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Année décisive pour le textile
Nous y sommes. Il ne reste plus que 362 jours à l?industrie textile pour se préparer à affronter le démantèlement complet de l?accord multi-fibre prévu pour le 1er janvier 2005. Les effets de l?abolition des quotas se sont déjà fait sentir. La contraction de la croissance de l?industrie d?exportation enregistrée en 2002 et 2003 n?est pas une coïncidence.
En parallèle, la formidable expansion des exportations chinoises ébranle les industries textiles de pays aussi développés que les Etats-Unis et même de l?Europe. A tel point que les Américains ont dû recourir à la réintroduction des quotas sur certaines catégories de vêtements importés de Chine. L?abolition des quotas placera les producteurs locaux en concurrence avec des pays tels que la Chine, l?Inde, l?Indonésie et le Vietnam, qui ont tous des coûts de production inférieurs aux nôtres. L?exercice, qui est déjà en marche, sera bouclé en janvier 2005, ce qui présage une concurrence exacerbée pour les industriels locaux.
Les points de vue divergent sur l?impact de cette ouverture des marchés. Les plus optimistes, tels qu?Ali Parkar, le directeur de Star Knitwear, soutiennent que les producteurs locaux sont déjà en concurrence avec les pays à faibles coûts de production. Il estime que la différence de prix avec les meilleurs producteurs chinois est de 10 % seulement. Il est vrai qu?avec l?initiative Lamy, des pays comme le Bangladesh bénéficient déjà d?un accès Duty Free et Quota Free sur le marché européen.
«Ceux qui survivent déjà, survivront»
Le Bangladesh, où les prix sont de 30 à 40 % moins chers qu?à Maurice, a déjà occasionné beaucoup de mal à l?industrie locale, ce qui fait dire à certains qu?il ne faut pas s?attendre à de grands bouleversements en 2005. Le mal a déjà été fait et ceux qui survivent survivront.
Les marchés américain et européen, qui représentent deux tiers des importations textiles mondiales, seront ouverts à tous. Première implication de l?abolition des quotas : les acheteurs auront un plus grand choix de sources d?approvisionnement.
Une étude du département du commerce des Etats-Unis indique que les acheteurs réduiront de moitié leurs sources d?approvisionnement en 2005-2006 et d?encore un tiers en 2010. Cela indique que ceux-ci concentreront leurs achats sur un ou deux pays producteurs. L?étude tend donc à démontrer qu?on a tort de penser que les acheteurs ne mettront pas tous leurs ?ufs dans un seul panier et qu?ils voudront disperser les risques.
Les avis sont néanmoins partagés sur la question. François Eynaud, directeur de Tropic Knits, estime lui que les usines chinoises ou bangladaises ont atteint leur pleine capacité de production. Les acheteurs devront aussi chercher ailleurs. De plus, les meilleurs producteurs chinois ont tendance à relever leurs prix, ce qui énerve déjà les acheteurs américains et européens.
Le secrétaire général de la Chambre de commerce et de l?industrie, Mahmood Cheeroo, estime pour sa part que d?autres grands importateurs textiles auront tendance à imiter les Etats-Unis pour prendre des mesures de sauvegarde restrictives contre les exportations chinoises.
Le prix n?est pas la principale considération des acheteurs. Si des pays producteurs tels que l?Inde, le Sri Lanka ou le Pakistan ont fait d?énormes progrès en terme de respect des délais de livraison, Maurice peut encore se battre sur ce terrain car notre réputation est bien établie.
Dans la conjoncture actuelle, la taille de l?industrie et des entreprises importe plus que jamais. Il est d?ailleurs symptomatique de constater qu?une entreprise aussi importante qu?Arvind Mills envisage de doubler ses capacités de production à Maurice. Son usine de jeans augmentera sa capacité, qui passera de 1 million à 2,1 millions d?unités.
L?initiative a du sens car ce qui comptera désormais, c?est la masse critique nécessaire pour servir les acheteurs. Ceux-ci ne se déplaceront pas pour un produit unique. Ils veulent trouver en un endroit toute la gamme de produits dont ils ont besoin.
Arnaud Dalais, le P.-d.g. du groupe Ciel Textile, a raison de se positionner comme un « one stop shop » pour les vêtements. Dans cette logique, il est dommage et inquiétant pour l?industrie textile locale, de perdre l?apport considérable des pro- ducteurs hongkongais, qui sont des multinationales de réputation mondiale.
Investir pour survivre
La taille est importante en termes de capacités d?offres. Mais ce n?est pas le seul critère pour se donner une chance de survie. Depuis quelque temps, les milieux de l?industrie et du gouvernement mettent beaucoup l?accent sur les « niches market » et la flexibilité des petites et moyennes entreprises (PME). La vraie question est de savoir si des PME auront les moyens de se battre à armes égales sur le plan international.
La capacité des entreprises à générer suffisamment de profits pour continuellement réinvestir dans l?outil de production est cruciale. L?opportunité de s?approprier les dernières technologies est également vitale. La véritable question est de savoir si les PME seront équipées pour le faire.
Il n?est pas étonnant de constater qu?une entreprise comme la Compagnie mauricienne de textile (CMT) génère un demi-milliard de bénéfices. Elle a en effet toujours investi dans la modernisation et la technologie. Les investissements effectués en amont paient aujourd?hui des dividendes.
Mais le problème majeur de l?industrie textile est justement son manque d?argent. La restructuration entreprise par la Textile Emergency Support Team est sans doute importante. Pour certains néanmoins, il est peut-être déjà trop tard. Il leur reste 362 jours pour prouver le contraire.
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