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?Notre système éducatif appauvrit l?enfant culturellement?

18 janvier 2004, 20:00

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Existe-il des éléments qui participent directement au développement culturel de l?enfant ?

Pour le savoir, il suffit de voir la culture comme une entité qui englobe ses diverses structures. La famille apparaît alors comme la toute première. Ce qui conditionne l?entrée principale dans l?univers de la culture, c?est évidemment la possibilité d?éveil dans la cellule familiale. Si le style parental n?offre pas cette ouverture culturelle, par example lorsqu?un enfant ne voit jamais son père avec un livre ou dans une salle d?exposition, cela ira jusqu?à engendrer un déficit social chez l?enfant. Au sein même de la famille, il y d?autres facteurs, comme la télévision et la radio. Il y a danger, s?il n?y a pas de consistance. Par exemple, il faut se demander pourquoi la télé est toujours en marche à tel moment. Cela éviterait de faire de l?enfant un téléspectateur ou un auditeur qui subit.

Pensez-vous que la langue parlée dans la cellule familiale a une importance pour l?ouverture culturelle de l?enfant ?

Il ne faut pas oublier que la langue est intimement liée à la pensée. Le plus gros problème à Maurice consiste à croire que tous les enfants arrivent à l?école avec un même bagage. Or, dans certaines familles, le père parle en anglais avec ses enfants, et la mère en français, par exemple ou ils parlent l?anglais le matin et le français l?après-midi. Quand ces enfants-là font leur entrée à l?école, ils ont une avance parce qu?ils maîtrisent les codes linguistiques. Ils n?affichent pas de problème affectif contrairement à leurs camarades qui vont découvrir l?anglais et le français pour la première fois.

Faut-il donc encourager le bilinguisme ?

Le seul usage du créole constitue un repli sur soi, tandis que le bilinguisme constitue une ouverture vers d?autres cultures. Mais, il ne faut pas oublier tout de même que l?échec scolaire est lié au problème du langage. Notre pédagogie utilise l?anglais et le français comme des langues primaires : on enseigne l?anglais aux enfants mauriciens comme on l?enseignerait aux petits anglais, oubliant qu?il s?agit-là d?une langue secondaire. Il faut d?abord reconnaître l?anglais et le français comme langues étrangères et utiliser le créole comme outil pédagogique là où c?est nécessaire.

Est-ce à dire que notre système éducatif ne favorise pas la mise en place d?une base pour la culture ?

Il est évident que nous avons un système éducatif quelque peu lacunaire. Nos enseignants eux-mêmes sont le produit de ce système. Les enseignants stagiaires qui entrent en formation savent très bien, sauf en cas de force majeure, que leur emploi est acquis d?office, au bout de leur formation. En France, il faut réussir le concours. Ici, on ne cherche même pas à savoir si l?aspirant enseignant a le potentiel pour ce métier. Résultat : c?est un système qui porte sur le résultat et non sur les procédures. Les enseignants mettent en pratique ce qu?ils ont hérité. Ils limitent souvent leur rôle à l?accomplissement du programme avant la fin de l?année scolaire. Leur objectif majeur consiste à conduire leurs élèves aux examens.

N?est-ce pas la réussite qui compte après tout ?

C?est l?esprit qui règne actuellement. Pour l?enseignant du primaire, ce qui compte, c?est la réussite et non ce qu?il a mis en ?uvre pour réussir. Même les parents encouragent leurs enfants en leur inculquant des motivations étrangères, par exemple, en leur disant, ?si tu réussis, je t?offre un vélo?. En réalité, il faut que l?enfant trouve du plaisir dans l?apprentissage. Il doit apprendre par plaisir et non par obligation.

Est-ce que ce système pose un problème à l?enfant pour son entrée dans le monde de la culture ?

Evidemment. L?enfant doit retenir ses leçons pour les recracher à la fin de l?année. Il sait ce qu?il doit donner comme réponse, mais il ne sait pas pourquoi. C?est un système qui laisse peu de place à l?analyse, qui étouffe la capacité d?analyse chez l?enfant. Il l?appauvrit culturellement. Il faut utiliser une méthode inductive qui consiste à amener l?enfant à comprendre d?où vient la réponse. Cela développera son esprit d?analyse et de critique, indispensable pour devenir un acteur de la culture.

Ne pensez-vous pas qu?en primaire, c?est trop tôt pour éveiller la capacité d?analyse chez l?enfant ?

Pas du tout. En réalité le travail doit commencer au préscolaire, mais sous une forme différente. La mission principale d?une maîtresse à la maternelle, c?est de faire parler l?enfant, l?amener à dire ce qu?il ressent, à s?exprimer, à se socialiser. L?école maternelle doit développer l?empathie chez l?enfant. Au lieu de cela, ils font déjà le programme de Standard I. La maternelle est déjà un milieu déficitaire en forme sociale : l?enfant n?a pas eu l?occasion d?interagir. Cela aboutit forcement à un déficit culturel.

Entre pédagogie et pratique, il doit certainement y avoir un problème.

C?est vrai qu?il y a la théorie pédagogique et la pratique pédagogique. Au niveau de la théorie pédagogique, il y a le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. L?enseignant sait qu?il peut enseigner les mathématiques tout en enseignant la manière d?être. Mais dans la pratique, est-ce applicable dans une classe de 40 élèves ?

Que recommandez-vous pour éveiller l?intérêt de l?enfant pour la culture ?

Il faut introduire dans le primaire des ateliers d?art plastique, par exemple. Il faut mobiliser les artistes pour mettre en place ces ateliers. A Mahébourg, il y a un Centre de créativité. Mais, il faudrait répéter l?expérience ailleurs. Il faut aussi conduire des ateliers de lecture. Lire des histoires aux enfants pour leur donner le goût de la lecture mais aussi celui d?écrire. On peut aussi ramener des livres pour que les enfants les touchent. Il faut organiser davantage de sorties culturelles, comme visiter des musées, aller à des expositions d??uvres d?art et aller au théâtre. Il faut créer plus d?écoles de musique et de théâtre. L?art dramatique enseigne à l?enfant l?art à se mettre à la place de quelqu?un d?autre. Tout ça sert à développer la capacité d?appréciation chez l?enfant. L?entrée culturelle est doublement garantie, parce qu?il a déjà un pied dedans.

Propos recueillis par Vèle PUTCHAY

PORTRAIT

Vassen Naeck est ?Senior Lecturer? en psycho-pédagogie au Mauritius Institue of Education (MIE). Il a fait ses études universitaires en Sciences de l?Education à l?université de Strasbourg et vient de soutenir, à l?université de la Réunion, sa thèse de doctorat sur ?L?éducation cognitive en milieu scolaire : une expérience d?apprentissage cognitif auprès des jeunes enfants scolarisés en primaire à Maurice?. Ses travaux consistent à la mise en ?uvre d?un système pour augmenter les potentiels intellectuels des enfants.

Il est nommé responsable de la formation des enseignants qui seront nouvellement recrutés et va présenter au ministère de l?Education un projet pour la ZEP dans la région de Stanley (sa ville natale), Trèfles, et Camp-Lévieux. L?objectif consiste à rehausser le niveau des élèves. Il veut apporter une politique d?ouverture culturelle en développant un échange avec d?autres pays voisins comme La Réunion, Madagascar, les Seychelles et l?Afrique.

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