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Les gardiens de Chamarel
Nou Natir Sa. Trois mots pour résumer la relation passionnelle unissant les frères Célérine, fondateurs du groupe Natir, à Chamarel. Titre aussi de leur cinquième album qui sort aujourd?hui. Titre explicite : ne touchez pas à notre nature. La bande à Eric, Toto, Neville Célérine a parlé. Ou plutôt chanté leur opposition à un développement non-réfléchi et trop rapide de leur région. Car, il n?y a pas de Natir sans Chamarel.
«On a toujours habité à Chamarel,» explique Eric Célérine. «C?est notre source d'inspiration. Il faut la préserver.» Et de renchérir : «Nous surveillons l?évolution de la situation. Dans Chamarel, maintenant, montagne apé défriché. Longtemps, ti gagne pli bon l?air, pas ti éna la sécheresse.» La voix douce d?Eric Célérine change. La colère est là, son sourire a disparu. Il suffit de jeter un regard autour de soi pour comprendre.
Il vit littéralement au coeur de Chamarel. Pour accéder à sa maison, il faut un guide, en l?occurrence Bruno Raya alias Master Kool B et co-producteur de Nou Natir Sa. La famille Célérine a toujours vécu à Chamarel. C?est avec fierté qu?Eric Célérine nous montre l?étendue du très vaste terrain familial, qui se mesure en arpents. Sans se rendre compte que sa famille tient là une véritable mine d?or.
Natir, propriétaire terrien : ce n?est pas une utopie. On est tenté de se moquer de ces nouveaux riches, dont les villas sont serrées, en rang d?oignons, sur les flancs dénudés de la montagne à Tamarin.
La maison d?Eric Célérine est nichée au creux d?un ravin verdoyant. La pente pour y accéder est abrupte. Le soleil a du mal à se frayer un chemin dans les branches des arbres, formant une voûte naturelle. Les bruits de la route qui nous a conduits jusque-là, n?ont pas droit de cité. Plantes et arbres fruitiers s?épanouissent. Car, en temps normal, la plupart des membres du groupe vaquent à leurs occupations : jardinier, laboureur, éleveur de poulets.
Nature généreuse
Natir ne peut donc pas se passer de la terre ? Fougères, fleurs, papayes, bananes, fruits à pain, goyaves de Chine et autres légumes y poussent : on voit que la nature est généreuse. Et Natir la lui rend bien. «Ena trop bizness. Le développement proposé pour Chamarel n?est que touristique. Il n?y a pas de développement pour nos jeunes. Le tourisme va provoquer la destruction de la nature. Ce que je dis est valable pour toute l?île Maurice. Le développement va trop vite,» poursuit-il.
Entre-temps, d?autres membres de Natir nous ont rejoints : Toto Célérine, Dick, Rodo. Toto Célérine est fasciné par la pochette de son nouvel album. «Pou nou, sa ?» demande-t-il, presque incrédule. Un lion majestueux terrasse de ses griffes acérées, des bulldozers qui s?attaquent à des arbres. La dominance rouge, jaune et verte est symbolique. «Li dans nou natir pou préserve la natir,» le chanteur rasta explique posément. «Nous sommes très cool mais quand il faut élever la voix, nous le faisons. Nou Natir Sa, c?est un message qui s?adresse directement aux autorités.» La présence sur ce cinquième album d?une reprise de Chamarel, n?est pas innocente. Et voilà, tout simplement, la profession de foi de ces artistes, qui se revendiquent «citoyens de Chamarel».
Cette fidélité envers cette terre natale n?a d'égale que leur dévouement à leur musique. C?est l?autre combat de Natir qui fêtera, en 2004, leurs vingt-cinq ans d?existence. Pour faire connaître leur musique, Natir accepte, le temps de concerts, de tournée, de promotions, de quitter Chamarel. D?être infidèle à cette terre nourricière.
Un exil temporaire vécu comme un combat, comme une épreuve. Leurs dreadlocks de rastas leur causent souvent du tort. «Pas tou place, ki rastas accepté,» rappelle Toto, «la musique nous oblige à affronter le regard des autres. Nou content, nou pas content, nou bizin fer li.» Chaque sortie ressemble donc à une épreuve, mais disent-ils, tous, quel bonheur ensuite de revenir au bercail. «On se bat hors de Chamarel, dans la ville. C?est notre mission» explique Eric Célérine, « mais on revient se ressourcer à Chamarel.» Chassez donc le naturel, il reviendra toujours au galop... surtout dans l?univers de Natir.
Lancement officiel de Nou Natir Sa
Rendez-vous le samedi 27 décembre au Round Midnight
(Trianon) pour le lancement officiel de Nou Natir Sa. Le groupe donnera un concert live n direk. Nou Natir Sa est la première co-production OSB Co. Ltd et Studio Scorpio. «Le travail s?est fait main dans la main,» reconnaissent tous les membres de Natir. Ils ont été consultés sur tous les aspects de fabrication de ce cinquième album. «Pou ki la musik sérié, bizin coopération et l?amitié,» explique
Toto Célérine. Une coopération à vérifier sur la scène du Round Midnight, la semaine prochaine. Les billets sont disponibles à Rs 100 (achat à l?avance) chez Ghetto Boutik (Roches-Bois), Pro DJ Music (Grand-Baie), Otentik Vibes (Rose-Hill), Vade Retro (Trou aux Biches/Surinam) et Dodo Music (Mahébourg). Les billets seront en vente à Rs 150 le jour du concert.
par Marie-Noëlle Elissac
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