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Institution clopinante
La question n?est pas tant aujourd?hui de savoir si le comité parlementaire doit recevoir ou non Roshi Bhadain ? Ou si c?est à l?Icac qu?il revient de l?interroger ou non ? Si, oui ou non, il faut l?avis du State Law Office sur toute la question pour y voir plus clair ? La vraie question à se poser ne serait-elle pas plutôt de savoir si la lutte contre la fraude et la corruption ne se changera pas bientôt en une lutte contre le ridicule ?
C?est avec le plus grand espoir que les Mauriciens ont vu se succéder les institutions censées combattre la fraude et la corruption. C?est avec la plus grande frustration qu?ils constatent qu?il y a de nombreuses épines qui entravent le fonctionnement de ces institutions. Pour le citoyen ordinaire, on lui annonçait, avec la mise en place de la commission anti-corruption, une institution qui allait fonctionner en toute indépendance et en toute transparence. Avec le bras de fer Navin Beekarry?Roshi Bhadain, c?est toute cette promesse qui vole en éclats.
Il est difficile, en l?absence de tous les éléments nécessaires, de commenter cette affaire. Mais c?est justement l?opacité qui l?entoure, les rumeurs qui circulent en abondance et la pusillanimité du comité parlementaire sur la fraude et la corruption qui rendent encore plus sceptiques. Quand on n?arrive pas à trancher, c?est qu?il y a forcément des intérêts divergents en jeu. Lesquels ? Et, dans toute cette histoire, qui est en train de protéger qui ? Pour quelles raisons la non ingérence dans le fonctionnement de l?Icac est-elle devenue un problème aujourd?hui ? Quand on commence à se poser ce type de questions, on bascule inévitablement dans les spéculations les plus folles.
Confrontée de plus en plus à un déclin pour l?opinion publique, l?Icac n?inspire plus autant confiance. Elle avait choisi, dans sa campagne de publicité, de démontrer sa détermination et sa neutralité. Elle n?avait pu que susciter la peur auprès d?un certain nombre de Mauriciens. Elle a été désavouée par une Cour de justice. Elle doit faire face aux critiques de l?opposition aussi bien qu?à celles du gouvernement. Quant à l?opinion publique, elle sent que la commission a perdu ses références et que son fondement est menacé. Quelles conclusions tirer ? La plus évidente pour tout le monde : cela ne peut pas continuer ainsi ! Car nous nous retrouvons désormais avec une institution en décomposition où ses agents se tirent dans les pattes, se lancent dans de grands discours déontologiques et se cachent derrière des expressions d?indignation.
On avait cru que le temps des sempiternels discours d?intention était passé, qu?on était parvenu à celui des actions effectives. Tout ce à quoi on a eu droit jusqu?ici, ce sont des arrestations fracassantes dont on ne maîtrise toujours pas les tenants et les aboutissants. Ceux qui ont conçu l?Icac, qui ont procédé au choix des hommes qui doivent la faire vivre, ne devraient-ils pas aujourd?hui revoir leur copie ? Car ce qui souffre le plus de tout ce vaudeville, c?est cette fameuse lutte contre la fraude et la corruption. Par ses agissements, l?Icac s?est, dans une certaine mesure, décrédibilisée. Le capital confiance qu?elle pouvait avoir recueilli à sa création s?est émietté. Une immense zone d?incertitudes, de doutes et d?interrogations s?est constituée. Quand une institution clopine, c?est aux législateurs de prendre les décisions qui s?imposent. Ceux-ci se retrouvent dans une position très sensible aujourd?hui car ils sont engagés dans une partie de ping-pong avec l?opposition où les deux protagonistes n?attendent qu?une erreur de l?autre pour engranger quelques points. En attendant, la situation ne fait que pourrir.
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