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A la recherche d?un équilibre
Dans le rétroviseur
DES événements économiques de 2003, la tenue à Maurice du forum de l?African Growth and Opportunity Act (AGOA) aura constitué une première inoubliable. C?est la raison pour laquelle le premier regroupement des faits d?actualité me semble devoir être sous le thème du commerce international. Cet événement nous rappelle surtout que le grand marché des Etats-Unis peut s?ouvrir davantage à une multitude de produits manufacturés venant de Maurice, et que nous devons faire preuve d?imagination, d?innovation et de savoir-faire pour saisir cette chance.
En septembre, survient l?échec de la réunion ministérielle de Cancun. Depuis, l?Organisation mondiale du commerce (OMC) est en panne, avec pour conséquence que les grands pays industrialisés se hâtent de conclure des accords bilatéraux de libéralisation du commerce (par exemple, les Etats-Unis avec Singapour) ou régionaux ? telle la création d?une zone de libre-échange des deux Amériques, d?ici à 2005.
Dans la conjoncture, Maurice devra plus que jamais s?accrocher à l?une ou l?autre des organisations régionales dont elle est membre, notamment le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) et la Southern African Development Community (SADC). Un tel positionnement revêt toute une importance stratégique dans le cadre des discussions entamées depuis septembre 2002 entre les Etats du bloc Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) et l?Union européenne (UE) en vue d?Accords de partenariat économique (APE), comme prévu par l?Accord de Cotonou.
Le deuxième thème à retenir est celui de la croissance économique. A Maurice, le taux est descendu à 4,4 % (contre une moyenne de 5 % durant les cinq dernières années), sous la pression, entre autres, d?événements internationaux de taille tels que la guerre d?Irak et le tassement de la croissance mondiale. Sans doute faisons-nous encore bonne figure en regard de la croissance économique mondiale de 3,2 % en 2003, ou de celles des Etats-Unis (2,6 %) et de la zone euro (0,5 %).
Mais, compte tenu de l?ouverture de notre économie, notre taux de croissance dépend beaucoup de la demande pour nos produits, laquelle est tributaire de la croissance des pays riches. Ces pays, où se situent nos principaux marchés, constituent aussi notre réservoir de touristes haut de gamme. Sans compter que nous avons besoin de leurs investisseurs pour le financement de notre infrastructure, l?alimentation de nos services financiers extra-territoriaux et le démarrage du secteur des technologies de l?information et des communications (TIC).
Si les Etats-Unis donnent des signes certains de reprise, la zone euro est beaucoup plus lente à se remettre en route. Ces événements-là sont fort significatifs et requièrent toute notre attention, au même titre que l?articulation entre l?euro et le dollar. Maurice important davantage en dollars qu?en euros et exportant davantage en euros qu?en dollars, la baisse relative du dollar américain en 2003 a donc diminué le coût de nos importations avec des effets bénéfiques sur l?inflation et les coûts de production. Simultanément, le renchérissement de l?euro a renfloué les caisses de nos industries d?exportation, ce qui, entre autres, a apporté une bouffée d?oxygène à certaines entreprises de zone franche qui avaient jusque-là beaucoup souffert. Nous devons reconnaître que nous avons bénéficié d?une situation exceptionnelle, « the best of both worlds ». Sachons, de même, nous préparer au tarissement de cette manne !
Notre troisième thème a trait à la réglementation du secteur financier, dont il faut reconnaître l?importance, au vu du détournement de sommes très importantes au sein de la première banque commerciale du pays, événement qui a occupé les devants de l?actualité durant toute l?année. Rappelons que tout un arsenal législatif est déjà en place depuis 2001, allant du Companies Act au Prevention of Corruption Act en passant par le Prevention of Terrorism Act. Cette année, la loi anti-blanchiment a été encore renforcée, le souci des autorités étant d?adopter les pratiques internationales les plus récentes et les plus sophistiquées dans le but de répondre à la pression de l?Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) et de la Financial Action Task Force (FATF) des pays riches, (dont certains malheureusement, comme l?État de Delaware aux Etats-Unis, ne pratiquent pas ce qu?ils prêchent).
Les effets de ces lois se font déjà sentir, notamment à la douane, à la police et dans le milieu bancaire. Le secteur corporatif devra, lui, se conformer à un nouveau code de bonne gouvernance à partir de juillet 2004.
