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Les hiéroglyphes, une lecture du monde égyptien
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Les hiéroglyphes, une lecture du monde égyptien
La Pierre de Rosette découverte en 1799 par un officier français de l?armée d?Egypte est, on le sait, à l?origine du déchiffrement des hiéroglyphes. Celle-ci permit la lecture de la terre égyptienne dans la vastitude de ses pierres, celles des pyramides, des temples, des statues?
L?empereur Théodore 1er, dans la mouvance, au IVe siècle après Jésus-Christ, de la religion chrétienne devenue prépondérante, décrète en 391 la fermeture de tous les temples païens de l?Empire. Avec, pour conséquence imprévue, la perte de compréhension de l?écriture hiéroglyphique. Qui, à cette époque était bien vivante, malgré le nombre restreint, en Egypte, des fidèles des dieux et déesses antiques.
En 1799, fut découvert à Rosette, ville d?Egypte sur la branche ouest du Nil près d?Alexandrie, un fragment de stèle de basalte noir, gravé en hiéroglyphes, en démotique et en grec, d?un décret de Ptolémée V. (Démotique : se dit d?une écriture cursive de l?ancienne Egypte, couramment utilisée à partir du VIIe siècle avant J.-C.). ?Les savants qui accompagnent l?armée de Bonaparte réagissent immédiatement : cette Pierre de Rosette, dont les trois écritures correspondent visiblement à trois versions d?un même texte, doit leur donner la clef de l?écriture hiéroglyphique.? (A la recherche de l?Egypte oubliée ? Gallimard)
C?est en 1822, qu?après des années d?une recherche acharnée, Jean-François Champollion trouve l?indispensable clé. Et la vie illuminée est rendue aux signes mythiques et mystiques, ces écritures endormies sous les âges.
Parallèlement à Champollion, d?autres spécialistes des langues orientales cherchent : Young, l?Anglais, Akerblad le Suédois, et Sylvestre de Sacy, le Français. Ils possèdent tous quatre une copie de la pierre. Young incarne le rival redoutable de Champollion. Comme lui, génial. Et précoce. Il connaît le grec, le latin, le français, l?italien, l?hébreu, l?arabe, le persan, l?araméen, le syriaque, le turc, l?éthiopien. Et il n?a que 14 ans !
C?est l?obsession de Champollion, sinon sa fixation, qui le sauvera. Young, lui, tout en poursuivant ses recherches en linguistique, étudie la médecine, qu?il pratique. La botanique et la physique l?intéressent tout autant. Il est d?ailleurs célèbre pour ?sa théorie de la propagation ondulatoire de la lumière.? (La Course au déchiffrement des hiéroglyphes ? Gallimard).
Un obstacle majeur se dressera sur la voie des chercheurs. Tous se demandent si l?écriture égyptienne est idéographique (chaque signe évoquant une idée), ou phonétique (chaque signe correspondant à un son). Champollion conclue qu?elle est à la fois idéographique et phonétique. Ses déplacements redoublés dans les villes-clés, Turin, Aix?, où il peut avoir accès à des documents de haute importance, et son déchiffrement multiplié des papyrus, le confortent dans sa découverte.
Comme on l?a vu, le texte grec de la pierre concernant le décret susmentionné du roi Ptolémée V laissait déjà comprendre, à la découverte même de la Pierre, qu?il était la traduction des deux autres. Champollion le sait. Il est de coutume, dans la version hiéroglyphique, d?encadrer d?un cartouche un nom royal. Le nom du pharaon doit donc s?y retrouver, signalant sa royauté. Le grec Ptolemaios lui ouvre la brèche. Il découvre à la fois le cartouche de Ptolémée et celui de Cléopâtre. La bataille est gagnée. Il dresse l?alphabet hiérogliphique. Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion officialise sa découverte. L?Egyptologie est née.
Impressions
La saisissante Pierre de Rosette
Au musée égyptien du Caire, elle est placée en un lieu stratégique. La légendaire Pierre de Rosette fait face à l?entrée principale, là où le visiteur doit faire son choix. Aller tout droit, ou à droite, ou à gauche, et commencer sa visite au rez-de-chaussée. Ou encore prendre l?escalier pour explorer d?abord le premier étage. Selon ce que chacun, de toutes nationalités, de toutes terres et eaux, est venu chercher dans cet espace de mémoire par excellence. Selon ce que ce passé restitué suscite au fond de soi de mystère. Selon sa propre quête.
Mais, aucun choix n?est possible. En ce qui nous concerne. Cette pierre génère une telle énergie qu?elle nous aimante, au-delà de l?entendement immédiat. Comme par un charme. Ses caractéristiques visuelles graphiques sont prenantes. A croire que toute l?histoire de l?humanité s?y était concentrée, intense et saturée. Au pouvoir de déclencher une puissante expérience synesthésique. En émane une expression spirituelle unique. L?émotion suscitée est telle, que le tête à tête pourrait éveiller un certain doute. S?agit-il seulement d?une réplique de la pierre originale ? Qui, elle, nous le savons, se trouve au British Museum de Londres.
Il est de ces rendez-vous avec la vie qui ne trompent pas. L?on sait, pour l?avoir vécu mille fois, que certaines forces se concertent pour mettre en place des rencontres souhaitées, aussi singulières soient-elles, propres à notre développement. Le saisissement causé par la rencontre avec cette pierre vient illustrer, sinon concrétiser, la réponse à l?attente intérieure irrépressible. Au point de nous avoir dicté, quatre ans plus tôt, la sculpture réalisée dans le basalte natal, notre Pierre de Rosette personnelle. Et là, dans ce musée du Caire, face à cette pierre venue du fond des âges, habitée de glyphes surannées, indéchiffrables en cette heure, se précise ? plus que la petite graine de nos gênes venue du Nil ? une certitude plus vaste : celle que les trésors de la terre égyptienne appartiennent à toute l?humanité.
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