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Cybertour le casse-tête
Trouver des locataires pour la cybertour d?Ebène tend à se transformer en loterie. Seul le hasard décidera. Pourtant, l?optimisme était encore de mise hier face aux 40 % de «réservations» des quelque 44 000 pieds carrés du bâtiment.
A environ un mois de son inauguration, seules quatre compagnies ont signé un contrat de location, explique la Business Parks of Mauritius (BPML). L?organisme responsable de la cybercité nie cependant qu?il y ait un blocage. Selon lui, tout se déroule comme prévu et la cyber tour, qui a coûté près de Rs 1,5 milliard, sera remplie.
Alors pourquoi la valse-hésitation à l?heure des signatures de contrats ? Et si ceux déjà contactés hésitent, pourquoi les nouveaux investisseurs tardent-ils à se manifester ? A ces questions, l?on évoque plusieurs raisons, qui varient selon les opérateurs. Et même si ces raisons peuvent être considérées comme des peccadilles, il en est autrement aux yeux des investisseurs.
Aux problèmes des prix des communications et des locations, ainsi que de la non-disponibilité d?une main-d??uvre qualifiée en abondance, sont venues s?ajouter des réticences de l?opinion publique, principalement française. Celles-ci ont trait à la délocalisation, à l?«outsourcing» et aux «manquements» imputables aux autorités mauriciennes.
«Il y a eu très peu de communication de la part des autorités autour de la cybercité, surtout comparée à l?ampleur du projet», affirme le directeur d?une grosse entreprise informatique de France. Son partenaire mauricien ajou-te : «On n?a pas su faire la commercialisation de ce produit. Je lis la presse informatique et aucun ne parle de notre cybercité. On a une très belle histoire à raconter et on n?a pas su le faire jusqu?ici.»
Cette «belle histoire», certains l?ont pourtant entendue. Mais ces investisseurs se retrouvent devant d?autres problèmes : la crédibilité de Maurice et la visibilité des entreprises qui s?y installent.
Une réputation à construire
Les entreprises européennes qui cherchent à délocaliser vers notre pays butent sur un premier problème. Leurs clients craignent une publicité négative car ils feront de l?«outsourcing» dans un pays étranger au détriment de leur main-d??uvre. Ces entreprises ont par ailleurs du mal à convaincre leurs clients qu?elles seront en mesure d?assurer le même niveau de service qu?auparavant avec les ressources humaines et les infrastructures de l?île.
Il faut dire que Maurice n?a pas encore la même réputation que l?Inde ou l?Irlande dans le secteur du Business Process Outsourcing ou du développement de logiciels. Le problème est aggravé, surtout pour les entreprises françaises, par le fait qu?il n?y a aucun organisme de certification dans le domaine du Capability Maturity Model (CMM) à Maurice.
C?est le cauchemar de l?investisseur français Gilbert Bonnet, de Proximity Indian Ocean, qui s?est implanté à Maurice depuis cinq ans déjà. «Ce qui fait la force de l?Inde, c?est qu?ils ont la certification CMM. C?est différent de l?ISO et c?est cette norme anglo-saxonne que mes clients ? en France comme en Belgique, en Grande-Bretagne ou en Allemagne ? exigent. Or, il n?y a à Maurice aucune firme qui puisse me certifier CMM.»
L?investisseur poursuit : «Cette norme va du CMM 1 au CMM 5. Si je veux me faire certifier, je dois faire appel à un certificateur étranger. Et pour passer du CMM 1 à CMM 2, cela coûterait Rs 750 000. Un investissement que les firmes ne sont pas prêtes à faire.»
Le prix de location de la cyber tour entre aussi en ligne de compte pour un certain type de clientèle que vise BPML, à savoir celles qui se spécialisent dans les centres d?appels. Gérard Sanspeur, directeur du Board of Investment (BOI) actuellement en Suisse, et qui rejoindra le Premier ministre Paul Bérenger et le ministre du Développement informatique pour une campagne de promotion en France, explique le phénomène : «Un des plus grands Call Centres, V line, qui vient de s?installer à Maurice, n?a pas choisi la cybertour pour une raison simple : le prix, de Rs 26 (US$ 1) par pied carré, est trop cher pour ce centre, qui ne fait pas beaucoup de valeur ajoutée. De fait, il a préféré s?installer à Goodlands, où il loue à beaucoup moins cher.»
