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?Je me sentais seule et délaissée?
Votre retrait de la compétition est subit. Est-ce une décision irrévocable ?
Oui. J?arrête définitivement. Quand je remettrai mon kimono après ma rééducation, ce sera pour le plaisir et pour garder la forme. Je remercie tous ceux qui m?ont soutenue durant les seize dernières années. Le ministère des Sports, la Coopération française, plus particulièrement Christian Marty, l?entraîneur français, Achène Goudjil, ma famille et mes amis de l?équipe nationale.
Vous arrêtez pour cause de blessure. De quoi s?agit-il exactement ?
Un chiropractien marocain hautement qualifié a diagnostiqué une lésion du sciatique. Des radiographies ont révélé que mon bassin s?était décalé et que j?avais un vertèbre déplacé.
Cette blessure vous condamne-t-elle vraiment ?
Non. J?ai besoin d?au moins un mois de repos complet. Mais d?ici là, le Tournoi de Paris sera terminé. C?est une compétition majeure comptant pour une qualification olympique. Je m?étais préparée pour ça. Il m?aurait été difficile de rattraper le retard. Psychologiquement, un retour me semble impossible. J?ai trop peur de me blesser à nouveau.
Vous n?aviez pas d?autres échéances après Athènes ?
Non. Il n?est un secret pour personne que je comptais arrêter après les Jeux olympiques. Il n?y a que les JO qui me retenaient sur le tatami.
<B>Cinquième en Afrique chez les -48 kg, vous étiez la Mauricienne la mieux placée pour aller en Grèce. Éprouvez-vous des regrets ?
Bien sûr. Les JO, c?était un rêve. Mais fonder une famille en est un autre. J?ai un bassin décalé. Je ne veux prendre aucun risque. Si je persiste, le problème peut s?aggraver.
Vous étiez pensionnaire du Centre international du judo africain qui regroupe les meilleurs judokas d?Afrique. Comment a réagi le directeur du centre, Hassen Ikhlef ?
Il a été très compréhensif. Je lui ai expliqué que c?est mon avenir qui était en jeu. Il m?a soutenue dans ma démarche et a informé la CONFEJES, qui m?avait accordé une bourse.
Vos échecs aux Jeux des îles et aux Jeux d?Afrique, l?année dernière, vous ont également démotivée, on l?imagine?
Ces deux échecs consécutifs contre la Malgache Randrilanaina m?avaient, certes, très affectée. Cependant, j?étais déterminée à me rattraper. C?est plutôt le manque de considération dont a fait preuve la fédération à mon égard qui a fait pencher la balance.
C?est-à-dire?
Durant toute ma carrière, je n?ai pu compter que sur moi. Je me sentais seule et délaissée. Avant chaque déplacement, je devais tout faire. Les billets et autres. J?ai été sacrée vice-championne d?Afrique en 2002. Une année s?est écoulée et je n?ai toujours pas reçu ma prime. La fédération de judo ne fait rien pour activer les choses. Et le comble, c?est que je ne suis au courant de rien. En décembre dernier, Yannick David et Mike Mounawah étaient en Corée pour un tournoi qualificatif pour Athènes. Je ne sais pas pourquoi je n?ai pas été choisie.
Votre départ, après ceux de Priscilla Chery-Lebon et de Marie-Michèle St-Louis-Durhône, porte un rude coup au judo féminin...
Certainement. Mais il y a la relève. Les jeunes ont beaucoup de travail à faire mais je suis confiante qu?elles pourront combler le vide.
Qui est la mieux placée pour vous succéder en -48 kg ?
Sévérine Sababajee est un bon élément. Mais il lui faudra beaucoup travailler.
Pensez-vous retourner au pays et débuter une carrière d?entraîneur ?
Entraîner à Maurice, je ne crois pas. Comme je vous l?ai dit, il y a trop de conflits. Mais un retour au pays est certain. C?est là où réside ma famille?
Achène Goudjil vous a déjà proposé d?entraîner au sein de son club, l?Escale Judo Club de Paris. Vous y pensez ?
Pas pour le moment.
Quels sont vos plans d?avenir ?
Dans l?immédiat, je projette de me rétablir de mes blessures aux côtés de mon fiancé. Le reste est à voir.
Un mariage est donc en vue...
Mon fiancé est italien, judoka également. Il me soutient énormément mais le mariage n?est pas pour tout de suite.
Seize années au plus haut niveau, ça laisse des souvenirs?
Comme tous les sportifs, j?ai connu des hauts et des bas. Ma plus grosse déception est d?avoir manqué la qualification olympique pour Sydney lors des Championnats d?Afrique d?Algérie. Les deux finalistes étaient qualifiées. Je suis sortie troisième. J?étais si près du but, mais bon. Autre moment marquant, c?est ma première médaille d?argent au niveau africain (Harare 95). J?en suis très fière.
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