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« Maurice est l?un des pays les plus mal gérés au monde »

27 décembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

> Quand avez-vous su que vous alliez gagner la partielle ?

Dès le début de la campagne électorale.

> C?est une réponse un peu bateau?

Non. Lors des premières réunions, la joie que j?ai vue sur les visages des gens qui nous accueillaient m?a fait comprendre que nous avions affaire à un gouvernement très impopulaire. J?ai su que nous n?allions pas avoir de difficultés pour cette élection. Les gens que je rencontrais me disaient souvent qu?ils travaillaient pour l?alliance gouvernementale uniquement pour avoir un avantage financier ou un emploi. Certaines personnes m?ont affirmé qu?on leur avait promis telle ou telle chose et que si elles ne les obtenaient pas, elles changeraient de camp.

> Vous avez récemment déclaré que ce n?est pas l?opposition qui a gagné la partielle, mais que c?est le gouvernement qui l?a perdue. Pouvez-vous expliquer cela ?

Le rôle du gouvernement était de tenir les promesses faites dans son programme : réduire le chômage, le déficit budgétaire, la dette publique et augmenter l?investissement. Il a échoué totalement et c?est à cause de cela qu?il a perdu.

> Mais l?opposition n?a-t-elle pas simplement profité d?une conjoncture qui n?a pas permis au gouvernement d?honorer ses engagements ?

Non. Dans une démocratie le rôle de l?opposition est de contrer le gouvernement. Ce dernier prétend qu?il veut faire de Maurice l?un des pays les mieux gérés au monde. Je pense plutôt que c?est un des pays les plus mal gérés les plus corrompus de la planète. Nous avons beaucoup régressé dans le social. Nous n?avons pas que des petites poches de pauvreté ça et là, le problème s?est généralisé.

> Le gouvernement explique que cette défaite ne change rien à sa politique?

Le Premier ministre a récemment dit qu?il savait qu?il allait perdre alors que, pendant la campagne, il était certain de gagner. En faisant cela, il insulte son candidat et les électeurs de la circonscription. Il a aussi dit que les résultats de cette élection ne changeaient rien. Je ne crois pas qu?il peut tenir un tel langage. Cette élection partielle ne peut être ignorée.

> Quand le gouvernement explique que les fruits de sa politique ne seront visibles qu?à la fin de son mandat, vous dites que ce n?est qu?un prétexte?

Pour évaluer la performance d?un gouvernement on suit ses réalisations. Le Premier ministre actuel, a été ministre des Finances pendant les 36 derniers mois. Pendant ce laps de temps la dette publique a augmenté d?un milliard de roupies tous les mois. Va-t-il pouvoir corriger cela ? Ces résultats du gouvernement ont démontré qu?il ne peut pas gouverner.

> On entend surtout les critiques de Parti travailliste contre le pouvoir, mais on ne l?entend pas dire ce qu?il fera dans le concret pour redresser la situation?

Le rôle du Parti travailliste est pour le moment de contrer le pouvoir. Il faut nous donner le temps de faire ce travail. Quand nous serons en campagne pour les élections générales, nous présenterons notre programme. Nous avons déjà des idées et des projets. Navin Ramgoolam a, par exemple, dit ce que nous pourrions faire pour le Nord du pays : il a proposé d?y construire un aéroport. Nous voulons faire de Maurice ce que Hong Kong est pour l?Asie. Nous voulons faire de ce futur aéroport un pont vers l?Afrique.

> Étant dans l?opposition, arrivez-vous à vous faire une idée plus juste de la situation et à recevoir plus facilement les doléances ?

Je n?ai pas reçu de doléances, j?ai vécu les problèmes des gens avec eux. J?ai même vu des personnes qui ne mangent pas à leur faim. Voilà l?île Maurice en 2003.

> On peut se demander quelle a été l?importance des candidats vu que la partielle a fini par ressembler à une bataille de chefs?

