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Haute Tension une nuit d?épouvante
<B>L?idée</B> même d?un film d?horreur français évoque des scènes grandguignolesques genre cadavre en décomposition avec des vers de terre sortant de partout qui avance vers la jeune fille terrorisée et incapable du moindre mouvement. Avec dans la salle, le public qui scande ?Al-lez-les-vers !? C?est déjà arrivé, et c?est pour dire que depuis toujours, les films d?horreur français n?ont jamais fait peur à qui que ce soit.
L?idée même d?un film d?horreur français fait ricaner, la plupart du temps. Pour de multiples raisons, notamment parce que les réalisateurs français de films d?horreur n?ont pour la plupart pas encore saisi ces deux principes de base qui gouvernent tout film d?horreur réussi ; à savoir que la menace doit être perçue comme une menace bien réelle et que le public doit être amené à prendre le parti de la (future) victime et à sursauter même en sachant pertinemment que le jeune homme ou la jeune fille est sur le point de se faire découper en morceaux. C?est-à-dire qu?un film d?horreur doit faire peur.
Alexandre Aja, à peine 25 ans, fils d?Alexandre Arcady et réalisateur de Haute Tension, semble bien être de cette toute nouvelle génération de réalisateurs français qui ont bien saisi ces préceptes. Il est difficile de dire si oui ou non il a été gavé de films d?horreur américains dès le berceau, mais on peut dire qu?il a su identifier les ingrédients essentiels du genre, ainsi que les mécanismes, et ensuite les apprivoiser. Non seulement son film fait quelques références à certains grands ?classiques? comme Massacre à la Tronçonneuse, Duel, Halloween, Maniac, etc., mais il présente aussi cette principale qualité d?écriture qui a fait le succès de ces films. Sans que l?on puisse parler d?innovation, Haute Tension est un film rigoureux qui s?en tient à l?essentiel; c?est donc un film des plus efficaces.
La trame est des plus basiques : une nuit de poursuite et l?affrontement en rase campagne française entre une jeune femme et un psychopathe meurtrier qui a enlevé son amie après avoir massacré la famille de celle-ci.
Dialogues genre ?film français?, au tout début lorsqu?on voit les deux amies (deux étudiantes), Marie (Cécile de France) et Alex (Maïwenn Le Besco) en voiture. Ce sont deux jeunes filles d?aujourd?hui, avec tout ce que cela présente de charmant et de sympathique aussi bien que d?agaçant. On devine que cette séquence sert à nous les présenter. Pourquoi de cette façon ? On le comprend plus tard.
La ferme des parents d?Alex (futures victimes) se trouve au beau milieu de champs de maïs, comme dans les histoires de Stephen King ou dans les meilleures histoires de serial killers ruraux. Parce qu?à travers un champ de maïs, il est toujours possible d?entrevoir quelque chose, mais sans jamais pouvoir se faire une idée précise de ce qu?on voit (c?est peut-être la même chose pour un champ de cannes, d?ailleurs). D?où une vague inquiétude lorsque débarquent les deux amies à la tombée du jour; ainsi, l?ambiance est installée tout en gardant les effets (effets sonores, musique, etc.,) pour plus tard. On a juste vu une fois le psychopathe dans la conclusion de ses basses ?uvres, et cela suffit pour le moment.
Évidemment, puisqu?on sait qu?il s?agit d?un film d?horreur gore et que les éléments on bien été mis en place jusque-là, on attend le moment du massacre avec une sorte d?anticipation mêlée d?appréhension (il s?agit quand même de la mort particulièrement brutale de gens plutôt biens) et lorsqu? arrive ce moment, on n?est pas déçu. Il y a bien sûr de l?acier qui coupe bien, des corps humains avec des bouts qui manquent, des meubles utilisés de manière peu courante, des téléphones qui ne marchent pas, etc., sans compter une quantité non négligeable de sang versé. Juste ce qu?il faut, car l?horreur est aussi en bonne partie dans l?expression des visages et dans les bruits qu?on entend à l?arrière-plan. Rien de vraiment original, mais la mise en scène de ce carnage est digne des classiques du genre. Elle est maîtrisée et efficace, les diverses étapes du massacre étant agencées non seulement de manière à créer le plus d?effet pour ce qui est de l?horreur, mais aussi de façon logique pour ce qui est de la crédibilité.
Le tueur (Philippe Nahon) n?a pas d?identité et on ne lui connaît aucune motivation, puisqu?il ne dit rien. C?est juste un homme à la carrure massive, portant une casquette et des lunettes de soleil, un homme avec des mains très sales et qui tue froidement sans se soucier de savoir si ses victimes meurent sur le coup eu si elles agonisent un long moment avant de mourir. C?est un tueur déshumanisé, tuant et torturant apparemment au hasard, la menace sous sa forme la plus pure comme le camion de Duel ou l?autostoppeur de Hitcher.
<B>Confrontation</B>
Accompagnant toute cette tuerie, il y a la musique : discrète et faite de longs accords sombres dans le registre grave. Elle est des plus efficaces. Bien sûr, ce que fait Marie, l?héroïne au moment de la tuerie n?est pas très crédible. Il n?est pas question de dévoiler quoi exactement dans ces lignes, disons seulement que l?explication se trouve dans le dénouement. Et, que jusqu?à ce moment, l?action se résume à une poursuite et à une confrontation entre l?héroïne et le tueur qui détient son amie Alex enchaînée et bâillonnée.
Là encore, il y a des éléments que le spectateur aura du mal à accepter (comme le comportement d?Alex lorsque son amie vient la secourir) et qui seront expliqués lors du dénouement. Du point de vue de la mise en scène toutefois, on peut dire que cette partie du film est toute aussi bien maîtrisée que la première demi-heure. Fébrile, angoissée et étouffante, la réalisation jouant habilement des contrastes entre les éclairages de nuit et l?obscurité, cette partie du film tient plus du thriller que du film gore proprement dit, avec juste ce qu?il faut d?effets de choc et de faux espoirs.
On l?aura compris, Haute Tension est avant tout un film de réalisateur. Ceci jusque dans l?apport des personnages principaux qu?interprètent Cécile de France et Philippe Nahon, les deux jouant beaucoup plus de leur physique que de leurs talents d?interprétation. Il reste ce dénouement, ou plutôt ce retournement final qui vient expliquer tant de choses et à propos duquel il est impossible de révéler quoi que ce soit. Certains en seront surpris et le film n?en aura à leurs yeux que plus d?intérêt. D?autres, les connaisseurs y verront une conclusion des plus prévisibles, une sortie facile pour les scénaristes (Alexandre Aja, lui-même et Grégory Levasseur) qui s?étaient jusque-là si bien tirés d?affaire.
Qu?importe, il restera que, tout en étant un film d?horreur français (production française, réalisation française), Haute Tension aura réussi un exploit dont peuvent se vanter peu de films français se réclamant du genre : créer l?angoisse et faire peur. Ce qui mérite le déplacement si on est amateur du genre, au moins à titre de curiosité.
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