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L?Eglise catholique au pied du mur

4 février 2004, 20:00

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RÉAGISSANT aux accusations de l?évêque de Port-Louis contre le gouvernement, le Premier ministre, Paul Bérenger, rejette la responsabilité de la crise actuelle sur l?Eglise catholique. Il rappelle que l?Etat avait, en novembre 2002, proposé, à la suite du jugement de la Cour suprême sur le critère religieux, son remplacement par un critère social.

Lors d?une conférence de presse conjointe hier par les dirigeants de l?alliance gouvernementale, Paul Bérenger (MMM), Pravind Jugnauth (MSM), Maurice Allet (PMSD) et Sylvio Michel (OF/Les Verts), l?Etat réitère sa demande. Le critère social qu?il propose favoriserait les meilleurs élèves des Zones d?éducation prioritaires. Les dirigeants ont également réfuté les trois points soulevés par Monseigneur Maurice Piat à l?église de Bel-Air dimanche.

- ?Trahison? de l?Etat

Si l?Etat n?a pas suivi le diocèse dans son combat devant l?instance suprême du judiciaire, soutient le Premier ministre, c?est qu?il ne pouvait aller contre la Constitution. Il explique que l?Etat, sous différents régimes, ignorait que l?admission d?élèves dans les collèges catholiques se faisait selon le critère religieux. Il ajoute que l?Èglise n?a jamais évoqué cette pratique jusqu?à la révélation en cour par l?ancien directeur du Bureau de l?éducation catholique (BEC), Michael Atchia,?Nous avons recherché l?avis du parquet et il nous a fait savoir que cette façon de recruter est anticonstitutionnelle.?

Le jugement de la Cour suprême, l?avocat du gouvernement à Londres, Lord Lester, et le Conseil privé sont venus confirmer l?avis du parquet.

L?Etat ne pouvait donc pas cautionner une pratique de l?Eglise, qui, de l?avis de tous, était illégale, explique Paul Bérenger. ?Nous n?avons trahi personne. Ce n?est pas notre faute si tout le monde a constaté que le critère religieux est anticonstitutionnel.?

Le Premier ministre souligne que le gouvernement a?essayé de convaincre l?Eglise d?adopter un nouveau critère? au lieu de faire appel du jugement. ?Malheureusement Monseigneur Piat n?était pas d?accord et il est allé devant le Conseil privé?. Le gouvernement dit noter que, sur la base de la déclaration de l?évêque, il est possible que ce dernier soit d?accord avec l?introduction du critère social. ?Nous souhaitons reprendre le dialogue.?

- L?Etat devant le Privy Council

Le Premier ministre souligne que, ?la Constitution a préséance sur le MoU signé avec l?Eglise? pour sa participation à la réforme. Lorsque Monseigneur Piat dit que l?avocat de l?Etat a qualifié le MoU de ?caduc et illégal?, il se trompe, déclare Paul Bérenger. Citant Lord Lester, il affirme que ce dernier aurait dit que ?si l?appel est rejeté, il faudrait possiblement travailler sur un nouveau MoU?. Le gouvernement se propose de le faire ?à tête reposée?.

- Soutien à l?Eglise devant l?Icac

Le Premier ministre a aussi abordé la déclaration de Monseigneur Piat que le gouvernement a tardé à réagir à la déposition de Suttyhudeo Tengur à l?Independent Commission against Corruption (Icac). Le syndicaliste a allégué que le BEC aurait réclamé à tort Rs 11,5 millions à la Private Secondary Schools Authority pour rehausser ses infrastructures dans le cadre de la réforme. Le Premier ministre rejette le blâme sur les autorités catholiques. Il leur reproche d?avoir ?tardé à répliquer à Tengur. Aussitôt qu?ils l?ont fait, nous avons confirmé et dénoncé la démarche malsaine de Tengur?.

- Inclusion du créole au CPE

Il faut d?abord un créole écrit standardisé avant de pouvoir l?inclure au CPE. La démarche est entreprise par le gouvernement, annonce Paul Bérenger. En attendant, cette langue est ?fortement encouragée? comme moyen d?enseignement, surtout au pré-primaire et au préprofessionnel.

Le gouvernement et l?Unesco travaillent sur deux projets pilotes pour utiliser le créole comme langue maternelle en Std I. Le Premier ministre a invité l?Eglise à prendre des initiatives semblables. Il a rappelé que le ministre de l?Education prépare un ?comprehensive paper? sur le créole dans notre système éducatif.

Le Premier ministre se dit inquiet de la tournure des événements et fait un appel à éviter ?les dérapages? et les amalgames. Mélanger l?affaire Tengur, le créole dans l?éducation, les langues orientales et le jugement du Privy Council est ?très dangereux ?.

Abordant la question des langues orientales, Paul Bérenger souligne que le gouvernement a spécifié dès mars 2001 qu?ils seraient inclus au CPE en 2005. Depuis janvier 2002, des classes de rattrapage ont lieu après les heures de classe.

<b>Hervé de St-Pern : ?Qu?on se mette autour d?une table?</b>

Sollicité par l?express, l?actuel directeur du BEC estime qu?il faut aller de l?avant : ?Nous ne pouvons pas perdre notre temps dans des batailles inutiles. Il faut voir l?avenir. Il est évident qu?il faudra se mettre autour d?une table. Pour l?instant, nous accueillons toutes les suggestions. Après nous verrons ce qu?on peut appliquer. Rien n?est encore décidé sur le style d?école que nous allons opérer. Le critère social, l?option pour les pauvres est néanmoins une possibilité envisagée.? Son prédecesseur, Michael Atchia, s?est également exprimé : ?J?offre mes services comme facilitateur entre l?Eglise et l?Etat pour remettre à jour le MoU et le partenariat entre les deux parties. Quant au critère social proposé par l?État, le BEC l?applique déjà en partie. Deux des quatre critères pour l?admission, les ?hardship cases? et les ?low achievers?, prennent non pas les résultats en considération, mais la condition sociale. ?

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