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L?innocence retrouvée des enfants de rues
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L?innocence retrouvée des enfants de rues
LA PELOUSE présidentielle avait des airs de ?fancy-fair?, hier, à l?occasion de la fête de fin d?année des bénéficiaires du Street Children Project, à la State House. Les quelque 300 enfants présents n?oublieront pas cette journée qui leur était destinée.
Ils ont un tel besoin d?attention. C?est facile de se lier d?amitié avec David, Jahan ou Marie-Noëlle. Un simple geste : s?asseoir en tailleur comme eux sur la pelouse du château du Réduit et admirer leurs culbutes en essayant de cacher le regard qui s?attarde sur les nombreuses cicatrices qui zèbrent leurs pieds. Ils n?ont visiblement pas eu l?habitude de porter des savates. Ils attendent frénétiquement le signal du départ dans l?un de leurs jeux favoris : ?galoupé.? Des courses-poursuites qui s?achèvent par des ?moi ki premié? sous un soleil de plomb.
La sono s?entend de loin. Arrivés à hauteur du podium abrité par une tente verte, les pupilles rétrécies par le soleil, les enfants peinent à reconnaître les musiciens et chanteurs de Zot Sa. Plusieurs enfants ? en majorité des fillettes ? ont envahi la scène. Ils connaissent les paroles et la chorégraphie des ségas par c?ur. Les trois cents enfants sont arrivés au château depuis dix heures du matin mais ne semblent pas fatigués. Il n?y a qu?à voir comme ils dansent, rient et donnent du fil à retordre aux parents et éducateurs de rue qui les accompagnent.
Les animateurs s?époumonent
La dizaine de minutes qui s?écoule entre le moment où les invités de marque sont annoncés et leur arrivée effective, n?est pas de trop pour obtenir que tout ce petit monde reprenne place sur les chaises rouges, disposées sous la tente verte. Les enfants préfèrent se chahuter, faire le plein de souvenirs. Raconter qu?ils ont eu ?du riz frire? au déjeuner. De quoi oublier l?ordinaire de Cité Flamboyant, où vit le gentil turbulent qu?est David.
Les menaces prennent du temps avant d?agir. ?Pas pou éna surprise si to fer mauvais?, dit une mère excédée. Les animateurs aussi s?époumonent. Les officiels s?avancent enfin en file indienne du château à la tente verte. Shirin Aumeeruddy-Cziffra est la première à prendre la parole. Comment expliquer ce ?gros mot,? qu?est ?Ombudsperson? ? ?Mo la pou défend zot droit?, résume-t-elle.
Le temps d?une chanson interprétée par une poignée de rappeurs en herbe, Ariane Navarre-Marie, ministre des Droits de la femme, cite son propre parcours. ?Pas croire zot moins intelligent parski zot rest Roche-Bois, Vallée-Pitôt ou Tranquebar. Moi aussi mo finn rest Dockers? Flat, azordi, mo minis.? Une idée générale reprise par Sam Lauthan, ministre de la Sécurité sociale, qui insiste sur la contre-productivité de ?la culture de ghetto.?
L?hôte du Réduit est le dernier intervenant devant le parterre d?enfants. Il rappelle qu?en assumant les fonctions de président, il a placé son mandat sous le signe de la jeunesse. Sir Anerood Jugnauth adopte alors un ton paternel pour prodiguer des conseils universels : ?Il faut une responsabilisation collective. Les parents doivent veiller à ce que les enfants ne s?absentent pas sans raison de l?école. A notre époque, nous avons également fait face à des difficultés. Pour avancer, il est nécessaire de faire des sacrifices.?
Le protocole n?intéresse pas les enfants. Leur indifférence disparaît toutefois avec la venue du père Noël, symbole même de leur innocence?
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