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Ce qui change

22 décembre 2003, 20:00

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CE N?EST pas une surprise. Analysant objectivement les données de l?élection partielle,?l?express? avait estimé que l?opposition travailliste ne pouvait perdre cette bataille. Une fois n?est pas coutume, rappelons notre propos du 5 octobre, au démarrage de la campagne électorale : ?Si la logique électorale est respectée, ce parti (le Parti travailliste) devrait remporter ce siège dans une circonscription en réalité plutôt rouge, que seul le charisme personnel d?Anerood Jugnauth a pu faire vaciller. Jugnauth parti, à moins d?une grosse surprise, les rouges devraient normalement récupérer ce siège.?

Ce qui est fait. La première interprétation que l?on peut donner est que, précisément, la logique électorale a été respectée. Le rapport de force politique reste relativement stable. Le résultat ne traduit pas un renversement notable de tendance même s?il va fragiliser la majorité.

La démarche de Pravind Jugnauth tendant à faire de cette joute un duel entre lui et Navin Ramgoolam nous avait paru dès le départ comme un pari politique très risqué. Du coup le leader du MSM est la principale victime de l?opération. Le contexte de l?élection ne favorisait nullement les desseins de la majorité.

Les causes de la défaite annoncée étaient pourtant faciles à identifier. Il y a d?abord l?histoire politique et la géographie sociale de la circonscription. Elles démontrent que le corps électoral est fondamentalement divisé et que les travaillistes y ont une assise qui ne s?est jamais démentie. Les rouges réalisent cette fois 50,7 % de voix, leur candidat Hookoom faisait 54,8 % aux dernières législatives. L?alliance MSM-MMM récolte 42,6 % des suffrages, ses deux candidats élus, Meenowa et Yerrigadoo, avaient fait une moyenne de 48,8 % en septembre 2000.

Sur cette toile de fond historique est imprimé un motif ethnopolitique dessiné par le contexte politique de l?ascension de Paul Bérenger au poste de Premier ministre. La campagne travailliste a été incisive sur ce plan ciblant Bérenger autant que le ?grand capital?? sous-entendu blanc ? que Bérenger est censé protéger.

C?est injuste mais éminemment efficace dans certains milieux. C?est d?autant plus injuste d?ailleurs que le Parti travailliste ne représente pas, sur le fond, une politique économique alternative. Parce qu?il n?y en a pas.

Il y a enfin la conjoncture socioéconomique. La perception populaire est que la situation se dégrade. A écouter le nouvel élu Rajesh Jeetah, qui a fait une excellente campagne, ce sont surtout les problèmes socioéconomiques qui ont motivé le vote sanction de l?électorat. C?est le prix que paie généralement le pouvoir dans une partielle. L?opposition a beau jeu de critiquer la vie chère et le taux de chômage sans devoir démontrer comment elle pourrait mieux faire.

Dans ces conditions, les couacs de la campagne de l?alliance MSM-MMM ont seulement amplifié l?écart prévisible.

Le problème maintenant posé est que la marge politique et économique du gouvernement ne permet aucune initiative d?envergure susceptible de l?aider à surmonter les handicaps du moment. Il est condamné à poursuivre la même politique en espérant les retombées positives à temps pour l?épreuve décisive dans deux ans. La pire des réactions serait la tergiversation ou la léthargie.

Revigoré, le Parti travailliste a néanmoins ses propres contradictions à gérer. Le discours qui a fait gagner à Piton-Rivière-du-Rempart est électoralement déficient au plan national. Ramgoolam le sait qui recommence, dans son discours de remerciements hier, à parler d?unité nationale? De plus, pour apparaître à nouveau comme une alternative crédible, le Labour devra abandonner certaines de ses postures les plus démagogiques et faire la démonstration d?une compétence gestionnaire qui lui est déniée par ses adversaires et une bonne partie de l?électorat.

Pour les uns et pour les autres, ce qui a changé ne change rien. Ce qui changera d?ici 2005 ne va rien devoir à ce qui a changé hier.

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