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Ariel Sharon bétonne sa paix
Dans un discours très attendu prononcé, jeudi 18 décembre, à Herzliya, près de Tel-Aviv, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a menacé les Palestiniens de leur imposer un «plan de séparation» dans un délai de «quelques mois». Il a indiqué que ce plan comporterait un «redéploiement de colonies», autrement dit le démantèlement de certaines d?entre elles, qu?il n?a toutefois pas nommées, afin de «réduire le plus possible le nombre d?Israéliens situés au coeur de la population palestinienne».
Il a aussi annoncé qu?Israël allait, dans le cadre de ces mesures unilatérales, «considérablement accélérer» la construction très controversée de la ligne de séparation en Cisjordanie.
Ariel Sharon a commencé par réaffirmer avec force que l?Etat hébreu était prêt à appliquer la Feuille de route, le dernier plan de paix international, qui prévoit la création d?un Etat palestinien d?ici à 2005, le qualifiant de «plan clair et raisonnable». Ce plan oblige notamment les Palestiniens à mettre fin à la violence des groupes armés et l?Etat hébreu à stopper la colonisation dans les Territoires et à démanteler toutes les colonies sauvages créées depuis l?arrivée au pouvoir de Sharon, en mars 2001.
Ariel Sharon a souligné «l?importance suprême de toutes mesures qui permettraient de progresser vers la résolution du conflit avec les Palestiniens». Mais, a-t-il ajouté, «si les Palestiniens ne font pas un effort similaire pour parvenir à une solution du conflit, je n?ai pas l?intention de les attendre indéfiniment».
«Si dans un délai de quelques mois les Palestiniens continuent de ne pas tenir leur rôle dans l?application de la Feuille de route, alors Israël lancera des mesures sécuritaires unilatérales de séparation d?avec les Palestiniens», a-t-il dit. Il a assuré que ce «plan de séparation» était «une mesure sécuritaire et non politique», à savoir qu?il aurait pour but «de réduire le terrorisme autant que possible et de donner aux citoyens israéliens le niveau maximum de sécurité».
Les colonies qui seraient «redéployées» sont celles «qui ne seront pas incluses dans le territoire de l?Etat d?Israël dans le cadre d?un possible accord permanent à l?avenir», autrement dit celles qui, de par leur isolement et leur enclavement en territoire palestinien, ne pourraient en aucun cas être annexées à Israël.
Mais dans le même temps, Israël «renforcera son contrôle sur ces zones de la Terre d?Israël [Israël et les territoires palestiniens] qui constitueront une part inséparable de l?Etat d?Israël dans n?importe quel accord futur», a-t-il dit, évitant toutefois soigneusement de prononcer le mot d?annexion.
«Une proposition pour la guerre»</B>
Les Palestiniens ont réagi avec colère à l?allocution d?Ariel Sharon. «Ce n?est pas une proposition pour la paix, c?est une proposition pour plus de guerre et plus d?attentats et plus d?isolement (...) contre le peuple palestinien», a jugé le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Chaath. L?Autorité palestinienne a réagi en qualifiant ce plan d?«inapplicable». «Le désengagement dont il parle doit se faire selon des bases politiques et non pas sécuritaires et conformément aux frontières de 1967», a déclaré Nabil Abou Roudeina, principal conseiller du dirigeant Yasser Arafat. Pour sa part, le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï s?est dit «déçu» par les «menaces» de M. Sharon.
Du côté des islamistes, le Djihad islamique a averti que ce plan conduirait à «davantage de violence», alors que le leader spirituel du Hamas, cheikh Ahmad Yassine, dénonçait un «leurre» visant à tromper le monde.
Concernant les mesures destinées à stopper la colonisation prévues par la Feuille de route, Ariel Sharon a annoncé qu?il n?y aurait «aucune construction (...) aucune expropriation de terres pour des constructions (...) et aucune construction de nouvelles colonies». Il a aussi réitéré sa promesse, faite à Aqaba (Jordanie), de «démanteler les points de colonisation illégaux» dans les Territoires.
Sur le terrain, l'armée israélienne a tué quatre activistes palestiniens dans des combats à Naplouse, en Cisjordanie, jeudi matin, a-t-on appris de sources palestiniennes.
Les médecins palestiniens avaient auparavant fait état de cinq morts mais ont ensuite revu leur bilan à la baisse.
Trois Palestiniens armés sont morts lors d'affrontements dans la Vieille ville de Naplouse au cours de la nuit et un membre du Djihad islamique a été tué en tentant de déposer une charge explosive cachée dans un sac en plastique près de soldats israéliens, a-t-on appris auprès des médecins et de sources proches des services de sécurité.
La «clôture de sécurité» achevée en 2005
La ligne de séparation controversée qu?Israël érige en Cisjordanie et autour de Jérusalem doit être achevée à la fin 2005, a indiqué hier la radio publique en citant le ministère de la Défense. Un tronçon de 150 km a déjà été construit dans la partie nord de la Cisjordanie, a ajouté le ministère dans une réponse à une question écrite présentée par Roman Bronfman, député du Meretz, un parti d?opposition de gauche. Mercredi, le ministre des Finances Benjamin Netanyahu a annoncé qu?une nouvelle enveloppe de 160 millions de dollars allait être débloquée pour construire de nouveaux segments de la ligne.
Prévue au départ pour empêcher l?infiltration de kamikazes palestiniens en Israël, cette ligne était censée épouser grosso modo le tracé de la «ligne verte» qui sépare le territoire israélien de la Cisjordanie. Mais dans son tracé actuel, l?ouvrage s?enfonce profondément en territoire palestinien pour protéger des colonies juives en Cisjordanie et aux abords de Jérusalem-est, occupée et annexée.
Pour les Palestiniens, ce «mur de l?apartheid» est un moyen pour Israël d?annexer une partie des territoires du futur État qu?ils ambitionnent de créer. La ligne englobera en Cisjordanie quelque 350 000 Palestiniens. Le 8 novembre, l?Assemblée générale de l?ONU a demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) de se prononcer sur les conséquences légales de cette ligne de séparation, critiquée par les Etats-Unis et l?Union européenne.
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