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Zinc, le bon à tout faire
CONNAISSEZ -VOUS zingueurs ? Probablement pas. Mais si la terminaison vous suggère saigneurs, rassurez-vous ! Il ne s?agit pas de tueurs mais d?artisans travaillant le zinc, surtout pour couvrir des bâtiments à l?étranger. Dans le passé, ils ajoutaient à leurs talents celui de manipuler des tuyaux. On les disait donc plombiers-zingueurs. Ce qui faisait presque aussi distingué que les patronymes du style Martin-Pêcheur.
Le zinc est moins employé aujourd?hui et les toits de ce métal sont aussi rares que le comptoir du bistro d?hier qui permettait de prendre un verre sur le zinc. Là, accoudés au bar, des aviateurs de la période héroïque appelaient leurs coucous des zincs.
Une image qui tend aussi à disparaître est la confection d?illustrations à l?aide du zinc. Un procédé photographique, assisté d?un bain acide, permet de donner à une plaque de ce métal gris un relief qui, encré et pressé contre une feuille de papier, imprime un dessin. Des publications scientifiques locales du passé assez proche, devaient ainsi leurs images à un atelier situé non loin des Casernes, à Port-Louis.
Même si ce métal n?a guère d?éclat aujourd?hui, il permet à des filaments de briller dans des lampes électriques, car il fait des piles sèches.
Chacune est une boîte de zinc cachant un sac contenant une poudre noire, presque magique, plus efficace que celle de perlimpinpin. Son rôle est de permettre à la pile de fonctionner sans prendre trop de repos. La poudre enrobe une tige de carbone tandis qu?entre sac et zinc s?étale une pâte à base de sel ammoniac. Quand s?éclaire la lampe de poche ou braille le transistor, une action chimique ronge le zinc et se métamorphose en énergie électrique. Pour que les trous forés dans la boîte par l?activité des ions ne laissent pas s?écouler un liquide qui abîmerait les alentours, quelques piles haut de gamme sont entourées d?une tunique d?acier.
Le métal épaule aussi une action moins brillante, mais soutenue, à l?intérieur du corps. Une impressionnante panoplie de ses contributions est citée par des enthousiastes. Une carence sévère, disent-ils, mène à des cas d?infantilisme. Le métal est présent dans beaucoup d?aliments mais, malgré cela, n?y a-t-il pas parmi vos connaissances des individus qui semblent en manquer ?
L?allié des dentistes
Marié à l?oxygène, le zinc monte en grade : l?union, une poudre blanche, se dit laine philosophique. Elle est toutefois plus utile aux disciples d?Esculape qu?à ceux qui jurent par Socrate. Ainsi, le dentiste la met à contribution pour des réparations temporaires ; l?infirmière tire profit de sa tendance bactéricide lors de pansements. Le peintre en bâtiments ne dédaigne pas, à son tour, cet oxyde qu?il appelle blanc de zinc. Enfant, nous étions fascinés par l?artisan effectuant son mélange avec de l?huile de lin pour une peinture capable de protéger le bois pendant des années. D?autres vertus médicinales naissent d?alliages avec divers éléments. Ainsi, des démangeaisons pas trop carabinées sont calmées par des lotions calaminées riches en zinc.
En regardant le tableau périodique des éléments, l??il est accroché par un voisin du zinc, le cadmium. Il est connu des amateurs du jeu Pyramide, où figure souvent ?cadmié?. Vous et moi connaissons mieux le métal pour sa contribution à des piles rechargeables. La demoiselle qui se dit artiste, en revanche, est plutôt sensible à un dérivé, le jaune de cadmium, qui orne sa palette. Rit-elle jaune en comparant ses efforts de reproductions florales aux tournesols de van Gogh ?
Un autre jaune fait aussi honneur à son pinceau. C?est celui du chrome. Le mot veut d?ailleurs dire couleur. Ce métal est plutôt tape-à-l??il et brillait sur les pare-chocs des voitures d?hier.
Les Anglais disaient alors des grosses autos américaines qu?elles étaient d?énormes scarabées faisant des grimaces chromées. Murmu-raient-ils presque comme dans Horace de Corneille ?Chrome, l?unique objet de mon ressentiment? ? Ils auraient eu tort car ce métal, en quantité infinitésimale, est apparemment utile à notre corps. Il contribue aussi à rendre l?acier inoxydable avec la complicité du nickel. Ces deux compères font, par ailleurs, des fils convenant à l?élément chauffant du grille-pain.Réduit en parcelles minuscules, le métal donne impartialement teinte rouge à rubis ou teinte verte à émeraude.
Comme l?union fait la force, ses talents s?accroissent par une alliance avec l?oxygène. Elle nettoie efficacement la verrerie de laboratoire. Un autre mariage chromé est violet. Cette teinte épiscopale sied bien à un rôle tutélaire : le composé protège le cuir en le tannant.
Mais terminons sur une note plus distinguée en grimpant jusqu?à la mythologie avec un métal proche du chrome. La fille de Tantale, Niobé, a donné son nom au niobium, que les Américains appellent plutôt columbium. Ils préfèrent l?histoire à la mythologie. L?héroïne est hélas tombée assez bas puisque le métal contribue à la vulgarité du piercing. La belle se rattrape un peu heureusement quand il s?agit d?aciers spéciaux pour programmes spatiaux.
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