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L'anne du reveil

27 décembre 2003, 20:00

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L?année du réveil? Le sport est le poumon d?une nation et certainement l?activité qui a eu le plus de succès pour renforcer nos liens d?amitié, de compréhension et de sens patriotique. En plus d?être une activité physique, le sport, à n?importe quel niveau, est essentiel pour façonner le caractère de l?homme, développant en lui sa force, sa personnalité, sa générosité et le sens du fair-play.

<B>L?héritage du passé</B>

Il ne faudrait pas oublier nos grands sportifs d?hier, qui nous ont tracé une voie royale dans cette partie de l?océan Indien. Leurs exploits et leur combativité, ont fait honneur à notre île, laissant un héritage riche et combien difficile à gérer. Notre pays, je ne cesse de le répéter, possède un réservoir de talents qui ne demande qu?à être exploités. Nous avons chroniquement besoin de multiples centres de formation, et, ceci, pour chaque discipline. La régionalisation est une décision courageuse ? mais il faut aussi régionaliser les esprits, ce qui donnerait un sens d?appartenance à ces entités. Pour concrétiser ce projet, Souillac est aussi important que Curepipe, la Gaulette que Port-Louis, et ainsi de suite. N?oublions pas Rodrigues de Milazar, ou Mangalkhan de Buckland.

N?oublions pas que la majorité de notre population a moins de 18 ans, l?âge de la découverte dans le vrai sens du mot. Cette jeunesse n?aspire qu?à être encouragée, à être soutenue afin qu?elle puisse s?épanouir et être partie prenante de son environnement.

<B>La communion nationale</B>

Deux heures du matin n?étaient pas trop tard pour vibrer au son du pistolet, libérant nos purs-sangs de leur cale de départ dans les épreuves du 200 et 400 mètres au championnat du monde à Paris cet été, les vestes rouges pointaient honorablement en sortant du dernier virage et tout Maurice retenait son souffle. Nous manquions le podium d?un cheveu, mais la fierté de voir nos représentants en finale d?un championnat aussi prestigieux, a non seulement propulsé notre pays au rang des grands de l?athlétisme, mais a surtout démontré clairement qu?à force de travail, d?abnégation, de persévérance et d?un bon encadrement, les sommets ne sont pas insurmontables. Les retombées sont multiples. Ces deux garçons sont des exemples à citer aux jeunes. Ils représentent cette jeunesse saine, respirant la santé, compétitive certes, mais combien noble dans leur attitude. À ce niveau, c?est du grand art. Etant donné que leur carrière s?ouvre devant nous, nous espérons que vous allez ouvrir la voie à d?autres Buckland et d?autres Milazar.

Merci, Messieurs, pour nous avoir fait vibrer d?émotions et de patriotisme ? que d?autres prennent exemple.

À ce propos, j?aurais souhaité voir plus d?encouragement et plus d?accent donnés aux sportives. Bien entendu, nous avons Marine Giraud, Stéphanie Domaingue, Martine Hennequin et notre équipe de volley-ball, sans oublier nos championnes de badminton et autres athlètes de Cross Country et marathon.

Il serait salutaire de voir plusieurs représentantes dans chaque discipline, que ce soit en athlétisme ou dans des épreuves d?équipes. Là encore, la formation commence très tôt. On ne fait pas un champion à l?âge adulte.

<B>Le mythe de George V</B>

Le stade George V, le Wembley de l?île Maurice, le temple de notre football. Tant de grands joueurs de la trempe d?Eusebio, de John Charles et d?autres internationaux étrangers ont foulé cette pelouse ? le plus beau tapis vert de cette partie de l?océan Indien. Le jardin sacré de «Lolo».

J?évoque avec émotion toutes ces rencontres internationales auxquelles j?ai eu le privilège de participer. Tout particulièrement celles pour le compte de la Coupe Africaine des Nations. La petite île Maurice, grande de courage et de ténacité, se mesurant aux grands de l?Afrique, le Kenya, la Zambie, pour ne citer qu?eux. Nous avons vécu des moments très forts.

Tous ces souvenirs me rapprochent de mes équipiers d?antan ? les Régis Jean, les Robillard et Gallet ? et les individus dont José Desvaux, Guy Kenny, Robert de Maroussem, René Pilot, etc.

La liste serait trop longue si j?avais à les nommer tous. J?ai une pensée particulière pour mes aînés et pour ceux qui nous ont suivis, mais n?ayant pas été des leurs, je ne peux que les saluer.

<B>Tant de défis</B>

Souhaitons que ce fut simplement le fait du hasard que notre équipe de Maurice traversât une zone de turbulence, occasionnant une perte de vitesse, que ce soit sur le plan local ou international. Nous fûmes pendant très longtemps l?équipe-phare de notre région, le point de mire de nos adversaires. Ces derniers se sont restructurés en ce qu?il s?agit d?encadrement, de techniciens patentés avec facilité d?entraînements, de terrains avec éclairage pour les sessions nocturnes.

Péniblement mais sûrement, Maurice se réveille. Nous revoyons l?éclosion de nouveaux talents et l?équipe nationale forme un bloc soudé, retrouvant une motivation et une envie de faire du beau jeu.

Allez Maurice ! Et le nouveau stade George V vibre sur ses nouvelles fondations, toute la communauté sportive hurle son enthousiasme à la victoire de notre équipe en finale des Jeux des Iles 2003.

Sur cette lancée, nous rétablissons notre prestige sur le continent africain en faisant un match exceptionnel contre l?équipe nationale ougandaise, une des meilleures équipes d?Afrique.

