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Parents cherchent coupables
La police aborde l?année 2004 avec quatre os au travers de lagorge. La mort de Tagoresing Sandoram et de sa petite amie Anshi Itoo à Bassin-Blanc le 11 novembre 2002 ainsi que la disparition mystérieuse de Mahadev Seeboruth et de Rookaya Bibi Hassenjee le 10 avril 2002 sont des affaires qui restent en suspens. Deux autres cas sont venus s?ajouter à cette liste l?année dernière. Le 25 janvier 2003, Ackmez Aumeer, alors âgé de 9 ans, se faisait enlever à Camp Chapelon. L?enquête n?a rien donné jusqu?ici. C?est la colère parmi les parents des victimes qui pointent du doigt la police et la justice.
L?affaire Nadine Dantier semble également être en suspens. Moins de deux mois après le viol et le meurtre de cette jeune étudiante le 25 juin dernier à Albion, la police arrêtait Marcelin Azize qui passe aux aveux, puis revient sur ses déclarations. Les enquêteurs misent alors sur ce qu?ils appellent de solides « scientific evidence ». En clair, ils comptent sur les résultats des tests ADN effectués en Afrique du Sud. Or, plus de quatre mois après l?envoi des prélèvements à un laboratoire sud-africain, les résultats se font toujours attendre. Le mystère le plus épais entoure ces fameux résultats. La police préfère se taire et se contente de déclarer que les résultats ne sont pas encore disponibles. Entre-temps, l?enquête piétine. Le portable que la victime avait en sa possession et qui aurait été volé par son agresseur n?a également pas été retrouvé.
Devant cette situation, Marcelin Azize a de nouveau clamé son innocence en cour où il comparaissait le 16 décembre dernier pour que sa détention provisoire soit prolongée. Le retard dans les analyses ADN est devenu le cheval de bataille de son avocat, Me Rama Valayden. Celui-ci réclame la libération de son client et a fait assigner l?adjoint au commissaire de police, Tangavel Seerungun, pour s?expliquer sur les échantillons d?ADN qu?il a déposés en Afrique du Sud.
La tournure prise par cette affaire devait provoquer la colère du père de la victime. De fait, aucun parent des victimes dans les affaires non-résolues ou en suspens ne s?est résigné. Ils sont animés d?une grande colère face à la lenteur des enquêteurs et cherchent par tous les moyens à résoudre eux- mêmes l?affaire. Cela les mène souvent au bord de la folie.
Nazleen s?attend au retour de son fils
Ainsi, à Camp Chapelon, on dit que le couple Aumeer est devenu fou. Depuis plus de six mois, mari et femme visitent les lieux les plus retirés du pays. Ils font ça depuis que Nazleen, la mère d?Ackmez, a vu son fils en rêve.
« J?ai vu mon fils dans mon rêve. Il était dans un endroit retiré. Il y avait un bois et des champs de cannes, le chemin menant vers ce bois n?est pas asphalté et une rivière court dans la région. C?est là que se trouve mon fils », dit Nazleen qui n?en a cure si ses voisins la prennent pour une folle.
Elle ne démord pas. « Mon fils est toujours vivant », dit-elle. Et d?ajouter : « Mo remercie dimoune ki fine enleve li là, car li pé donne li ene bouchée manger tous les jours. Mo espéré qui li gagne ene sentiment pou ça piti là et ki li largue li ça l?année-là.»
Si elle ne cesse de solliciter la police, elle a perdu tout espoir depuis que le principal enquêteur dans cette affaire, Das Joganah, a été transféré à la prison. Nazleen est aussi une mère en colère.
En colère pas seulement contre la police. «A chaque fois, les enquêteurs me disent : non madame, péna nanien. C?est de la routine pour eux. Ils comptent et ont toujours compté sur nous pour des indices. Ils ont perdu l?acte de naissance et les vêtements de mon fils que je leur avais remis. Ils disent qu?ils ne retrouvent plus rien. Est-ce comme ça qu?on mène une enquête?», s?interroge Nazleen. Nazleen s?insurge aussi contre le gouvernement.
« Dans Parlement, Jugnauth ti dire ki enlevement mo garçon li lié à ene zaffaire la drogue. Menti. Mo mari van banane et moi mo reste dans la caze, mais nou pena nanien pou faire avec la drogue. Zotte aussi dire ki li ene vengence familiale. Bé pena nanien dans l?histoire de mo famille ou famille mo mari ki capave justifier ene vengence.»
?Enlevé par erreur?
Nazleen n?exclut pas l?hypothèse que les ravisseurs se soient trompés sur l?identité de son fils. « Li ti vivre la plupart so lé temps avec so tonton, et li ti appelle so tonton papa. Capave fine ena erreur».
Et à la mère éplorée de nous questionner : «Quel type de haine peut-on avoir dans son c?ur pour enlever un enfant de neuf ans ?» Elle ne comprend plus rien et s?en remet à Dieu. Elle part dans quelques jours pour la Mecque en compagnie de son mari.
C?est avec une question que le père de Tagoresing Sandoram accueille aujourd?hui les journalistes. C?est un homme désemparé depuis la mort de son fils, retrouvé au fond de Bassi Blanc en compagnie de sa petite amie, Anshi Itoo (17 ans) en novembre 2002.
