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Dans l?engrenage infernal des fabriques de jouets

4 février 2004, 20:00

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UN MOIS après la rentrée des classes, les enfants ne font presque plus attention aux jouets qu?ils ont reçus à Noël. Mais des questions restent posées sur leurs origines. Ainsi, la peluche avec laquelle s?endort votre bout de chou a peut-être été fabriquée par une ouvrière d?une usine asiatique travaillant 15 à 16 heures par jour dans des conditions mettant gravement en danger sa santé, respirant des vapeurs de produits chimiques ou inhalant des poils synthétiques dans une atmosphère surchauffée?

Ce qui se passe très loin de chez nous, derrière les murs cadenassés des unités de production de la province du Guangdong (Canton), ou d?autres régions chinoises, est un cauchemar pour des millions d?ouvriers et d?ouvrières. Ces ?sweatshops? ? littéralement ces ?ateliers où l?on sue? ? sont une honte pour les multinationales et les enseignes de la grande distribution, qui profitent d?un système extrêmement rentable. Elles sont aujourd?hui sous les feux des projecteurs. Réseau solidarité, une association qui défend les droits sociaux et économiques des pays du Sud, a lancé un nouvel appel urgent intitulé : ?Chine : Barbie broie du noir?.

Cet appel urgent se base sur un rapport d?une centaine de pages rédigé par une organisation non gouvernementale de Hong Kong, le Hong Kong Christian Industrial Committee (HKCIC). Les enquêteurs ont interrogé 93 ouvrières travaillant dans les usines fabriquant les jouets Mattel, Hasbro, Disney, des marques que l?on peut trouver sur le marché mauricien.

Selon le rapport, les ouvrières des fournisseurs des multinationales travaillent dans des conditions dignes de l?esclavagisme : 14 heures à l?usine en moyenne, parfois jusqu?à 18 heures quand les commandes affluent. La haute saison du jouet, de juin à septembre, ne laisse place à aucun repos hebdomadaire.

<B>Les consommateurs changent la donne

Le paiement à la pièce étant la règle, cela oblige les employés à faire beaucoup d?heures pour obtenir un salaire permettant tout juste de survivre, souvent sans contrat de travail ni assurance. Les règles d?hygiène et de sécurité sont la plupart du temps inexistantes?quand la santé n?est pas directement altérée par l?exposition aux produits chimiques.

L?on pourrait accuser les organisations non gouvernementales, comme le HKCIC, de partialité et de manichéisme? Mais leurs conclusions sont confortées par celles des 119 audits réalisés en Chine, par des enseignes adhérentes de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), chez des fournisseurs de jouets, mais aussi d?autres biens manufacturés. Leurs constats sont pour le moins alarmants : horaires de travail de 12 heures par jour, 7 jours sur 7, souvent avec l?administration locale, période de travail supérieure a 30 jours sans repos, salaire minimum non respecté, caution de deux mois de salaire retenue par l?employeur pour que l?ouvrier ne quitte pas son emploi, produits chimiques dangereux positionnés sur les postes de travail, sans stockage spécifique? La liste est longue.

Ainsi, jouet et éthique ne font pas bon ménage. La sensibilité des consommateurs liée à l?éthique des entreprises importatrices est en train de modifier radicalement la donne. ?De l?éthique sur l?étiquette? accompagne ce mouvement. Ce collectif, qui regroupe 53 associations et syndicats, en France, a publié, pour la troisième année consécutive, son carnet de notes.

Il sanctionne essentiellement la capacité pour les enseignes de mettre en scène un ?dialogue social? chez leurs sous-traitants, avec la participation des associations et des syndicats. Malheureusement, ce collectif n?a pas les moyens de se rendre sur place pour effectuer des vérifications. Il ne s?agit pas d?un ?label? garantissant que tel ou tel jouet a été fabriqué dans des conditions sociales satisfaisantes.

Les bons sentiments des multinationales

Mattel a élaboré, en 1997, un code de fabrication mondial garantissant les conditions de travail dans ses unités de fabrication, ainsi qu?un comité de contrôle indépendant. De son côté, Alan Hasenfeld, le P.-D.G. aux Etats-Unis de Hasbro, précise qu??aucun travailleur âgé de moins de 15 ans ne fabrique les jouets Hasbro?. Par ailleurs, explique-t-il, ?en Chine, les minima de salaires sont définis province par province, voire ville par ville, ce qui peut entretenir une certaine confusion?.

Hasbro a mis au point en 1993 un code de conduite prônant le respect de ces normes minimales de conditions de travail. L?International Council of Toy Industry (ICTI), le Conseil international de l?industrie du jouet, a également mis en place, à la même époque, un code de conduite très précis, accompagné d?outils que peuvent utiliser les entreprises du jouet auprès de leurs fournisseurs asiatiques : une grille d?audit et un plan d?action corrective en cas de manquement.

Mais que valent ces principes ? Le décalage entre ces professions de foi et la réalité de ces no man?s land sociaux n?est-il pas aussi grand que les milliers de kilomètres qui séparent les rayons des supermarchés des ateliers dans lesquels s?activent ces petites mains ?

L?organisation humanitaire Asia Monitor Ressource Center, reconnaît que l?adoption de ces codes de conduite est un progrès. ?Mais ils ne sont jamais appliqués, car les multinationales ne sont jamais impliquées directement dans la production. Elles passent par de multiples sous-traitants, jusqu?à 300.? Le suivi de ces principes n?est donc jamais certain.

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