne à Maurice peut vous coûter quelques importantes parts de marché, des clients corporate en particulier. Comment comptez-vous réagir à cette menace ?
La Barclays est là depuis 1919. La majorité de nos clients corporate sont restés fidèles à la banque. Je ne vois pas pourquoi ils changeraient de banque. Les clients de l?ex-BNPI sont aujourd?hui avec nous.
Dans le marché des particuliers, il y a effectivement de meilleures opportunités pour le nouvel arrivant. Pour pouvoir avancer des prêts il faut trouver des dépôts. Pour mobiliser les dépôts, il faudra payer des intérêts plus élevés que la compétition. En même temps, il faudra appliquer des taux d?intérêt inférieurs sur les crédits. La rentabilité de la banque pourra être affectée.
Ce sera toutefois stimulant pour tout le monde si la nouvelle banque vient avec de nouvelles prestations bancaires.
Pour offrir des services bancaires de base, il est nécessaire d?avoir un réseau de plusieurs succursales à travers l?île. Avoir un quartier général à Port-Louis et deux ou trois branches ailleurs ne suffira pas. Une succursale d?une banque à Maurice met trois à quatre ans avant d?être rentable.
Le niveau de l?investissement privé est en baisse. Quelle est la part de responsabilité des banques dans cet état de choses ?
Il y a des grands groupes qui ont de gros projets tels la construction d?hôtels ou de centrale de production d?énergie. A part ces projets, il y a des conglomérats qui sont actuellement engagés dans des programmes de restructuration interne. Il s?agit d?un mouvement à l?échelle mondiale. Les groupes souhaitent se recentrer autour de certains métiers spécifiques. A un moment donné, il était nécessaire d?être un conglomérat afin de pouvoir bénéficier des économies d?échelle. Maintenant il y a une tendance de de-merger.
Les petites et moyennes entreprises (PME) de leur côté continuent à investir. Ce sont les PME qui sont les plus gros pourvoyeurs d?emplois de demain. Les grands groupes auront, eux, tendance à réduire leur main-d??uvre pour rationaliser les coûts. A la Barclays, nous avons mis en place une unité, Business Solutions, qui s?occupe spécifiquement du segment des PME. Nous offrons un service spécialisé aux petits et moyens entrepreneurs à travers des solutions financières ainsi que des services de conseil et de formation.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
?Une banque est fautive selon la loi si elle continue à soutenir abusivement une entreprise alors que celle-ci aurait dû fermer ses portes.?
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