Les dirigeants de notre sport national doivent mettre tout en ?uvre pour que cette renaissance ne soit pas éphémère. Que d?autres talents se manifestent, que nos stades se remplissent de spectateurs enthousiastes, que l?ombre de nos grands champions d?hier plane sur les générations à venir ? comme l?Anglais le dit si bien, Champions never die.

Il y a des événements comme cela qui ont le mérite de souder une nation. Que ce soit des événements à effet négatif ou ceux à effet positif, ils apportent toujours leur part de bienfait.

Prenez le cyclone par exemple ? et Dieu sait si Maurice en a connu ? sitôt les bourrasques éloignées, sitôt la nouvelle qu?aucun avertissement n?est en vigueur, les Mauriciens sortent de leurs caches pour peser l?ampleur des dégâts. Là il n?y a plus blanc, ni rouge, ni noir, ni vert. Il n?y a plus ni grand, ni petit, ni riche, ni pauvre ? un seul peuple autour d?un dénominateur commun, une calamité qui engendre le courage dont a toujours fait preuve le Mauricien, le vrai.

<B>JIOI : la grande leçon</B>

Les Jeux des Iles de l?océan Indien ont été ce catalyseur à effet positif pour le bienfait de notre nation. Le dénominateur ne fut pas, détrompez-vous, le nombre de médailles qu?il fallait remporter, mais le succès de toute l?organisation dans son ensemble. Fallait-il que l?organisation fût confiée à des compétents et elle le fut. Dès lors, intelligemment orchestrée, les Jeux des Iles dépassèrent le simple cadre de l?exploit sportif pour enfiévrer la nation tout entière. Et chacun, à sa manière, selon son intérêt, y fut concerné.

Allez Maurice ! Non pas allez remporter des médailles, bien que le résultat ne pût aucunement être négligé, au contraire. Imaginez un peu l?île Maurice terminant ces jeux avec seulement quelques médailles, n?aurions-nous pas souffert ? Ces Jeux des îles furent une sorte de pyramide où la base était cet engouement de la nation et le sommet le résultat sportif, le nombre de médailles. Allez Maurice !... dans votre accueil fraternel aux sportifs des pays voisins. Allez Maurice !... tous dans une même direction. Et ça a marché !

Voyez ces écoliers, ces écolières qui chacun à leur manière, chacun selon son talent, décoraient les murs des villes et des villages pour marquer ces jeux. L?île Maurice avait fleuri !

Bien entendu, la nation toute entière vibrait un peu plus à chaque fois que l?hymne national retentissait pour marquer une médaille d?or. Il fallait qu?il en soit ainsi ? nos meilleurs sportifs ont fait parler d?eux. Tous les Mauriciens, tous, ont «pipé» pour eux. N?avons-nous pas retrouvé à la télévision un ministre des Sports aphone ! Aujourd?hui, ils ont cette lourde responsabilité de continuer à être des exemples sur le stade pour la génération qui monte.

Alors quand a sonné la fin des jeux, quand l?arbitre a ramassé son sifflet, quand le starter a rangé son pistolet, on a entendu comme un écho sans cesse recommencé ? fier d?être Mauricien !

<B>Sauver notre jeunesse</B>

Notre jeunesse a besoin qu?on s?occupe d?elle. Cette jeunesse, qui chaque jour que Dieu donne, est agressée par des fléaux, les uns plus percutants que les autres, les uns plus dangereux que les autres. Cette jeunesse qui évolue dans un environnement aujourd?hui totalement pollué. Pollué par l?alcool et la cigarette, pollué par la drogue, oui surtout la drogue, qu?elle soit dure ou qu?elle soit douce, pollué par la pornographie et la prostitution, pollué enfin par la corruption qui s?institutionnalise, et par la violence.

Où qu?elle se retourne, cette jeunesse, elle doit affronter ces fléaux : en classe, dans la rue, en boîte de nuit, devant le téléviseur, devant l?ordinateur, et que sais-je encore ! Est bien fort celui qui s?en sortirait sans une égratignure car il a devant lui un ennemi de taille, motivé par sa majesté l?Argent.

Je ne suis pas de ceux qui croient qu?en organisant des conférences et des colloques sur ces sujets, en dressant des banderoles ? si belles soient-elles ? en travers des routes, en érigeant des monuments à l?entrée des villages, en écrivant de belles lettres dans les journaux, nous arriverons à régler ce dangereux problème de notre jeunesse, nous arriverons à créer un environnement plus sain pour elle.

Je suis de ceux qui sont persuadés, voire convaincus, qu?il existe une arme ? parmi d?autres bien sûr ? efficace que nous nous devons de donner à notre jeunesse si nous voulons qu?elle livre bataille et qu?elle gagne la guerre : c?est le sport ! Non pas le sport comme nous en voyons à la télévision, où l?homme se surpasse tous les jours, mais où ces fléaux guettent. Non, le sport avec toutes ses lettres de noblesse, où l?on apprendra dès leur plus jeune âge à nos sportifs à gagner sans arrogance ou à perdre avec le sourire.

Eveillons au maximum l?intérêt de nos enfants pour le sport, afin que ce jeune ne puisse demain rien nous reprocher, nous ses aînés, et qu?à notre tour, nous puissions lui dire un jour : alors te voilà un homme mon fils !

Nous revoyons l?éclosion de nouveaux talents et l?équipe nationale de football forme un bloc soudé, retrouvant une motivation et une envie de faire du beau jeu. Les dirigeants doivent tout mettre en ?uvre pour que cette renaissance ne soit pas éphémère.

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