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Le scénario bien ficelé de Selven Naidu
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Le scénario bien ficelé de Selven Naidu
> Selven Naidu, au cours de votre dernière mission en Inde, vous avez signé trois accords de coopération avec plusieurs organismes de ce pays. Quelles seront les retombées de cet accord?
J?ai signé deux Memorandum of Understanding (MOU), le premier avec notre homologue, la National Film Development Corporation of India (NFDC), et le second avec la Children?s Film Society of India (CFSI). Le dernier accord, un Memorandum Of Agreement (MOA), a été signé avec la Films? Division. L?accord avec la NFDC porte sur une collaboration pour l?organisation d?un grand festival de films indiens et de deux festivals thématiques dont celui de Gautam Ghose à la mi-janvier 2004. Il est important de savoir que la NFDC produit dix films l?an, ce qui n?est pas rien.
En terme d?assistance et de formation, nous avons négocié pour que des stagiaires mauriciens puissent travailler sur ces productions.
De jeunes réalisateurs mauriciens pourront avoir accès au matériel indien sur la base de coproductions.
Sur tous les catalogues de productions sur lesquels la NFDC a des droits, nous avons négocié pour avoir le droit de diffuser à Maurice lesdites productions dans un cadre non-commercial. Avec la NFDC, nous avons aussi discuté des modalités d?un mini-traité de coproduction entre nos deux pays qui se traite de gouvernement à gouvernement. Ce qui signifie qu?un film mauricien aura accès aux fonds de soutien indiens et aux réseaux de distribution indiens et vice-versa. Il appartient maintenant au gouvernement mauricien de ratifier un tel mini-traité avec son homologue indien. Nous comptons négocier ce type d?accord avec d?autres pays.
> Qu?en est-il de l?autre MOU avec la Children?s Films Society (CFS)?
Le MOU signé avec la CFS permettra aux fictions mauriciennes pour enfants d?avoir une fenêtre privilégiée au sein de cette institution qui organise régulièrement des festivals de films pour enfants et qui envoie lesdits films dans le monde entier. Cet accord permettra aussi à nos réalisateurs d?émissions enfantines d?assister à des ateliers de travail et de ventiler leurs productions. Il est prévu que les films pour enfants qui seront diffusés lors de leur festival, le soient également à Maurice.
> Que faut-il attendre du MOA signé avec la Films? Division ?
La Films? Division est le plus ancien organisme d?archivages de films. Nous profiterons de leur longue expérience pour mettre en place un système d?archivage de toutes les productions locales. Il est à noter que la Films? Division possède des archives inédites sur la visite de personnalités mauriciennes en Inde et nous avons négocié pour avoir une copie de ces documents.
Comme la Films? Division organise le plus grand festival de documentaires en Inde, nous avons négocié avec eux pour obtenir un panaché de ces documentaires que nous diffuserons à Maurice.
Lors de notre mission en Inde, nous avons aussi eu une réunion avec la South Indian Film Exporters Association. Nous travaillons sur un projet pilote avec la NFDC. Il s?agit du Golden Triangle Project. L?objectif est de faire venir un certain nombre de films et de les exploiter à travers l?île avant de les envoyer à la Réunion, aux Seychelles et à Durban en Afrique du Sud. L?objectif étant de tenter de développer un vrai réseau de distribution régional. Si ce projet pilote fonctionne, on l?étendra à d?autres pays.
> Parlez-nous du festival de films de Gautam Ghose qui aura lieu à la mi-janvier.
Pour moi, Gautam Ghose est l?héritier direct du réalisateur bengali Satyajit Ray. En effet, il est à la fois réalisateur, scénariste, cameraman et il fait même la musique de ses films.
Je l?ai rencontré au cours d?un récent festival international de films en Inde. Nos goûts cinématographiques se rejoignent. J?ai voulu le faire découvrir à Maurice et il est heureux de venir présenter neuf de ses réalisations dont un documentaire. Il a donné son accord également pour l?animation d?un atelier de travail, chose qu?il ne fait jamais habituellement. Nous négocions aussi la venue de Tabu, son actrice fétiche.
> Vous semblez avoir concentré votre action sur l?Inde. Négligez-vous les autres pays ?
C?est vrai que notre partenaire privilégié est l?Inde mais il est clair que nous allons développer des partenariats avec d?autres pays tels que la France où le cinéma est le mieux structuré. La deuxième étape sera de développer des liens avec le Centre National du Cinéma français à travers l?ambassade de France mais nous le ferons avec d?autres pays.
>Votre appréciation de la première séance de Cinéma Sous les Etoiles ?
Notre première édition qui a été la projection de Monsoon Wedding , film de Mira Nair, dans la cour du théâtre de Rose-Hill, a été quelque peu perturbée par la pluie. Mais malgré cela, 200 personnes y ont assisté.
Chaque mois, nous allons alterner la projection entre une ville et un village. Ainsi, en décembre, nous serons à Mahébourg. Pour l?instant, nous avons sélectionné quatre à cinq films à être projetés. Petit à petit, nous essayerons d?y insérer des films d?auteurs tels Rue Case-Nègres de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy et In The Mood for Love du réalisateur hongkongais Wong Kar-Wai. L?objectif est de faire découvrir le world cinema et d?enrichir le regard critique de l?audience.
> Quelles sont les autres actions en cours à la MFDC?
Nous avons commencé à compiler une DVDthèque des grands classiques du cinéma et de grands documentaires. Nous avons acquis pratiquement toutes les interviews de Satyajit Ray et de Raj Kapoor qui peuvent être consultées sur place. Nous allons monter un Ciné-Club composé de cinéphiles qui se rencontreront une fois le mois.
Avec certains partenaires, nous avons aussi démarré une réflexion sur l?introduction de la culture cinématographique dans le cursus scolaire. Il ne faut pas aussi oublier que la mission de la MFDC est de développer la production et on ne peut le faire sans développer l?audience, le réseau de distribution et d?exploitation. Les films mauriciens seront forcément des films d?auteurs et si le public n?est pas sensibilisé à ce type de cinéma, il boudera les réalisations mauriciennes. C?est un cercle vicieux. Sans audience, cela ne vaut pas la peine de faire des films. Il ne faut pas croire que Cinéma sous les Etoiles est destiné à procurer des loisirs. C?est fait toujours dans la même optique d?exposer le public aux oeuvres auxquelles il n?aurait normalement pas eu accès et ainsi le sensibiliser aux films d?auteurs.
> La MFDC a lancé le premier fonds d?aide à l?écriture. Comment se déroule ce projet?
Il a été demandé aux jeunes de se présenter avec un synopsis qui doit être examiné par un comité de lecture. Celui-ci retiendra cinq documentaires et cinq fictions. Nous créerons ensuite des ateliers de formation et nous accompagnerons ces dix synopsis de la pré-production à la finition en espérant avoir au final, des produits de qualité. Ces films seront la vitrine de ce que Maurice peut produire en terme de documentaires et de fictions. Nous avons reçu une quarantaine de synopsis et la sélection se fera bientôt.
> Quels sont vos autres projets ?
La MFDC étudie le réseau de distribution et d?exploitation des films à Maurice et dans la région. Nous avons eu une réunion avec les distributeurs mauriciens pour obtenir une distribution équitable entre les films commerciaux et les films d?auteurs. Nous allons étendre cette action à la région.
Propos recueillis par Marie-Annick Savripène
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