Cette affaire avait donné lieu à une divergence entre deux courants de pensée au sein de la police. Certains favorisaient la thèse du suicide. D?autres optaient pour la thèse du meurtre, dans la mesure que le rapport du médecin légiste indiquait que les deux amants étaient morts d?une fracture du crâne. L?enquête a été réorientée à la demande du commissaire de police, mais n?a donné aucun résultat.
Le père de la victime, Tekraj Sandoram était aux Casernes pas plus tard que la semaine dernière. Il compte relancer les enquêteurs la semaine prochaine.
«A chaque fois ki mo dire zotte ki pas possible qui mo garçon ek ça tifi la fine suicidé ek ki pena nanien la-bas pou ki zotte gagne ene fracture crane, la police dire moi pas cause ça. Zotte conne kik soze ki zotte pé casiette moi.» Et pour prouver que son fils n?avait nullement l?intention de mettre fin à ses jours, le père de Tagoresing n?hésite pas à dresser une liste de ses faits et gestes. Il garde l?espoir de découvrir un jour la vérité sur cette double mort.
Chez les Seeboruth, on a perdu tout espoir de retrouver Mahadev Seeboruth. Même si son cadavre et celui de Rookaya Bibi Hassenjee n?ont été pas retrouvés depuis leur disparition à Pomponnette.
L?oncle de Mahadev, Prem Seeboruth, ne peut dissimuler ses larmes. Il finira par exploser et entre deux sanglots, il lâche : « Mo pé souffert, mo lé c?ur fer mal, mais ki mo capave fer divan ça la justice et ça la police à deux vitesse ki nou éna dans pays là. Mo ene ti dimoune moi et mo pas capav fer nanien » Et d?ajouter « Mo pas pou retrouve Mahadev, jamais pas pou retrouve sa garçon là. Pas pou conné ki fine arrive li à cause ça justice à deux vitesses là.»
Mahadev Seebooruth, orphelin de père, travaillait à la tour de contrôle de Plaisance alors que Rookaya Bibi Hassenjee était fonctionnaire. La voiture de Mahadev dans laquelle celle-ci avait pris place avait été retrouvée en avril 2002 à Pomponnette. Depuis, on n?a plus entendu parler de ce couple et l?enquête policière n?a guère avancé. Ont-ils été tués ou emportés par la houle. Affaire classée ?
La police affirme qu?aucun dossier n?est définitivement classé. L?enquête, ajoute-t-elle, peut être relancée même dix ou vingt ans après les faits. Mais cette attente est insupportable pour les parents.
2004 : l?année des dénouements
Plusieurs affaires restées longtemps en suspens devraient connaître leur dénouement cette année. Il s?agit de l?affaire de la rue Gorah-Issac, l?affaire Vanessa Lagesse, l?affaire Dayal, l?affaire Air Mauritius , l?affaire Choonee et l?affaire MCB-NPF, entre autres. L?appel de député et avocat Dev Hurnam, condamné par la cour intermédiaire, sera, quant à lui, entendu en toute urgence les 26 et 27 janvier prochains par la Cour suprême.
A la demande du Directeur des poursuites publiques (DPP), la cour de Mapou a initié une enquête préliminaire pour déterminer s?il y a un prima facie case dans l?affaire Vanessa Lagesse.
On parlera aussi cette année encore de l?affaire de la rue Gorah Issac. Liyyakat Polin sera dans le box des accusés pour avoir tiré les coups de feu occasionnant la mort des activistes PTr-MMM à la rue Gorah-Issac.
La cour de district de Port-Louis entendra, quant à elle, l?accusation provisoire logée contre les principaux accusés dans l?affaire Air Mauritius, dont son ex-directeur, Harry Tirvengadum.
Quant à Raj Dayal, ex-commissaire de police blâmé par une commission d?enquête et accusé de malversation, il connaîtra le verdict de la cour intermédiaire cette année.
Dans l?affaire de l?ex-ministre Choonee, la police indique avoir terminé l?enquête et remettra sous peu le dossier au DPP.
On s?attend à un verdict très rapide à la fin de ce mois dans l?affaire Hurnam. L?avocat avait été trouvé coupable, l?année dernière, d?avoir fabriqué le 5 mai 2000 avec son client, Soobashin Bholah, un alibi. Il aurait voulu ainsi entraver l?enquête policière sur le hold-up perpétré la veille à la State Bank de Grand-Bois. Il avait été condamné à six mois de prison.
L?affaire MCB-NPF reste cependant un point d?interrogation. La semaine dernière, un des enquêteurs de cet organisme, l?inspecteur Dawoodharry a déclaré au magistrat de la cour de district que le dossier concernant Pierre-Guy Noël, sera remis au DPP ce mois-ci.
Dans le cadre de son enquête, l?Independent Commission against Corruption (Icac) a déjà interrogé 54 personnes. Toutefois, dans les milieux du barreau, on indique que sans le témoignage de Teeren Appasamy, toujours en Grande-Bretagne, on voit difficilement l?Icac boucler son enquête.
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