Ce n?est pas une question de personnes. Bien sûr, l?intégrité du candidat est importante. Malheureusement il y a eu des taches sur le candidat du camp adverse. D?abord, il n?a pas voulu admettre qu?il était un candidat du MMM. Ce n?était pas acceptable. Puis, il y a eu certaines allégations contre lui. Moi j?ai été encadré par une équipe formidable qui a organisé 450 réunions en 75 jours. C?est là que l?on réalise l?importance d?un leader. Cela demande beaucoup de coordination, et c?est cet aspect qui fait du Parti travailliste un grand parti.

> Vous avez donc fréquenté la circonscription pendant 75 jours. Qu?avez-vous découvert et quelles sont les spécificités de cette circonscription ?

D?abord c?est un joli jardin. Et on y trouve des gens bien sous tout rapport. Ils sont accueillants, charmants, modestes mais souvent pauvres. Voilà la réalité de cette circonscription. Cela m?a bouleversée. C?est peut-être pour cela que je ne parais pas très heureux après ma victoire. Nous avons gagné une élection sur la misère des personnes. Ma victoire est le reflet de l?étendue de la misère qu?il y a à Maurice aujourd?hui. Là où je suis allé j?ai vu des cas d?indigence. Tout cela n?a rien à voir avec l?île Maurice moderne ou la Cybercité.

> Donc, eu égard à ce que vous avez vu dans la circonscription, sur quoi porteront vos premières questions au Parlement ?

J?ai envie de demander aux ministres de quel droit ils y sont allés avec leurs voitures de fonction pour s?assurer que leurs agents aient assez d?alcool et de cigarettes et qu?ils ne soient pas privés d?eau et d?électricité. Tandis que des villageois n?ont ni eau ni électricité en plein centre de Rivière-du-Rempart.

> Quels seront les autres débats dans lesquels vous serez actif au Parlement ?

L?éducation est un domaine que je connais plutôt bien. Ma famille est dans l?éducation depuis 1956, date à laquelle mon père a fondé le collège Basdeo Bissoondoyal. Je peux apporter ma contribution à ce débat et je mettrai l?accent sur l?éducation.

> Maintenant que vous êtes député, comment envisagez-vous de poursuivre votre carrière politique ?

Je dois d?abord apprendre ce qu?un député doit faire et bien connaître le fonctionnement du parlement en étudiant les standing orders de l?Assemblée. J?essaierai aussi d?être le porte-parole de ceux qui m?ont élu pour faire prendre conscience de la situation qui existe à Piton-Rivière-du-Rempart. Je serai payé pour faire un travail et je compte bien mener ma tâche à bien. Pour ce qui est de l?avenir, j?y penserai plus tard. Pour le moment je veux apprendre à être un bon député.

> Serez-vous candidat aux prochaines élections générales ?

C?est au leader du Parti travailliste d?en décider.

> On parle déjà de vous comme le Shadow Minister of Education de l?opposition?

Il n?est pas approprié de parler de ces choses maintenant. Je dois d?abord être un bon député. Pour l?instant, je ne fais pas de projection dans l?avenir, car tout cela concerne plutôt mon leader. C?est lui qui décide.

> Quelle importance a cette victoire pour votre parti. L?a-t-elle remis sur les rails ?

Chaque parti a des hauts et des bas. Le PTr est né en 1936, dans la souffrance des travailleurs et c?est le plus grand parti de Maurice. Il est à la base des développements à Maurice. Alors, on ne doit pas se dire que c?est maintenant qu?on refait le Parti travailliste. Il est bien ancré dans le paysage politique et a des milliers d?adhérents. Une partielle ne refait pas l?image d?un mouvement politique, qui a existé et qui existera toujours à l?avenir.

> On a souvent dit que vous êtes différents des autres travaillistes, qu?en pensez-vous ?

Nous parlons tous le même langage et nous avons la même vision pour l?avenir du pays. Le Parti travailliste veut que tout le monde vive bien et nous ?uvrons tous pour atteindre le même objectif. Chacun apporte ses idées et sa pierre à l?édifice.

Propos recueillis par Rabin BHUJUN

« Là où je suis allé j?ai vu des cas d?indigence. Tout cela n?a rien à voir avec l?île Maurice moderne ou la Cybercité. »

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