Cette affirmation se vérifie sur le terrain. Infinity, un groupe français qui a signé un contrat de location pour la tour d?Ebène, affirme haut et fort que le Call Centre qu?il entend mettre en place est une entreprise à haute valeur ajoutée. Et pour arriver à ce résultat, tous ceux qui envisagent de s?installer à Maurice savent qu?ils devront former leur personnel. Mais le potentiel est là, surtout pour le BPO et les centres d?appel. C?est la mobilité de cette main-d??uvre qui pose problème.
Quelque 12 investisseurs français étaient l?an dernier en visite de prospection. Certains ont contacté des entreprises déjà installées, dont celle du Français Abel Bennour. «Vous aurez le même problème que moi, dit ce dernier. Vous formerez votre personnel à un coût très élevé et ceux-ci vous quitteront après pour d?autres firmes où ils seront mieux payés.»
Certaines firmes informatiques, dans le secteur des centres d?appels ou du BPO, ne sont carrément pas certaines de pouvoir obtenir le nombre de personnel requis pour opérer à grande échelle à Maurice. Elles hésitent à faire le pas.
Les pionniers de la cybercité
Chan Badhain, de la BPML actuellement en mission en Inde, négocie avec deux grosses sociétés indiennes en BPO, Mphasis et ICICI One Source. «Si l?une des deux accepte de s?installer à Ebène, le bâtiment sera complètement rempli», affirme-t-on à la BPML.
Devant la lenteur de la signature des contrats, Gérard Sanspeur garde son optimisme. «Il ne faut pas s?alarmer, dit-il. Même en Inde, les immeubles spécialisés en Technologie de l?informatique et des communications, comme notre cybertour, sont restés vides longtemps après leur ouverture. Celui d?Hyderabad, ouvert en 2001, n?était rempli qu?à 5 % et est resté ainsi pendant un an. Aujourd?hui, il est complètement rempli. A Maurice, cela a été le cas avec le centre informatique de La Tour Koenig. Resté inoccupé pendant longtemps, il est à présent rempli et les locataires cherchent aujourd?hui davantage d?espace.»
Ceux qui s?installent à la cyber tour sont des pionniers. Leurs performances donneront à Maurice le statut et la crédibilité qui lui font aujourd?hui défaut.
Pas de clients pour 70 % de la tour d?ébène
Les chiffres annoncés par la BPML indiquaient 48 % de réservation pour la cybertour. Celles-ci viennent de 16 compagnies, dont cinq françaises, deux joint-ventures France-Maurice et un autre Inde-Maurice. Sur la liste des réservations aussi, une compagnie canadienne, une autre sudafricaine et six sociétés locales.
Cinq de ces compagnies comptent opérer des centres d?appels, deux oeuvreront dans le BPO Financial Services, sept dans le BPO Human Resources et Back Office et deux dans le développement de logiciels.
Mais attention : ces réservations pourraient ne pas aboutir à une location ferme. La BPML n?est pour l?heure en possession que de quatre contrats signés, ce qui représente une occupation de 30 % de l?espace disponible sur ses dix étages.
Les centres d?appels et le BPO visés
La BPML cherche surtout pour son bâtiment hi-tech des clients engagés dans les centres d?appels et le BPO. Les développeurs de logiciels ne sont pas prioritaires pour le moment.
La raison de ce choix réside dans le fait qu?il sera très facile de former des détenteurs du HSC, voire même du SC, dans ces deux secteurs.
Cependant, certains investisseurs ? dont Cuan Brown, le directeur technique d?EISOS, développeur de logiciel britannique ? estiment que la cybertour est un ?jewel in the crown?. Selon eux, il doit y avoir un «bon mélange» d?entreprises dans le bâtiment.
Faire côtoyer centre d?appels et développeur de software est important pour assurer à ceux qui y travaillent des perspectives de carrière. «Un futur développeur qui passe un an dans un centre d?appels obtient une formation extraordinaire. Et c?est en côtoyant différents types d?entreprises pour faire naître des ambitions de carrière que Maurice se positionnera», dit-il.
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