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?Maurice est parmi les pays les plus corrompus?
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?Maurice est parmi les pays les plus corrompus?
Dans son indice de perception de la corruption, Transparency International classe Maurice à la 48e position sur 133 pays avec un score de 4,4 sur 10. Comment les Mauriciens doivent-ils interpréter ces chiffres ?
Avec un score de 4,4 sur 10, les Mauriciens doivent se dire qu?ils vivent dans un pays corrompu. Quand un pays obtient un score en dessous de 5 points, cela signifie que la corruption y est très répandue. Malheureusement c?est le cas de la plupart des pays d?Afrique.
Malgré la législation anti-corruption et la mise en place de l'Icac, Maurice n?a pas amélioré son score et ne cesse de régresser. Classée au 33e rang en 1998, elle se retrouve 48e en 2003. Comment expliquez-vous cela ?
Il est vrai qu?on est dans le domaine de la perception, c?est-à-dire celle qu?ont les hommes d?affaires de la corruption dans les pays concernés. Dans beaucoup de pays, il y a un délai entre la réalité des ajustements et la perception. Je veux dire qu?il faut un certain temps entre les actions prises et l?ajustement de la perception.
On vous accuse d?utiliser des méthodes de travail obscures dans vos calculs ?
C?est faux ! Nous sommes tout à fait transparents. Nous ne menons pas personnellement les enquêtes et notre méthodologie de travail est bien connue. Notre indice est basé sur 17 enquêtes et sondages différents, réalisés par 13 organismes indépendants tels que le World Economic Forum, la Banque mondiale, l?Economist Intelligence Unit, PriceWater houseCoopers et, il faut le souligner, Transparency Inernational a également demandé à l?institut de sondage Gallup International de mener une enquête sur la corruption.
N?y a-t-il pas des différences entre ces 17 enquêtes et sondages, c?est-à-dire un pays peut-il être perçu comme non corrompu par un organisme et corrompu par un autre ?
Oui, il y a des différences. C?est pour cela que nous avons une colonne à côté des scores pour indiquer la ?déviation moyenne? qui indique en fait la différence entre les sources utilisées. Mais il y a beaucoup plus de convergences que de différences.
Parlons de la perception que le public a de Transparency International. Vous luttez contre la corruption, mais vous êtes financés par des sociétés corrompues ou ayant une moralité suspecte. Particulièrement des sociétés américaines. Le dernier cas concerne Boeing, ses pots-de-vin et ses méthodes déloyales contre Airbus ?
L?affaire Boeing-Airbus est récente. Transparency International se réunira en mai de l?année prochaine pour étudier le cas. Pas seulement le cas de Boeing, mais de toutes les sociétés qui nous financent. Nous ne sommes pas dans une situation figée et la liste des sociétés qui nous financent est régulièrement revue par le conseil d?administration. Une société dont nous connaissons les activités de corruption ne serait certainement pas une société avec laquelle nous avons des relations, en tout cas pas financières.
Cela veut-il dire que vous allez biffer Boeing de la liste de vos bailleurs de fonds ?
Je ne peux pas anticiper les actions qui seront prises.
Votre budget annuel dépasse $ 2,5 millions et on voit qu?un de vos bailleurs de fonds est l?Usaid, réputé être un agent d?influence du gouvernement américain.
Nous sommes financés par plusieurs sources, il y a l?Usaid, mais aussi le Department for International Development de la Grande-Bretagne, des particuliers, des sociétés, des fondations, dont la fondation Ford. Nous avons des sources de financement aussi diversifiées que possible pour ne pas dépendre d?un seul secteur ou d?un seul bailleur de fonds. Nous tenons à garder notre indépendance. Même si Usaid nous finance, nous n?avons pas hésité à critiquer le gouvernement américain en ce qui concerne la passation des marchés publics en Irak.
On a aussi allégué que la CIA est derrière vos actions ?
Faux. Nous sommes très indépendants quant à nos opinions. Je vous répète que nous n?hésitons pas à critiquer qui que ce soit quand il le faut. Notre crédibilité est l?arme la plus puissante dont nous disposons en tant qu?ONG de la société civile.
Transparency Mauritius a obtenu de l?argent, environ Rs 400 000 du gouvernement des Etats-Unis. Est-ce dans la norme ?
Les sections nationales sont autonomes et sont tenues à chercher leur propre financement. Transparency International intervient pour les aider à s?installer et prendre leur envol. Maurice fait partie des pays francophones et son soutien en matière de renforcement de capacité provient des financements de l?Agence canadienne de développement International et de l?Union européenne.
Tout indique qu?à partir de l?année prochaine, vous allez mettre en lumière la corruption au sein des partis politiques. Le versement d?argent directement par un gouvernement étranger à TI ne serait-il pas interprété comme une ingérence étrangère.
Pas du tout. La section de Maurice est assez mûre pour ne pas se laisser influencer par des points de vue et des positions qui vont à l?encontre des valeurs intrinsèques de Transparency International : l?intégrité, la responsabilité, la transparence et l?indépendance.
En clair cela veut dire quoi ?
Cela veut dire que les Etats-Unis ou tout autre bailleur de fonds ne dictera pas à notre section locale ce qu?elle doit faire. Par exemple, le programme des jeunes financé par les Etats-Unis est une initiative de la section de Maurice. Le programme n?a pas été imposé par des gens de l?extérieur de l?organisation.
Dans votre indice 2003, parmi les cinq pays perçus comme les moins corrompus, on trouve la Finlande, l?Islande, le Danemark, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Est-ce la culture ou un meilleur contrôle qui limite la corruption dans ces pays ?
Ce sont les organismes de contrôle et non la culture. Ces organismes sont des piliers et s?ils fonctionnent, la corruption n?a pas sa place. Si deux ou trois s?effondrent, c?est toute la structure qui est menacée. Malgré tout, l?éducation a une part importante dans l?élimination de la corruption. La population doit savoir ce qu?est la corruption, comment la prévenir et la combattre avec les piliers qui existent.
Que sont ces piliers ?
Le judiciaire, les organes de contrôle, la société civile, etc. Il faut que tous ces piliers soient solides, et, s?ils fonctionnent bien, le pays est alors en mesure d?endiguer la corruption.
Dans quelle mesure Transparency International a réussi dans sa mission ?
Nous avons 10 ans d?existence. Dans le passé, la corruption dans de nombreux pays était taboue. On n?osait pas en parler. Même au sein des agences de financement, on ne voulait pas évoquer le sujet. Aujourd?hui les choses ont changé et la corruption est discutée dans tous les forums. On a reconnu l?importance de Transparency International dans la lutte contre la corruption et cette organisation a aidé à rédiger la Convention des Nations Unies.
Vous êtes d?origine congolaise, vous avez un doctorat en histoire africaine obtenu aux Etats-Unis. Vous avez enseigné au Congo puis à Nairobi, puis travaillé pour Amesty International avant d?être directeur exécutif de TI pour l?Afrique et le Moyen- Orient depuis 2002. Quels sont vos salaires et combien de fois voyagez-vous par an ?
Je touche beaucoup moins que des directeurs exécutifs d?autres organisations internationales et je voyage beaucoup moins. Ces voyages sont des voyages de travail car il est important d?être sur le terrain. Tout ne peut pas se faire par téléphone ou par e-mail.
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