Publicité
Langues orientales : rétablir la vérité
Par
Partager cet article
Langues orientales : rétablir la vérité
<B>EN MOYENNE</B>, ils sont 16 000 candidats à une épreuve de langue orientale aux examens du Certificate of Primary Education (CPE) chaque année. Les langues orientales figurent aux examens de fin de cycle primaire depuis plus de 40 ans. Le taux de réussite oscille entre 66 % et 68 %, une performance comparable aux matières principales. Le changement cette année est que cette matière sera comprise dans la comptabilisation des points pour le grading.
Cette décision du gouvernement, annoncée depuis trois ans, donne lieu depuis quelques jours à une levée de boucliers de parents dont les enfants n?étudient pas ces langues. Le plus grave est que les raisons sur lesquelles reposent leurs objections ne sont pas fondées et donnent lieu à des dérapages verbaux regrettables. Si leur revendication pour une matière en option peut sembler juste pour placer tous les enfants sur un pied d?égalité, en revanche, les autres raisons de cette virulente contestation ne sont pas justifiées.
Que dit la nouvelle formule pour les examens du CPE 2004 ? Six matières seront comptabilisées pour le grading : les mathématiques, l?anglais, le français, les sciences, l?histoire & géographie et une langue orientale. Les cinq premières sont obligatoires alors que la dernière est optionnelle. Un candidat peut, s?il le souhaite, prendre part aux six matières mais seuls les ?cinq meilleurs? résultats seront pris en compte pour son grading. Avec la nouvelle mesure, le gouvernement abolit la pratique des quelque 550 places réservées aux meilleurs candidats en langues orientales dans les collèges d?Etat et le MGI.
Les questions fusent, embrouillées. Les rumeurs enflent. Le scepticisme de certains crée la méfiance. ?C?est injuste et discriminatoire?, ont crié les 500 parents rassemblés mardi dernier à Plaisance, Rose-Hill, pour la première réunion de mobilisation contre la comptabilisation des langues orientales. La campagne est menée par les Fédérations de parents des écoles primaires et secondaires catholiques et des associations se disant proches des catholiques. Ils sont convaincus que les enfants prenant part à une épreuve de langue orientale seront avantagés. ?Zotte éna six, nou éna cinq. Zotte gagne plis chance pou gagne 5 A?, dit Simone, une des mamans présentes.
Le ?cinq A? équivaut à un total de 25 points (aggregate) qui est le principal critère pour une place dans un collège d?Etat. Les protestataires arguent qu?un enfant ayant obtenu quatre A et un B dans les cinq matières obligatoires peut profiter d?un éventuel ?A? en langues orientales pour obtenir une place dans un collège d?Etat. C?est le principal motif des protestations.
Infime minorité
Certes, c?est possible. Mais cela ne concernerait, selon des sources au ministère de l?Education, qu?une infime minorité de candidats et en tout cas, un nombre inférieur à celui des places réservées jusqu?ici pour les meilleurs candidats dans ces matières. Environ 70 % des candidats réussissent chaque année, soit quelque 10 800 enfants. Mais ils ne sont qu?environ 2 500 à décrocher une distinction. En hindi par exemple, il n?y a pas plus de 2 000 ?A? potentiels.
?Pour scorer un ?A? en hindi, il faut déjà avoir une bonne maîtrise du français et de l?anglais?, soutient un enseignant de CPE d?une école five-star . Selon le Mauritius Examinations Syndicate (MES), ce sont les candidats brillants dans toutes les matières qui décrochent un ?A? en langues orientales. La plupart d?entre eux décrochent de toute manière un ?A? dans leurs six matières. Ainsi, comptabilisation ou pas, ils auraient eu un aggregate de 25.
Des enseignants de carrière affirment que le candidat se présentant dans les cinq matières principales a un avantage sur l?autre qui offre aussi une langue orientale car il dispose de plus de temps pour préparer ses examens. Il peut mieux se concentrer sur les cinq matières obligatoires. Les protestataires induisent la population en erreur lorsqu?ils affirment qu?un échec en anglais, mathématiques ou français peut être compensé par une bonne note en langue orientale. C?est faux !
Les règlements du MES stipulent clairement que tout candidat au CPE doit obligatoirement réussir en anglais, maths et français au moins pour obtenir le certificat. La note minimale est le grade ?E?. Si le candidat échoue dans une de ces trois matières, il échoue à l?examen. Au MES, on cite le cas de ce candidat qui avait obtenu 4 ?B?, en anglais, maths, sciences et histoire & géographie et un ?U? (unclassified ) en français. Cet échec en français lui a valu un échec total. De plus, l?ensemble des points du candidat ne doit pas être inférieur à 35 % de la totalité des points des matières principales.
Matière optionnelle
Certains contestataires mettent en doute la préparation des questionnaires et la correction des épreuves de langues orientales. Ils affirment que des organisations socioculturelles seraient impliquées dans l?organisation des examens. De quoi choquer les techniciens et d?anciens responsables du MES. ?Complètement faux. Ce sont de graves allégations. Comment peut-on dire une telle énormité ?? s?indigne un ancien directeur. Celui-ci soutient que, dans l?organisation des examens, de la préparation des questionnaires à la correction des épreuves, ?on adopte les mêmes procédures? .
Comme pour les autres matières, le questionnaire est préparé à partir d?une banque de questions auxquelles collaborent des gens compétents, notamment des chargés de cours, des examinateurs, des pédagogues reconnus. ?C?est une affaire trop importante pour laisser cela dans la main de n?importe qui?, poursuit un ancien directeur du MES.
Sollicité par l?express, Denis Grand-Port, président de la Fédération des PTA des collèges catholiques (FAPEC) ne met pas en doute l?organisation des examens des langues orientales. Le MES n?est pas concerné seulement par les examens du CPE. Des épreuves de SC et HSC sont corrigées à Maurice et personne ne le conteste. C?est par manque d?informations que certains doutent des papiers de langues orientales au CPE. Le ministère aurait dû rassurer la population sur le mécanisme de l?organisation de ces examens.
Les protestataires réclament une matière optionnelle pour ceux qui n?étudient pas une langue orientale. Ils n?ont pas tout à fait tort si on veut mettre les enfants sur un pied d?égalité. ?Pour être juste et comme c?est une question très sensible, il fallait donner une option aux autres. À eux, ensuite de choisir?, commente un cadre de l?Education.
Il est d?avis que cette option aurait évité les remous et dérapages verbaux. Denis Grand-Port partage cet avis.?Nous demandons au gouvernement de proposer une option aux 43 % d?enfants qui n?étudient pas une langue orientale. Nous nous battons pour l?égalité des chances de tous les enfants mauriciens. Ce ne sont pas uniquement les enfants de la communauté créole qui sont concernés.?
La question de ?temps libre et temps perdu? pour l?élève qui n?étudie pas une langue orientale a aussi été évoquée par les manifestants. Des enseignants interrogés y reconnaissent une ?part de vérité?. ?Il y a effectivement une lacune. Le ministère ne prescrit rien de précis pour ces moments-là. Ce temps libre mérite une meilleure organisation?, affirme un enseignant.
Le ministère a intérêt, en cette période troublée, à soigner sa communication.
Publicité
Publicité
Les plus récents