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Le Pentagone punit le camp de la paix

11 décembre 2003, 20:00

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<B>En excluant</B> des contrats américains en Irak (18,6 milliards de dollars) les pays ne participant pas à la coalition, Washington prend le risque de nouvelles crispations au sein d?une communauté internationale encore profondément divisée par ce conflit, estiment diplomates et analystes à Washington.

Cette décision exclut de fait des pays comme la France, l?Allemagne, la Russie ou le Canada, donnant au contraire des espoirs à d?autres comme la Grande-Bretagne, l?Australie ou le Japon.

Cette mesure a été annoncée par le secrétaire adjoint à la défense, Paul Wolfowitz. La Maison Blanche a mis en avant l?argument, jugé populaire en période pré-électorale, de l?utilisation de l?argent du contribuable américain au profit des seules entreprises américaines ou de pays alliés.

Mais la décision américaine pénalise toutefois bien plus que les figures de proue du camp anti-guerre comme Paris, Berlin et Moscou, fait-on observer dans les milieux diplomatiques à Washington.

?Ce sont en fait une centaine de pays qui sont exclus du processus, dont la moitié des membres de l?Union européenne, y compris des pays neutres par statut comme la Suède ou l?Autriche?, relève un diplomate européen à Washington.

L?Union européenne a par ailleurs annoncé qu?elle allait examiner l?attribution des contrats pour la reconstruction de l?Irak pour voir s?ils sont conformes aux engagements pris par les Etats-Unis devant l?Organisation mondiale du commerce. ?L?UE va examiner les 26 contrats concernés pour voir si ces limitations aux règles d?attribution des marchés publics sont conformes aux engagements pris par les Etats-Unis devant l?Organisation mondiale du commerce?, a indiqué Arancha Gonzalez, porte-parole du commissaire européen au Commerce Pascal Lamy.

Paul Martin, qui deviendra cette semaine le Premier ministre du Canada en remplacement de Jean Chrétien, a condamné mercredi la décision de Washington. ?Je trouve ça très difficile à comprendre?, a déclaré Paul Martin lors d?une conférence de presse à Ottawa. Il a souligné que le Canada a offert une aide de 300 millions de dollars à l?Irak et qu?il était le pays ayant dépêché le plus de troupes en Afghanistan. Paul Martin succédera vendredi à Jean Chrétien, dont le refus de participer à la guerre en Irak avait jeté un froid dans ses relations, déjà dépourvues de chaleur, avec le président américain George W. Bush.

La liste des 63 pays dont les entreprises sont jugées, elles, potentiellement éligibles pour les contrats américains en Irak contient des Etats, comme le Rwanda ou la république de Palau, récompensés pour un soutien symbolique au conflit, et dont la capacité à participer à la reconstruction est infime.

Considérations électorales

Ivo Daalder, expert des questions internationales de l?Institut Brookings, estime que la décision américaine s?explique largement par des considérations électorales mais ?rouvre des blessures qui commençaient à peine à se refermer? au sein de la communauté internationale. Pour Thomas Carothers, spécialiste de politique étrangère à la fondation Carnegie de Washington, l?administration Bush a ?raté une occasion facile de gagner la bonne volonté d?alliés importants?. Les Russes, souligne-t-il notamment, sont ?relativement ambivalents envers l?intervention en Irak, et ce qui les dérange le plus, c?est le sentiment qu?ils sont poussés hors de ce pays au profit des Américains?.

?Il aurait suffi d?accorder un ou deux contrats de taille moyenne à des entreprises russes pour que ce pays soit beaucoup plus positif? envers la politique américaine, estime-t-il.

La décision américaine risque également de gêner les efforts de l?ancien secrétaire d?Etat James Baker, récemment choisi par la Maison Blanche pour une délicate mission visant à amener les principaux créancier internationaux de l?Irak ? parmi lesquels la France, l?Allemagne, la Russie ? a alléger le fardeau de la dette irakienne.

Le gouvernement russe n?a pas l?intention d?annuler la dette de l?Irak, qui représente 8 milliards de dollars, a ainsi réagi mercredi le ministre russe de la défense, Sergueï Ivanov. La mesure pourrait en fait signifier que Washington, qui a récemment souhaité un soutien plus important auprès d?institutions internationales, en particulier l?OTAN où le secrétaire d?Etat Colin Powell se trouvait la semaine dernière, ne se fait plus beaucoup d?illusions.

?L?administration a perdu l?espoir d?obtenir des troupes de la part des pays qui sont exclus? des contrats américains en Irak, estime M. Carothers.

Pour Ivo Daalder, la ligne dure adoptée sur les contrats en Irak ?suggère que l?administration n?a en réalité jamais pensé qu?elle obtiendrait davantage de soutien de la part de l?OTAN?.

Le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, a estimé mercredi que la décision américaine n?était pas de nature à stabiliser le pays. ?La stabilité de l?Irak est dans l?intérêt de tous. Nous devrions unir nos efforts et éviter toutes les décisions propres à créer des divisions?, a déclaré Annan aux journalistes qui l?interrogeaient sur la décision controversée de Washington. ?J?espère que nous prendrons tous des mesures qui nous réuniront pour affronter les importantes questions qui se posent en Irak?.

?Nous faisons de bons progrès en Irak mais il y a encore de toute évidence davantage à faire?, a déclaré mercredi le président américain à la presse, en recevant à la Maison Blanche des membres de l?orchestre symphonique irakien.

© Le Monde News Service

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