Rappelons aussi qu?une étude d?évaluation des risques d?instabilité du secteur financier mauricien, menée conjointement par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, a retenu trois principales faiblesses : la concentration sectorielle des prêts bancaires, l?endettement grandissant du secteur public et, en troisième lieu seulement, la possibilité d?abus de l?offshore par des blanchisseurs. Ce qui indique qu?il n?y a pas que la réglementation qui compte. Il faut encore étudier l?impact de la politique économique pratiquée par le pays sur la bonne marche du système financier dans son ensemble.
De la politique économique au budget national, notre quatrième thème, il n?y a qu?un pas. Comme chaque année, nous avons eu droit à une longue présentation chiffrée, accompagnée de déclarations d?objectifs socio-économiques à atteindre. Ce qui a déçu, c?est le manque de volonté politique à suivre la voie pourtant déjà annoncée d?une réduction du déficit budgétaire à 3 % en 2005-2006. Pendant ce temps, l?endettement public poursuit son ascension à hauteur de Rs 100 milliards, soit l?équivalent de deux-tiers du produit intérieur brut. Il est risqué de réduire ainsi notre marge de man?uvre, notamment pour la maîtrise du taux d?intérêt et pour l?investissement productif. Pendant ce temps, le chômage suit une courbe ascendante, avec toutefois un rythme atténué de croissance annuelle depuis trois ans.
Dans ce budget, l?accent a été mis sur le besoin de restructuration des secteurs-clés de l?économie. Vingt ans après l?ajustement structurel que nous avons dû entreprendre pour sortir de l?ornière des années de gaspillage (la décennie 1970), nous voici de nouveau au pied du mur. Nos ?vieilles? industries (sucre, manufactures pour l?exportation et pour le marché local?) sont fortement menacées par un environnement international de plus en plus compétitif et ne pourront plus, d?ici à une décennie dans la plupart des cas, se prévaloir encore de filets de protection. Il faut donc s?adapter. C?est là un message qui sous-tend le discours prononcé par le ministre des Finances, le 9 juin dernier.
Le dernier thème est celui des espoirs, ces événements qui permettent d?entrevoir des progrès réels de nos activités à venir. La libéralisation des télécommunications est un fait majeur à signaler, même s?il faut regretter les délais associés à sa réalisation, tant il est difficile de déloger Mauritius Telecom d?un terrain qu?il a longtemps occupé tout seul.
Il y a aussi des signes favorables du côté de la cybercité et des activités d?externalisation des services (Business Process Outsourcing). Les avis de postes informatiques vacants à Maurice chez le géant indien Infosys en témoignent.
Espoir aussi pour les activités extra-territoriales du global business, à la suite de la décision finale de la Cour suprême de l?Inde de reconnaître à des compagnies résidant à Maurice le droit de bénéficier des dispositions du traité fiscal Inde-Maurice. Cela devrait relancer, dans une certaine mesure, la canalisation à travers Maurice des investissements étrangers en Inde.
Espoir enfin après le symposium de la Chambre d?Agriculture à l?occasion de son 150e anniversaire. Après la récente décision de construire une centrale électrique au charbon uniquement dans le Sud du pays, il était bon d?entendre des déclarations officielles sur le maintien d?une politique d?énergie basée sur l?utilisation de la bagasse en association avec le charbon. L?accent sur la nécessité de favoriser l?agribusiness des produits autres que le sucre mérite aussi d?être souligné.
Vision d?avenir
C?est en suivant les cinq thèmes pré-cités que nous évoquerons des conditions susceptibles d?assurer à notre République un avenir économique porteur et favorable.
Mises à part les âpres luttes à mener avec le tandem UE-ACP et avec les Etats-Unis (extension de l?AGOA), nous devrions sérieusement étudier l?impact sur notre commerce international de l?expansion de la Chine. Alors que le commerce mondial stagnait de 2000 à 2002, celui de la Chine croissait de 30 %. La Chine est appelée à devenir le moteur principal de l?économie mondiale. Des études doivent êtres menées en vue d?identifier, d?une part, des niches susceptibles de favoriser des exportations mauriciennes de biens et de services vers la Chine et sa diaspora, et d?autre part des possibilités de coopération notamment en matière d?investissements et d?aide. De telles actions sont déjà menées par rapport à nos relations économiques avec l?Inde. Elles méritent non seulement d?être poursuivies mais aussi d?être étendues à la Chine et au Sud-Est asiatique.
De plus, nos ressources naturelles demandent à être mieux exploitées en vue d?assurer la croissance économique du pays.
