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Lobbys : le jeu des pouvoirs

7 février 2004, 20:00

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La ligne de démarcation entre association culturelle et groupe de pression politique devient de plus en plus floue à Maurice. Constituées comme des organisations culturelles ayant accessoirement un rôle politique, certaines associations influentes ont fait de l?action politique une priorité. Parfois celle-ci est devenue leur activité principale. Le culturel devient alors accessoire.

Dans la communauté majoritaire, les Vaish Mukti Sangh, Rajput Gahlot Sabha, Sanatan Dharma Temples Federation, Arya Ravived Pracharini Sabha ou Hindu House ont conquis un rôle politique. La Mauritius Marathi Mandali Federation, le Muslim Reception Committee ou le Tamil Council ont vite fait de bénéficier de ce mouvement et ont acquis un nouveau rôle. Si l?on n?y prend garde, des associations reconnues par l?État, subventionnées par lui, finiront par lui dicter certaines décisions.

Ce pouvoir leur a été concédé de gré ou de force. Certains gouvernants ont vu en elles des interlocuteurs privilégiés, auprès desquels il fallait prendre conseil pour régler certaines questions d?ordre culturel. D?autres, soucieux de ménager leur image par temps de vaches maigres et de se prémunir contre des dirigeants d?association parfois hostiles à leur égard, ont plutôt cédé aux pressions. Il a fallu écouter certains groupes et leurs dirigeants de peur qu?ils ne poussent leurs membres, ces chers électeurs, à adopter une position antagoniste face au régime en place

Postures d?affrontement

Mais le pouvoir d?influence finit par intoxiquer ceux qui le détiennent. Certains de ces groupes, conscients de leur potentiel, ont vite fait de dépasser le simple cadre culturel. La construction de temples ou l?organisation de fêtes folkloriques n?intéresse plus. On s?arroge des pouvoirs nouveaux. La représentativité de la « famille » au Parlement et au gouvernement devient un sujet soumis à la sanction et à la critique de telle ou telle association. Les investitures pour les élections sont revues et corrigées. La représentativité sur les listes électorales et au cabinet est assurée à coup de remontrances, de protestations et d?avertissements des groupes culturels.

À ces organisations reconnues sont venues s?ajouter d?autres, par génération spontanée. Elles sont le fruit de certaines personnes défendant souvent les intérêts d?un groupe particulier lorsque celui-ci se sent menacé.

Ainsi, la Voice of Hindu est née au moment de la polémique sur l?inversion des lettres sur les nouveaux billets de banque en 1998. Elle s?est arrogé aujourd?hui la fonction de porte-parole et de défenseur de la communauté hindoue. Elle s?est signalée à Air Mauritius, au Sugar Beach et à l?université de Maurice pour défendre les hindous lésés dans leurs droits, disent ses animateurs. Maintenant, elle se mêle de l?affaire Ralph Lauren.

Le Mouvement Mauricien Kreol Africain (MMKA), est né au moment où le « malaise créole » posait un cas de conscience à l?île entière. Depuis, il s?attelle à la défense de la minorité créole, affirment ses dirigeants. Le MMKA s?est un peu positionné à la manière de la Voice of Hindu. ll porte sur la place publique les récriminations et protestations des éleveurs de porcs ou des pêcheurs de la rade de Port Louis.

Nées dans un contexte de lutte, ces organisations ont gardé leurs postures d?affrontement vis-à-vis du pouvoir. Ayant un certain pouvoir de nuisance, ces associations se sont vite adaptées au schéma politique. Ainsi, la Voice of Hindu est devenue un interlocuteur de poids qui, à l?occasion, est reçu par le Premier ministre. Le MMKA, par sa capacité de trouble-fête et ses manifestations a également acquis une certaine influence. Le succès relatif de ces groupes de pression nourrit l?éclosion de nouveaux mouvements et légitiment en quelque sorte ce type d?action, car le pouvoir cède parfois face à eux. C?est le début d?un cycle infernal.

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