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La Grande-Bretagne au rythme de l??Asian sound?

8 février 2004, 20:00

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AU milieu des années 1990 apparaît en Grande-Bretagne l?Asian sound : un mélange de musiques électroniques et de rythmes indiens, imaginé par une jeunesse issue de l?immigration. Imprégné de modernité, ce mouvement se tiendra longtemps éloigné de Bollywood, avant d?y venir aujourd?hui

Pierre d?angle de l?Asian sound : Anokha, Soundz of the Asian Underground, une compilation réalisée en 1997 par Talvin Singh, figure artistique de la deuxième génération née en Angleterre. L?album reflète le son des soirées du Blue Note, un petit club où accourt le Tout-Londres électronique. Les rythmes sont rapides, syncopés, avec tablas, et proches de la drum?n?bass, courant d?ordinaire influencé par le reggae de Jamaïque, dont le banghra, mêlé de techno, se veut le cousin indien.

La mode est alors à l?épure, aux antipodes de l?esthétique surchargée de Bollywood. Pour Outcaste, le label qui héberge les musiciens Badmarsh & Shri ou Nitin Sawhney, autre figure de ce mouvement, Bollywood n?est qu?une référence parmi d?autres comme Ananda ou Ravi Shankar, plus classiques et surtout moins marqués d?un exotisme de pacotille. ?Nous voulions montrer que nous étions capables de sortir du cliché indien qui collait à Bollywood?, explique Shabs, cofondateur avec Paul Franklin d?Outcaste, et l?un des premiers par la suite à avoir remis au goût du jour l?immense réservoir musical de Bollywood, via deux compilations, Bollywood Funk et Bollywood Breaks.

?Nous avons tous été bercés par les films de Bollywood, ajoute Shabs. Mes parents en regardaient le soir à la maison. C?est un monde incroyable, synonyme d?évasion, une culture complètement folle, et surtout présente dans le monde entier. Bollywood représente en fait quelque chose de très important pour nous tous.? Si elle fonctionnait en sens inverse, la démarche d?hybridation de certains compositeurs de Bollywood dans les années 1960 et 1970 n?était d?ailleurs pas si éloignée de la leur. ?Certains morceaux sont terriblement funky, possèdent une vraie puissance.?

Les références d?Outcaste se nomment Sachin Dev Burman, Rahul Dev Burman, Laxmikant-Pyarelat ou Allah Rakah Rahman. Ils fournissent l?essentiel des compilations Bollywood Funk et Bollywood Breaks. Depuis, Bollywood Song volumes 1 et 2 ont complété le tableau et fait découvrir des chanteuses comme Lata Mangeshkar ou Asha Bhosle. ?C?est notre travail de promouvoir Bollywood auprès des non-Indiens, dit Shabs, de faire comprendre que nous sommes fiers de notre culture et que nous l?apprécions vraiment.? Comme si le son et l?image s?étaient enfin réconciliés.

C?est d?ailleurs sur les pochettes et les flyers (les cartons d?annonce des soirées) que Bollywood fait aujourd?hui sentir sa présence. Par le détournement d?affiches et de typographies, à travers des vidéo-clips qui mettent en scène des parodies plus vraies que nature, les codes des romances et des films d?action du cinéma de Bombay ? contemporains cette fois-ci ? sont repris par un Asian sound élargi à tous les genres musicaux dits urbains : techno, rock ou rap. Outcaste a compilé les derniers succès sur Essential Asian Flavas the Future Cutz.

Plus que la musique, c?est l?esprit de Bollywood que perpétuent les musiciens de Londres, qui en appliquent parfois les règles de contrefaçon et d?humour, comme ce DJ qui a choisi de s?appeler Phat Boy Singh, hommage à la superstar des DJ britanniques, Fat Boy Slim.

Odile de Plas

© Le Monde News Service

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