Publicité
Des larmes dans la cressonnière?
ATMARAM BALCHAN, président de la Watercrest and Vegetables Planters Association (WVPA), est en larmes. Ironie du sort, il se trouve au milieu de sa cressonnière, asséchée, à Carreau- Esnouf. Cette cressonnière, qu?il occupe depuis 1960, ne lui permet plus de gagner sa vie comme autrefois. Les autres planteurs de la région sont dans la même situation.
Selon Atmaram Balchan et les autres membres de la WVPA, ce problème se pose depuis trois mois. Les forages d?eau, disent-ils, qui fonctionnent à proximité de leurs plantations pour l?approvisionnement des demeures voisines en seraient la principale cause. Résultat : les sources s?assèchent fréquemment, provoquant ainsi une baisse du niveau d?eau dans les nappes souterraines qui alimentent les cressonnières.
Les zones exploitées pour le cresson s?étendent sur une superficie de plus de vingt arpents le long du Ruisseau-des-Mares. Depuis plusieurs générations, des familles de Carreau-Esnouf y gagnent leur vie.
Selon Balchan, le comble c?est que les chiffres compilés tout récemment par la station météorologique de Vacoas révèlent que pendant le mois de janvier, on a enregistré une pluviométrie record par rapport aux 15 dernières années.
Pour Narain Parmessur, lui aussi planteur, la pénurie d?eau a eu des conséquences néfastes pour sa cressonnière. ?La vie de dizaines de planteurs et leurs familles s?en trouvera bouleversée. Nous allons nous retrouver en très mauvaise posture dans les mois à venir d?autant plus que le nombre de chômeurs a considérablement augmenté dans cette région?, dit-il .
Pour avoir l?esprit tranquille, Balchan n?a pas lésiné sur les moyens. En mars 1998, il demande à un hydrologue réunionnais d?examiner les conditions d?approvisionnement des sources qui alimentent les cressonnières et d?évaluer l?impact possible des forages d?eau à proximité des cressonnières.
Se basant sur ce rapport, le président de la WVPA allègue que le service hydrologique de la Water Ressources Unit (WRU), attaché au ministère des Services publics, aurait failli à son devoir pendant un certain temps. Selon lui, il n?aurait pas recueilli de manière régulière les données et les informations sur le fonctionnement de nappes souterraines pour pouvoir définir avec précision l?impact du pompage sur les sources et connaître ainsi leur véritable influence sur le système hydrologique dans cette région. ?Si travail ti faire couma bisin nou pas ti pou retrouve dans ène telle situation zordi?, dit Balchan.
Père de trois enfants, il exploite ces cressonnières depuis des années. ?J?ai pu élever et donner une bonne éducation à mes enfants grâce à mon travail dans ma plantation. Malheureusement, ce n?est plus le cas aujourd?hui?, se plaint-il.
Il souhaite avoir une rencontre au plus vite avec Alan Ganoo, le ministre des Services publics pour essayer de trouver une solution à cette sécheresse qui commence à devenir une véritable menace pour la communauté des planteurs de cresson dans cette région. ?Nous allons lui proposer de nous trouver une formule de compensation comme cela est le cas pour les autres secteurs qui en ont bénéficié?.
En attendant, le président du WVPA s?appuie sur les observations faites en 1998 par l?hydrologue réunionnais qui, dans son rapport pour juger rapidement l?impact du pompage sur les exploitations, suggère (1e) d?arrêter le pompage et (2e) de laisser remonter la nappe à son niveau d?équilibre et de mesurer l?effet sur le niveau de la cressonnière .
Au cas contraire, observe-t-il, les planteurs de cresson de cette région sont condamnés à une morte lente.
Selon une estimation de Balchand et Narain, les planteurs de l?association approvisionnent le marché local de 8 000 à 9 000 bottes de cresson par semaine.
Interrogé, un haut cadre de la Water Ressources Unit déclare : ?Selon les informations qui me sont parvenues hier (Ndlr : mercredi), le Ruisseau-des-Mares est bien alimenté. Les planteurs n?éprouvent pas de difficultés?. Ceux-ci répliquent que c?est totalement faux et invitent les responsables à se rendre dans les cressonnières où selon eux, ils ne se mouilleront pas les pieds.
Publicité
Publicité
Les plus récents