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Des problèmes sociaux, découlant de l?instabilité et de la violence dans les familles et dans la société, créent de nouvelles poches de pauvreté. Ces problèmes doivent être attaqués de front et résolus. Au cas contraire, c?est la mise en valeur et l?épanouissement du potentiel humain qui vont en pâtir.
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Tout doit être mis en oeuvre pour assurer la formation des jeunes, dans le cadre des services que nous voulons pouvoir exporter, notamment pour les TIC. Ce sera un processus long et lent. En attendant, toute attitude protectionniste est à déconseiller. Accueillons sans rechigner des opérateurs venus d?ailleurs dont le double rôle sera d?aider au démarrage des TIC et à la formation, sur le tas, des jeunes diplômés mauriciens. Il y va de l?amélioration bien nécessaire de la productivité de nos facteurs de production.
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La zone économique exclusive de l?archipel que constitue notre République est très vaste. A maintes reprises, nous avons eu l?occasion de rappeler l?importance de mieux l?exploiter, notamment à travers la pêche. Il est heureux que le gouvernement et le secteur privé soient maintenant d?accord pour constituer une plaque tournante de la pêche dans notre port franc, et ce dans un contexte de développement régional. La concrétisation de ces bonnes intentions est primordiale.
En ce qui concerne le thème de la réglementation, la voie de la bonne gouvernance a été tracée. Il reste maintenant à l?emprunter. Dans le concret, cela se traduit par une réaffirmation claire et nette du principe et de la pratique de la séparation des pouvoirs (judiciaire, législatif, exécutif). Dans le même temps, le quatrième pouvoir (les médias) aurait avantage à se doter d?une constitution d?autorégulation, gage de l?exercice de la liberté d?expression dans les responsabilités.
L?exercice de bonne gouvernance et de transparence concerne tous les Mauriciens. Pour cela, il ne suffit pas de voter des lois, dont certaines sont parfois inadaptées à notre pays parce que copiées trop hâtivement. Il faut un changement d?attitude et de comportement et il appartient à la classe politique de ce pays de nous donner l?exemple. Autrement, les institutions de ce pays continueront à pécher par inefficacité et à freiner le développement socio-économique.
Un autre objectif prioritaire est l?assainissement des finances publiques. Le déficit du budget national doit être maîtrisé afin de réduire les risques d?un déséquilibre macro-économique, surtout en temps de crise. Se limiter à l?horizon d?un an pour élaborer un budget, c?est passer sous un silence coupable bien des enjeux et courir vers la catastrophe. Il serait souhaitable de mettre en place un organisme, indépendant du ministère des Finances, qui serait chargé d?évaluer les dépenses et revenus budgétaires à long terme et le faire connaître à l?administration et aux citoyens de ce pays.
Un exemple suffira pour justifier le bien-fondé de cette proposition : le vieillissement de la population occasionne déjà une hausse des pensions de retraite d?année en année. Que des chiffres soient clairement établis et communiqués à la population, ce qui permettra de discuter objectivement des enjeux pour la fiscalité et l?âge de la retraite, et plus globalement, pour le financement de l?Etat-providence.
Il ne pourrait y avoir de regard vers l?avenir sans ces quelques espoirs qu?il nous est permis d?entretenir, à savoir :
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que Maurice puisse s?approvisionner bien davantage en produits alimentaires de Rodrigues et de Madagascar. Ce serait une win-win solution pour les trois îles. Une éventuelle participation de La Réunion et des Seychelles viendrait renforcer les liens institutionnels constitués par la Commission de l?Océan Indien.
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que les nouveaux secteurs de service ? tourisme, offshore et TIC ? tout en évoluant selon leur rythme propre, puissent opérer en synergie pour mieux tirer parti des opportunités qui se présentent.
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et qu?enfin le marché du travail soit dynamisé par une législation adaptée au nouveau profil de l?économie, en remplacement de celle, désuète, qui est source de rigidité et de montée du chômage, comme le démontre un récent document de travail du FMI (Mauritius: Unemployment and the Role of Institutions, par McDonald et Yao).
Formulons donc le souhait que se réalisent les diverses conditions énumérées ci-dessus en vue de la poursuite du développement de notre pays.
Que le marché du travail soit enfin dynamisé par une législation adaptée au nouveau profil de l?économie, en remplacement de celle, désuète, qui est source de rigidité et responsable de la montée du chômage.
Pierre Dinan
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