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Identité Kitsch
Il y a ceux qui veulent qu?on enseigne le créole parce que les langues orientales figurent au sein du cursus. Il y a ceux qui militent pour la Muslim Personal Law. Il y a d?autres qui veulent construire des lieux de culte sur les pas géométriques. Il y a d?autres encore qui veulent des congés, des heures de prière, des terrains de l?État, des subventions? Bref, les revendications à caractère ethnique et religieux ne manquent pas. Voilà la République de la mosaïque des ghettos ethniques.
Un peu de bon sens est nécessaire surtout qu?approchent les prochaines élections législatives où la fièvre ethnique risque d?embraser le pays. Au Centre Indira Gandhi, lors d?un forum organisé par l?association Selex pour commémorer le 56e anniversaire de l?assassinat du mahatma Gandhi, Solange Jauffret invitait les autorités à enlever « toute référence ethnique et religieuse de notre Constitution » afin d?assurer un vivre « en harmonie en Maurice ». Le contexte dans lequel elle a fait une telle proposition est hautement significatif quand on connaît à quel point le mahatma Gandhi a lutté pour éviter à l?Inde les conflits ethniques. Il a même été jusqu?à proposer au musulman Jinnah d?être le premier Premier ministre indien. Une proposition qui découle d?un principe simple : l?Inde appartient à tous les Indiens autant que lui, le mahatma Gandhi, pouvait dire qu?il était à la fois hindou, musulman, chrétien et juif.
Aujourd?hui le modèle a disparu et c?est la religiosité qui a pris le pas. À Maurice, parce que l?État entretient des relations ambiguës avec la religion, nous frôlons constamment des situations conflictuelles. C?est, dans ce contexte, que la proposition de Solange Jauffret doit être prise au sérieux. Nous voulons d?un pays qui progresse et qui s?inscrit résolument dans la dynamique de la modernité. Combien de temps prendra-t-on pour réaliser ces ambitions si on continue à perdre son temps avec des peccadilles ? La religion et la pratique de sa foi sont importantes pour chacun. Mais il est temps de rappeler que la foi se vit chez soi, dans ses lieux de prière. La religion n?est pas un outil de marchandage ou encore un moyen pour exprimer une supériorité quelconque.
Les étrangers qui passent par Maurice s?émerveillent de la coexistence pacifique qui règne dans ce pays où existent plusieurs religions. Cela fait effectivement partie des beautés de ce pays. Cela représente aussi une chance. Or, certains ne cessent pas d?en faire un passif. Pour sortir de cette aporie, serait-il trop rêver que d?imaginer tous les chefs religieux des différentes religions rappelant à leurs coreligionnaires que la foi est une affaire privée ? Serait-ce trop rêver que d?imaginer tous les dirigeants politiques tenant un même discours : qu?ils disent leur refus de céder aux pressions ethniques, qu?ils disent aux électeurs qu?ils ne veulent plus des votes qui s?appuient sur des considérations religieuses ? Serait-ce trop rêver que de demander à tous ceux qui sont à des postes stratégiques d?unir leurs forces pour marginaliser ces citoyens qui fondent leurs actions et leurs revendications sur des critères ethno-religieux ?
C?est à ce titre que nous réunirons les conditions nécessaires pour un réel partage interreligieux. Nos enfants doivent être imprégnés de toutes les cultures, de toutes les religions. L?enseignement de l?histoire des cultures et des religions est devenu une nécessité dès le primaire. On ne peut pas compter sur les adultes pour assurer un tel enseignement. La République de Maurice deviendra un modèle de vivre-commun à ces conditions. Nous entrerons dans l?authentique lorsque nous comprendrons réellement l?Autre.
Or, ce que nous vivons aujourd?hui, c?est une identité kitsch où on ne fait que tolérer l?autre sans le connaître. Connaître l?autre, c?est déjà un très grand pas pour l?accepter. L?île Maurice a des ambitions. Elle se doit aujourd?hui de transcender ses vieux démons pour réaliser ses ambitions.
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