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Vache folle : les importateurs bloquent le boeuf américain
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Vache folle : les importateurs bloquent le boeuf américain
Les Américains se seraient bien passés d'un tel cadeau de Noël. La découverte du premier cas de vache folle, mardi, dans une ferme au nord-ouest du pays risque de porter un coup sévère à la puissante industrie bovine et à l'économie américaine dans son ensemble. A cela s'ajoute une blessure d'amour-propre, car au plus fort de la crise de la vache folle en Europe, au milieu des années 90, les Etats-Unis ne s'étaient pas privés d'appliquer des sanctions à l'encontre du Vieux Continent, assorties de quelques commentaires condescendants.
La Maison-Blanche, les lobbies agroalimentaires et autres chaînes de restauration n'ont pas ménagé leurs efforts pour minimiser l'impact sur les consommateurs et les marchés d'exportation. «Nous ne pensons pas qu'il y ait de risque ou bien un risque très négligeable pour la santé humaine», a répété Ann Veneman, le secrétaire américain à l'Agriculture, en référence au lien possible de cette maladie avec la forme humaine de Creutzfeldt-Jakob. Avant d'ajouter : «Malgré cette découverte, nous continuons à avoir confiance dans notre sécurité alimentaire.» La ferme dont est issu l'animal atteint d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a été mise en quarantaine.
Las ! Depuis deux jours, la polémique enfle et les réactions négatives s'enchaînent, mettant en péril une filière qui pèse quelque 175 milliards de dollars et représente 1,4 million d'emplois. Les plus grands acheteurs de boeuf américain, le Japon, le Mexique et le Canada en tête, ainsi que plusieurs autres pays, comme la Malaisie, la Russie ou encore la Corée du Sud (quatrième importateur mondial) ont immédiatement décrété un embargo temporaire, au nom du principe de précaution. Un manque à gagner considérable s'il s'inscrit dans la durée : le seul Japon, par exemple, totalise 32 % des exportations américaines. Les Etats-Unis, par la voix de leur ambassade à Tokyo, ont d'ailleurs solennellement demandé aux autorités nippones de reconsidérer leur position.
De son côté, l'Union européenne a déclaré surveiller «de près» la situation. Mais elle n'envisage pas de nouvelles restrictions sur des importations de viande bovine américaine déjà réduites en raison de la méfiance à l'égard du «boeuf aux hormones».
Les marchés américains ont réagi à la baisse. En première ligne, les chaînes américaines de restauration rapide dont l'action a chuté mercredi à Wall Street. Le titre McDonald's a perdu 5,2 %. Une mauvaise nouvelle pour le numéro un mondial de la vente de hamburgers, en proie à de sérieuses difficultés, et qui vient d'ailleurs de nommer un nouveau P.-d.g. pour entamer une cure de restructuration sur le marché américain. Ses concurrents Wendy's et autres Burger King ont subi le même sort. Preuve que l'inquiétude croît dans les milieux économiques, l'agence de notation financière Standard and Poor's (SP) a révisé, de stable à négative, la perspective des notes de dette d'une demi-douzaine de chaînes de restauration et entreprises agroalimentaires américaines.
Les géants du fast-food planchent déjà sur des campagnes de communication percutantes pour convaincre les consommateurs de ne rien changer à leurs habitudes, eux qui mangent en moyenne 30 kg de viande par an. Ils comptent pour ce faire sur le concours des autorités qui, à l'image du président de l'Institut de la viande américaine, J. Patrick Boyle, se contentent de faire de la pédagogie en précisant que ce cas «ne présente aucun risque pour les consommateurs car l'agent infectieux de l'ESB ne se trouve pas dans les muscles du boeuf comme les steaks et autres».
Les échantillons prélevés sur l'animal malade, dont certains ont été envoyés par avion militaire vers des laboratoires britanniques, ont parlé. Le vétérinaire en chef du ministère de l'Agriculture, Ron DeHaven «considère que cette approbation est une confirmation de notre conclusion qu'il s'agit d'un cas d'ESB». Des tests supplémentaires doivent être menés. Impossible toutefois de savoir, d'ici là, si ce cas est isolé ou non.
En attendant, nul ne peut dire si les Américains vont céder à la panique. Pour John Stauber, coauteur d'un livre alarmant sur le sujet, Mad Cow USA, le cauchemar ne fait que commencer. Sur les chaînes de télévision américaines, il a ouvertement critiqué, hier, le fait que les Etats-Unis ne pratiquent pas un dépistage systématique, comme c'est le cas en Europe, sur les animaux abattus avant qu'ils ne soient livrés à a la consommation.
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